Les premières frappes de Tsahal depuis des mois témoignent de l’importance des cibles choisies
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Analyse

Les premières frappes de Tsahal depuis des mois témoignent de l’importance des cibles choisies

Israël a indiqué avoir agi en raison des « lignes rouges franchies », après des raids aériens contre une base militaire syrienne et un convoi du Hezbollah

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Un avion de chasse F-15I  lors d'un vol acrobatique au cours d'une cérémonie organisée sur la base aérienne de  Hatzerim, près de Beer Sheva, le 23 juin 2013. (Crédit : Ofer Zidon/Flash90)
Un avion de chasse F-15I lors d'un vol acrobatique au cours d'une cérémonie organisée sur la base aérienne de Hatzerim, près de Beer Sheva, le 23 juin 2013. (Crédit : Ofer Zidon/Flash90)

Pour la première fois depuis trois mois, des avions de chasse israéliens auraient frappé des cibles en Syrie mercredi aux premières heures de la journée, visant une base militaire du régime de Bashar el-Assad et un convoi du Hezbollah en route vers le Liban, selon les médias étrangers.

Les forces de l’armée israélienne, comme elles en ont l’habitude, n’ont ni confirmé ni démenti avoir mené cette opération.

Autrefois régulières, ce type de frappes israéliennes présumées ont ralenti au cours de ces derniers mois.

De nombreux observateurs ont prétendu que la cause de cette décélération était le déploiement par la Russie du système de défense anti-missiles S-400.

Un haut-responsable de l’armée de l’air, qui s’est adressé à des journalistes en début de semaine, a noté que ce déploiement militaire de la Russie en Syrie pour soutenir le régime d’Assad présentait des « défis » pour Israël et signifiait l’avènement de « temps intéressants ».

Le système de défense anti-missiles déployé S-400 sur la base militaire russe de Hmeimin, dans la province de Lattaquié, au nord ouest de la Syrie, le 16 décembre 2015. (Crédit : Paul Gypteau/AFP)
Le système de défense anti-missiles déployé S-400 sur la base militaire russe de Hmeimin, dans la province de Lattaquié, au nord ouest de la Syrie, le 16 décembre 2015. (Crédit : Paul Gypteau/AFP)

Le système anti-aérien S-400 et son radar puissant, qui ont été déployés dans la ville de Lattaquié, dans l’ouest de la Syrie, a entravé la supériorité aérienne sans précédent affichée par Israël dans la région, selon la majorité des experts, même si Tsahal et le ministère de la Défense ont pour leur part répugné à déplorer publiquement la situation.

Ce système de missiles n’est pas dirigé contre Israël, mais sa seule existence dans la zone est une contrainte infligée à la liberté d’action de l’Etat juif. Selon les médias arabes, les avions israéliens sont restés dans l’espace aérien libanais durant l’opération, peut-être un signe de réticence à un survol direct du territoire syrien.

Mais l’implication russe dans la guerre civile syrienne a entraîné de graves répercussions non seulement sur la question immédiate et technique de la supériorité aérienne d’Israël mais aussi au niveau stratégique.

Depuis l’arrivée des Russes en Syrie il y a quatorze mois, ces derniers ont tourné « l’élan » du combat en faveur d’Assad, a expliqué le responsable militaire, ce qui est une aubaine pour le dirigeant alaouite ainsi que pour ses partisans iraniens et ceux du Hezbollah, deux des ennemis les plus féroces d’Israël.

Avec l’aide de la Russie, Assad a reconquis son territoire et sa puissance pendant l’année écoulée, remettant notamment la main sur certaines de ses usines d’armement qui avaient été capturées par les forces rebelles.

Ceci va lui permettre de fabriquer des armes sophistiquées pour le Hezbollah, et lui facilite les transferts d’armement depuis l’Iran vers le Liban.

C’est pour cela que les forces aériennes israéliennes auraient décollé juste après minuit mercredi, et lancé deux attaques contre deux sites différents de la Syrie, malgré le système S-400.

« Le renseignement, semble-t-il, a trouvé un transfert possible d’armes perfectionnées vers le Hezbollah, et Israël a décidé que cela n’arriverait pas »

Selon les médias locaux, la première frappe a touché une cache d’armes sur une base militaire de Damas appartenant à la 38e Brigade de la 4e Division de Blindés du régime, l’une des meilleures unités d’élite de l’armée syrienne, qui est commandée par Maher, le frère du président syrien Bashar el-Assad.

La deuxième a visé un certain nombre de véhicules qui voyageaient sur l’autoroute assurant la liaison entre Damas et Beyrouth, qui auraient fait partie d’un convoi d’armement du Hezbollah, selon le média d’information koweïtien al-Rai.

C’est le premier incident de ce type rapporté depuis le mois d’août, ce qui indique l’urgence apparente de la réalisation d’une telle opération.

« Les services de renseignements israéliens, semble-t-il, ont trouvé l’existence d’un transfert d’armes perfectionnés au Hezbollah, et Israël a décidé que cela n’arriverait pas », a commenté le major-général (de réserve) Yaakov Amidror, ancien conseiller à la sécurité nationale, au micro de la radio militaire dans la nuit de mercredi.

Yaakov Amidror, ancien conseiller à la sécurité nationale. (Crédit : Flash90)
Yaakov Amidror, ancien conseiller à la sécurité nationale. (Crédit : Flash90)

« C’est l’une de nos ‘lignes rouges’, que nous avons reconnues et déclarées et pour lesquelles nous avons déjà agi dans le passé », a-t-il expliqué.

Au mois d’avril, le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait reconnu qu’Israël avait mené des « dizaines » de frappes lors des tentatives de transfert d’armement en Syrie et avait promis de continuer à cibler les trafics d’armement « qui pourraient changer la donne ».

Même si les vingt-quatre heures qui se sont écoulées depuis les frappes se sont passées dans le calme, le Hezbollah et Assad, « enhardis » par leurs récentes victoires enregistrées sur les champs de bataille, pourraient tenter de riposter contre Israël, a averti Nadav Pollak, ancien chercheur au Washington Institute et analyste en contre-terrorisme à l’ADL (Anti-Defamation League).

Une réponse n’est pas nécessairement probable, dans la mesure où aucun soldat syrien ou du Hezbollah n’aurait été blessé lors des incidents, ce qui aurait pu entraîner des représailles le cas échéant. Toutefois, la Syrie a déjà tenté de prendre des mesures contre Israël dans le passé.

Au mois de septembre, une batterie de missile de défense appartenant au régime d’Assad a été utilisée contre deux avions israéliens qui avaient mené des frappes sur le plateau du Golan, du côté syrien, en réponse à un tir de mortier isolé qui avait touché Israël.

Cette affaire est « une indication [qu’ils] se montrent plus audacieux qu’auparavant », a expliqué Pollak au Times of Israël.

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