Les résolutions anti-Israël entravent la paix – chef de la diplomatie letton
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Interview

Les résolutions anti-Israël entravent la paix – chef de la diplomatie letton

En visite en Israël, Edgars Rinkēvičs a salué le "positionnement équilibré" de Riga sur le Moyen-Orient, a critiqué le recours à la force létale par Israël lors des émeutes de Gaza

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le ministre letton des Affaires étrangères Edgars Rinkēvičs, à droite, avec le Premier ministre  Netanyahu à Jérusalem, juin 2018 (Capture d'écran : Twitter)
Le ministre letton des Affaires étrangères Edgars Rinkēvičs, à droite, avec le Premier ministre Netanyahu à Jérusalem, juin 2018 (Capture d'écran : Twitter)

Les résolutions anti-israéliennes aux Nations unies et au sein d’autres instances internationales n’aident pas beaucoup à solutionner le conflit israélo-palestinien, a estimé le ministre des Affaires étrangères de Lettonie la semaine dernière au cours d’une visite dans l’Etat juif.

Dans un entretien accordé au Times of Israel, Edgars Rinkēvičs a aussi critiqué la réponse « disproportionnée » de l’armée israélienne lors des récentes manifestations sur la frontière avec Gaza, même s’il a souligné le droit d’Israël à se défendre.

« Au cours des années, il y a eu de nombreuses résolutions à l’Assemblée générale [de l’ONU] condamnant Israël, appelant [la reprise] du processus de paix. Mais je n’ai pas constaté que ces résolutions soient venues en aide au processus de paix global », a dit Rinkēvičs.

« Je ne crois pas que ces résolutions puissent remplacer un processus de paix, des négociations directes avec la participation de tous les acteurs concernés », a-t-il ajouté. « Ce sont de bons textes que nous prenons – bien entendu – au sérieux, mais nous ne pensons pas que cette approche vienne vraiment en aide au processus lui-même ».

Le 1er juin, le Conseil de sécurité des Nations unies a voté une résolution appelant à des « mesures pour garantir la sûreté et la protection » des Palestiniens en Cisjordanie et dans la bande de Gaza et à proposer un « mécanisme international de protection » pour eux.

Riyad Mansour, ambassadeur de l’Autorité palestinienne auprès des Nations unies, à droite, devant le Conseil de sécurité, le 19 octobre 2016. (Crédit : Kim Haughton/Nations unies)

Dix pays, dont notamment la Chine, la France, et la Russie, ont voté en faveur du texte, proposé par le Koweït, qui n’a finalement pas été adopté en raison d’un veto américain.

Mercredi, la résolution du Koweït devrait être représentée devant l’Assemblée générale où elle devrait être approuvée à une large majorité.

Depuis le 30 mars, environ 110 Palestiniens ont été tués dans des mouvements de protestation massifs le long de la frontière avec Gaza et des milliers d’autres blessés par des tirs militaires israéliens. Des douzaines de victimes étaient membres de groupes terroristes, ont reconnu le Hamas et le Jihad islamique. L’Etat juif a déclaré que ses troupes défendaient la frontière et il a accusé le Hamas d’avoir tenté de commettre des attentats sous couverture des manifestations.

Sur des affaires internationales telles qu’Israël et la Palestine, la Lettonie, membre de l’Union européenne, s’engage à adhérer au consensus de l’UE, selon Rinkēvičs.

A chaque fois qu’un tel consensus sera hors de portée, Riga adoptera un « positionnement équilibré », a-t-il expliqué, citant des abstentions au vote du mois de novembre 2012 à l’Assemblée générale des Nations unies qui visait à donner à la Palestine un statut « d’état non-membre » et le vote au sein de la même instance condamnant la reconnaissance américaine de Jérusalem en tant que capitale d’Israël, au mois de décembre 2017.

La Lettonie n’a pas l’intention de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël mais n’envisage pas actuellement non plus de reconnaître un état palestinien, a dit Rinkēvičs. « Nous voulons voir une approche équilibrée », a-t-il dit.

Rinkēvičs, ministre des Affaires étrangères de l’état Balte depuis 2011, a critiqué les moyens utilisés par l’armée israélienne pour empêcher les Palestiniens d’ouvrir des brèches durant la « marche du retour », ces dernières semaines.

« Je n’ai pas particulièrement apprécié la manière dont la force a été récemment utilisée à Gaza. Mais je comprends également très bien comment ce mouvement de protestation a été initié », a-t-il commenté, s’exprimant en anglais.

« Nous pensons que l’usage par la police qui protège les frontières dans les démocraties de la force non-létale est à favoriser. Nous avons aussi constaté ces tentatives visant à initier des manifestations d’une façon qui n’est pas acceptable pour nous ».

« Lorsque des innocents meurent, un mécanisme doit être mis en place pour établir les faits et éviter la reproduction d’incidents similaires à l’avenir, » a estimé Rinkēvičs.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui a rencontré jeudi soir Rinkēvičs, a affirmé la semaine dernière que l’Etat juif avait utilisé des moyens de dispersion de foule non-létaux mais qu’ils s’étaient avérés inefficaces.

« Parce que nous avons essayé les canons à eau, nous avons essayé les gaz lacrymogènes, nous avons essayé toutes sortes d’autres dispositifs et aucun d’entre eux n’a fonctionné contre ce type de tactique », a-t-il dit.

« Lorsque je parlerai aux responsables européens, je leur dirai : ‘OK, que feriez-vous vous-même ? Pouvez-vous nous apporter une technologie ? Je voudrais savoir si vous pourriez le faire parce que nous l’utiliserions avec bonheur’, » a expliqué Netanyahu.

Un manifestant palestinien brandit le drapeau national durant des affrontements avec les forces de sécurité israéliennes sur la frontière entre Israël et Gaza, à l’est de Gaza City, le 6 avril 2018 (Crédit : AFP PHOTO / MAHMUD HAMS)

Dans une situation semblable, la Lettonie ferait de son mieux pour protéger ses frontières et la sécurité de ses citoyens, a dit Rinkēvičs, « mais nous aurions également une politique très forte affirmant qu’il faut explorer tous les moyens non-létaux à mettre à la disposition de la police ou des autorités frontalières. Et l’usage des armes létales, selon nos lois, n’est possible que s’il y a des armes utilisées par l’autre partie ou dans d’autres circonstances justifiables ».

Il a indiqué que personne n’avait d’illusion sur le Hamas et que les méthodes du groupe étaient inacceptables. « Nous ne justifions pas ce que fait le Hamas », a-t-il noté, et Israël dispose du « droit légitime » à se défendre, même si le pays doit user d’une « force proportionnelle, en particulier contre les enfants et contre les femmes ».

« Nous ne prenons pas parti d’un côté ou de l’autre », a ajouté Rinkēvičs. « Nous tentons d’être utiles, autant que possible, parce que nous comprenons les arguments des deux côtés ».

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