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Les précisions du chef de l’armée américaine sur le programme nucléaire iranien

Selon Milley, Téhéran aurait encore besoin de quelques mois pour assembler une arme utilisable, et l'armée américaine aurait mis au point de "multiples options" en cas de besoin

Le président de l'état-major inter-armées américain, le général Mark Milley, témoignant lors d'une audition de la sous-commission de la Défense de la Chambre des représentants au Capitole, à Washington, le 23 mars 2023. (Crédit : Drew Angerer/Getty Images/AFP)
Le président de l'état-major inter-armées américain, le général Mark Milley, témoignant lors d'une audition de la sous-commission de la Défense de la Chambre des représentants au Capitole, à Washington, le 23 mars 2023. (Crédit : Drew Angerer/Getty Images/AFP)

« L’Iran pourrait produire suffisamment de matières fissiles pour fabriquer une arme nucléaire en deux semaines et n’aurait besoin que de quelques mois supplémentaires pour assembler l’arme en vue de son utilisation », a déclaré jeudi le président de l’état-major inter-armées américain, Mark Milley.

Milley a fait part de l’évaluation actualisée des États-Unis lors d’un témoignage devant la commission des Crédits de la Chambre des représentants, dans le cadre d’une audition sur la demande de budget annuel du ministère de la Défense.

« Mais les États-Unis restent déterminés, par principe, à ce que l’Iran ne dispose pas d’une arme nucléaire sur le terrain », a-t-il ajouté, précisant que l’armée américaine avait « élaboré de multiples options à l’intention de nos dirigeants nationaux, à prendre en considération si ou quand l’Iran décide de développer une arme nucléaire réelle ».

Si l’administration Biden s’est largement abstenue d’évoquer publiquement l’option militaire, le président a déclaré qu’elle restait envisageable si les efforts diplomatiques visant à empêcher Téhéran de se doter d’une arme nucléaire échouaient.

Les remarques de Milley s’appuient sur le témoignage du mois dernier de Colin Kahl, sous-secrétaire américain à la Défense chargé de la politique, qui avait également déclaré que l’Iran pouvait produire suffisamment de matières fissiles pour une bombe nucléaire en moins de deux semaines.

Le responsable avait déclaré lors d’une audience à la Chambre des représentants que le programme nucléaire iranien avait considérablement progressé depuis que l’administration Trump s’était retirée de l’accord sur le nucléaire iranien en 2018.

Il lui a été demandé pourquoi l’administration Biden avait tenté de relancer l’accord officiellement connu sous le nom de Plan d’action global conjoint (JCPOA).

« Parce que les progrès nucléaires de l’Iran depuis que nous avons quitté le JCPOA ont été remarquables. En 2018, quand l’administration précédente a décidé de quitter le JCPOA, il aurait fallu environ 12 mois à l’Iran pour produire l’équivalent d’une bombe de matière fissile. Maintenant, cela prendrait environ 12 jours », avait déclaré Kahl.

« Je pense donc que, si on peut résoudre ce problème diplomatiquement et remettre des contraintes sur leur programme nucléaire, ce serait mieux que les autres options. Mais en ce moment, le JCPOA se trouve au point mort », avait-il ajouté.

Les responsables américains avaient précédemment estimé qu’il faudrait plusieurs semaines à l’Iran pour accumuler les matériaux nécessaires à la fabrication d’une arme. Les États-Unis estiment également que l’Iran ne dispose pas encore de toutes les technologies nécessaires à la fabrication d’une bombe et qu’il n’a pas pris la décision finale d’en fabriquer une.

Les pourparlers visant à rétablir l’accord nucléaire entre l’Iran et les puissances mondiales avaient repris en avril 2021, mais sont suspendus depuis l’année dernière, l’Iran poursuivant ses ambitions nucléaires.

Les inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) ont trouvé des particules d’uranium enrichies à 83,7 % sur le site nucléaire souterrain de Fordo, avait révélé l’organe de surveillance nucléaire des Nations unies au début du mois.

Le rapport trimestriel confidentiel de l’AIEA, basée à Vienne et distribué aux États membres, a encore accru les tensions entre l’Iran et l’Occident au sujet du programme iranien, alors même que Téhéran est déjà confronté à des troubles internes après des mois de manifestations et à la colère de l’Occident concernant l’envoi de drones porteurs de bombes à la Russie pour sa guerre contre l’Ukraine.

Diverses machines centrifuges alignées dans un hall de l’installation d’enrichissement de l’uranium de Natanz, le 17 avril 2021. (Crédit : Capture d’écran/Islamic Republic Iran Broadcasting-IRIB/AP)

Le rapport de l’AIEA ne parle que de « particules », ce qui laisse entendre que l’Iran n’est pas en train de constituer un stock d’uranium enrichi à plus de 60 %, niveau auquel il enrichit depuis un certain temps et dont les experts en non-prolifération disent déjà qu’il n’a pas d’usage civil pour Téhéran.

À près de 84 %, l’uranium atteint presque le niveau de qualité militaire de 90 %, ce qui signifie que tout stock de ce matériau pourrait être rapidement enrichi en vue de la fabrication d’une bombe atomique si l’Iran le souhaitait.

La semaine dernière, le site d’information Axios a rapporté qu’Israël avait informé les États-Unis et plusieurs pays européens qu’une décision iranienne d’enrichir l’uranium au-delà du niveau de 60 % pourrait déclencher une attaque de Tsahal.

Un fonctionnaire israélien a déclaré à Axios qu’Israël ne considérait pas les petites quantités d’uranium enrichi à 84 % comme particulièrement inquiétantes, car l’Iran n’avait pas accumulé de matériel à ce niveau.

Malgré l’avertissement, Israël a évité de fixer une « ligne rouge » concernant le moment où il agirait, comme l’avait fait Netanyahu sous l’administration Obama.

Le responsable israélien a déclaré à Axios qu’Israël évitait de déclarer que sa « ligne rouge » était une pureté de 90 % parce qu’il craignait que cela ne donne à l’Iran la légitimité de continuer à enrichir jusqu’à ce niveau.

Les services de renseignement américains continuent de penser que l’Iran ne cherche pas à se doter de la bombe atomique.

« À notre connaissance, nous ne pensons pas que le chef suprême de l’Iran ait encore pris la décision de reprendre le programme d’armement que nous estimons avoir été suspendu ou arrêté à la fin de 2003 », avait déclaré Williams Burns, directeur de la CIA, à l’émission « Face the Nation » de la chaîne CBS le mois dernier. « Mais les ‘deux autres pieds du tabouret’, à savoir les programmes d’enrichissement, ont manifestement beaucoup progressé. »

Fordo, qui se trouve sous une montagne près de la ville sainte chiite de Qom, à quelque 90 kilomètres au sud-ouest de Téhéran, demeure une source d’inquiétude pour la communauté internationale. De la taille d’un terrain de football, il est suffisamment grand pour abriter 3 000 centrifugeuses, mais suffisamment petit pour que les autorités américaines soupçonnent qu’il avait une finalité militaire lorsqu’elles l’ont exposé publiquement en 2009.

Cependant, toute explication de la part de l’Iran ne suffira probablement pas à satisfaire Israël.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a menacé Téhéran d’actions militaires, et Israël et l’Iran se sont engagés dans une guerre de l’ombre aux enjeux considérables dans l’ensemble du Moyen-Orient depuis l’échec de l’accord sur le nucléaire.

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