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Les primaires du Meretz, la bataille pour le futur visage de la gauche

Zehava Galon, qui fait son retour en politique, cherche une image "israélienne" pour le parti, tandis que l'ancien général Yair Golan vante une vision plus "sioniste"

Carrie Keller-Lynn est la correspondante politique et juridique du Times of Israël.

Les deux candidats à la tête du Meretz, Meretz; Zehava Galon, à gauche, et Yair Golan. (Crédit :  Flash90)
Les deux candidats à la tête du Meretz, Meretz; Zehava Galon, à gauche, et Yair Golan. (Crédit : Flash90)

Le parti du Meretz aura un nouveau dirigeant, mardi soir, alors que 18 500 membres inscrits de la formation vont faire un choix entre les positionnements classiques de la gauche revendiqués par l’ancienne responsable de la faction, Zehava Galon, et un Meretz dont le look serait remis au goût du jour sur la base d’un modèle proposé par le député Yair Golan.

Galon a siégé pendant 16 ans à la Knesset et a été à la tête du Meretz de 2013 à 2019. Elle a récemment décidé de sortir de sa retraite politique qu’elle avait prise, inquiète de ce que Golan ne change le visage de la faction qu’elle décrit elle-même comme étant un « parti israélien » – un parti qui s’est jusqu’à présent caractérisé par ses larges valeurs progressistes. Golan, ancien général de l’armée israélienne, veut pour sa part que la formation devienne un parti « sioniste de gauche » qui puisse se concentrer sur la question de la séparation d’avec les Palestiniens.

Anticipant les élections du 1er novembre, Galon et Golan s’affrontent ce mardi pour remplir le vide laissé par le ministre de la Santé Nitzan Horowitz qui a démissionné de son poste de leader du parti suite à une année agitée passée dans la coalition sortante. Le reste de la liste des candidats du Meretz – la faction obtiendrait, selon les sondages, cinq à six sièges au cours du prochain scrutin – sera aussi déterminé par les primaires qui ont lieu aujourd’hui.

Galon est la candidate institutionnelle – elle a fait partie intégrante du Meretz depuis sa fondation en tant qu’alliance politique de gauche en 1992, et ce jusqu’à son retrait de la vie politique. Parmi les caractéristiques qui, selon elle, font partie « de l’ADN du Meretz », les questions relatives à l’économie dans le cadre du régime social-démocrate, les droits des minorités, le partenariat entre Juifs et Arabes, et une solution diplomatique apportée aux aspirations nationales des Palestiniens.

« Nous sommes un parti qui considère dans l’ensemble que tous les droits sont entremêlés les uns aux autres. Nous ne parlons pas de ‘séparation d’avec les Palestiniens’, nous parlons de négociations, d’accords, nous parlons du respect des droits de l’homme pour toutes et pour tous », a dit Galon lors d’un entretien accordé samedi à la Douzième chaîne, ajoutant au micro de la Radio militaire, lundi, qu’elle voulait « une solution diplomatique » au conflit israélo-palestinien et non un règlement « unilatéral ».

Golan, de l’autre côté, affirme que la conception actuelle de la formation est élitiste et qu’elle empêche le parti d’exploiter tout son potentiel.

Le ministre de la Santé et dirigeant du parti du Meretz de gauche, Nitzan Horowitz, lors d’une réunion de faction à la Knesset, le 3 janvier 2021. (Crédit : Yonatan SindelFlash90)

Il a déclaré samedi que les primaires seraient la mise en concurrence « entre une vision du monde d’une gauche étroite, exclusive quoique capable, qui se refuse à grandir, et le point de vue qui est le mien, celui d’une gauche sioniste, un camp riche en pouvoir et en force, qui aspire au leadership et qui sait comment exercer le pouvoir ».

Il a ajouté, dimanche, auprès de Walla que le Meretz avait l’image d’une formation centrée sur Tel Aviv, « fermée, à l’écart et amère ».

L’importance du Meretz reste modeste – le parti frôlerait ainsi encore une fois le seuil de représentation électorale de 3,25 % nécessaire pour intégrer la Knesset. Toutefois, une enquête d’opinion réalisée le mois dernier a révélé que le retour de Galon pourrait lui faire gagner un siège supplémentaire.

Golan, ancien chef d’État-major-adjoint et haut-commandant en Cisjordanie, veut rafraîchir et uniformiser les objectifs poursuivis par le Meretz. Il veut que la faction se concentre clairement sur « la séparation d’avec les Palestiniens », expliquant au mois de juillet que ce dossier devait être la bannière centrale autour de laquelle se rassemblerait le Meretz.

« Quand j’entends Yair Golan dire que les questions que nous prenons en compte sont ésotériques, ce n’est pas le Meretz. Il y a le parti d’Unité nationale », a commenté Galon samedi, affirmant que le programme de Golan changerait les valeurs qui sont au cœur du Meretz.

Golan a aussi prôné sa vision du Meretz en tant que formation « de la gauche sioniste », une ligne avec laquelle certains membres arabes de longue date de la faction – et notamment le ministre Essawi Frej, qui va prendre sa retraite politique – sont en désaccord.

Plutôt que d’identifier les aspirations nationales juives en tant qu’aspirations « sionistes », Galon préfère le terme de « parti israélien » pour pouvoir accueillir et accomoder tous les adhérents du Meretz, aussi divers soient-ils.

« Je suis sioniste. Tous les anciens dirigeants du Meretz étaient sionistes. Mais nous sommes partenaires dans un parti de gauche qui se définit lui-même comme étant un parti israélien, et qui compte en son sein des partenaires arabes. Je ne m’attends pas à ce que Essawi Frej se définisse comme sioniste », a expliqué Galon dans la journée de samedi.

Golan est entré au Meretz en 2020, amené par Horowitz. C’est la première fois qu’il se présente dans une primaire ouverte où il n’a pas une place réservée. Il a admis qu’il n’appartenait pas à l’establishment du Meretz – un fait qui, dit-il, peut apporter un « renouveau » bienvenu, et il a réfuté l’accusation de Galon qui estime que l’élection de l’ancien militaire entraînerait un changement des valeurs de la formation.

Le Meretz a la réputation d’être frileux face aux personnalités venant de l’extérieur et qui ne se soumettent pas à la ligne du parti. Horowitz s’est ainsi attiré de fortes critiques pour avoir inscrit le nom de la députée arabe Rinawie Zoabi sur la liste du Meretz, à une très bonne place – la législatrice avait ensuite contrevenu à la discipline du parti et elle avait contribué à la désintégration de la coalition.

La députée Meretz, Ghaida Rinawie Zoabi, assistant à une réunion du Comité des finances à la Knesset, à Jérusalem, le 8 juin 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Golan a affirmé que le Meretz devait attirer de nouvelles communautés, notamment les Bédouins et les membres des kibboutz. Mais, la semaine dernière, la station de radio Kan a annoncé que la formation avait disqualifié l’adhésion d’environ 1 000 nouveaux membres bédouins parce qu’ils avaient été mal inscrits par un tiers.

Il estime aussi que les élections du mois de novembre représenteront un combat contre « la droite corrompue messianique » – ce qui est peut-être son message le plus proche de celui de Galon, qui est elle aussi fermement opposée au retour d’un gouvernement de droite et religieux placé sous l’autorité du leader de longue date Benjamin Netanyahu.

Tandis que les primaires détermineront ce que les électeurs veulent faire du Meretz et ce qu’ils attendent du parti à l’avenir, 25 candidats seront en concurrence pour des places limitées sur la liste des futurs députés de la Knesset. Des politiciens élus, comme Horowitz, Michal Rozin, Gaby Lasky, Mossi Raz et Ali Salalha, affronteront Golan et des personnalités non-élues pour remporter les quatre à cinq sièges que la formation pourrait remporter de manière réaliste. La ministre de la Protection environnementale, Tamar Zandberg, elle-même ancienne dirigeante du Meretz, a décidé, comme Frej, de ne pas se représenter à la Knesset.

Parce que Galon se présente uniquement à la tête du parti et qu’elle ne brigue pas de place au parlement, elle n’obtiendra pas de siège à la Knesset si elle n’est pas victorieuse. Golan a critiqué sa décision de ne concourir seulement qu’au poste de numéro un de la formation.

Placé sous l’autorité de Horowitz, le Meretz est revenu au pouvoir en 2021 pour la toute première fois en l’espace de deux décennies mais – comme cela a été le cas avec plusieurs autres partis de la coalition –, il a dû faire des compromis idéologiques dans le but de rejoindre l’alliance très diverse qui formait le gouvernement. Ces compromis se sont finalement avérés être trop lourds pour certains législateurs de la coalition, avec parmi eux Rinawie Zoabi, qui a aidé à précipiter l’effondrement du gouvernement en contrevenant à la discipline de parti.

Alors que la majorité des votes, lors de ces primaires, devraient se faire numériquement, le Meretz espère pouvoir publier ses résultats dans la soirée de mardi. En plus du Meretz, le parti de droite du Sionisme religieux organise, lui aussi, ses primaires en ce jour.

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