Les partis ultra-orthodoxes perdent-ils le vote de leur jeune génération ?
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Les partis ultra-orthodoxes perdent-ils le vote de leur jeune génération ?

Cet article fait partie d'une série d'articles et de vidéos préparées par l'Institut israélien de la Démocratie, pour expliquer cette période électorale qui s'achèvera le 9 avril

Au fil des ans, les factions parlementaires représentant le secteur ultra-orthodoxe ont souvent maintenu l’équilibre du pouvoir entre la droite et la gauche, et ont su utiliser ce statut pour faire valoir les intérêts de leurs bases électorales. Ils ont obtenu le financement de leurs systèmes éducatifs (en dépit du peu de temps accordé par ces écoles au programme académique), alloué des budgets aux étudiants de yeshiva; adopté des lois pour favoriser les exemptions de service militaire et autres textes liés au statut personnel et au Shabbat.

Dans la Knesset sortante, ces partis détenaient 13 sièges sur 120. Ils ont réussi à faire augmenter le budget alloué au secteur ultra-orthodoxe et contrecarré l’entrée en vigueur d’une nouvelle loi sur la conscription qui avait le soutien du ministre de la Défense (et c’est le prétexte de l’annonce de ces élections anticipées). Et en cela, ils ont obtenu la reconnaissance de nombreux ultra-orthodoxes, mais pas de tous.

Les ultra-orthodoxes sont de plus en plus nombreux à intégrer le marché du travail et de l’enseignement supérieur, et ce en dépit du manque de soutien de la part du gouvernement. Les partis politiques ultra-orthodoxes, qui s’inquiètent, selon de nombreux électeurs, des individus qui étudient la Torah à temps plein et de leurs familles, perdent le soutien de la frange plus modérée de la population. Au début du siècle, deux tiers des électeurs de Shas n’étaient pas ultra-orthodoxes. Lors de la dernière élection, seul un tiers ne l’était pas, et l’on s’attend à ce que cela diminue encore.

Même les électeurs ultra-orthodoxes sont tentés de voter pour les partis non-ultra-orthodoxes. En 2006, seulement 10 % d’entre eux l’ont fait, mais les estimations actuellement laissent suggérer que cette année, ce chiffre sera multiplié par deux, et qu’il pourrait atteindre les 20 %. La plus grande partie de cette catégorie votera pour le Likud.

Pendant des années, les ultra-orthodoxes ont été perçus comme des « électeurs captifs » qui se sont toujours conformés aux consignes de vote données par leurs rabbins. Dans la réalité d’aujourd’hui, de telles directives ne sont plus suffisantes. De plus en plus d’électeurs ultra-orthodoxes – issus en particulier des jeunes générations – sont plus ouverts d’esprit sur ce sujet et ils veulent que les partis qui les représentent prennent en considération leurs intérêts et leurs positionnements sur des questions sociales comme l’emploi – mais aussi sur des problématiques telles que la politique et la sécurité.

Shas a d’ores et déjà commencé à répondre à ce changement en adoptant une position de droite forte sur les affaires sécuritaires, espérant ainsi empêcher le détournement de ses électeurs par le Likud. Même Yahadout HaTorah a entrepris l’initiative – surprenante – d’ouvrir une page Facebook.

Ces actions peuvent fonctionner à court-terme, les électeurs ultra-orthodoxes ressentant un fort attachement sentimental à leurs formations sectorielles. A plus long terme, néanmoins, les leaders de Yahadout HaTorah et du Shas devront drastiquement revoir leurs messages s’ils veulent conserver la majorité de leurs électeurs ultra-orthodoxes et ils devront commencer à prendre en charge les questions d’emploi et d’enseignement supérieur pour leur communauté.

Un autre changement vital est l’attention plus grande portée aux problèmes politiques, sécuritaires, économiques et sociaux – et pas seulement à travers le prisme de leurs ramifications pour le secteur ultra-orthodoxe. La jeune génération de cette communauté est plus inquiète de son avenir socio-économique et se sent plus israélienne que les précédentes. Si les partis ne font pas les ajustements nécessaires, un nombre croissant d’électeurs ultra-orthodoxes se mettra en quête d’un nouveau foyer politique.

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