Les volontaires affluent pour aider les enfants du sud de Tel Aviv
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Les volontaires affluent pour aider les enfants du sud de Tel Aviv

Après l’interdiction faite aux soldats d’y être bénévoles, des dizaines de personnes se sont proposées pour aider les enfants de migrants africains

Des enfants de familles de migrants africains rassemblées dans une "crèche" dans le sud de Tel Aviv, le 28 mai 2015. Caractérisée par une saleté et une misère noire, elles ont toutes été dénoncées par des associations de défense des droits de l'Homme et les médias comme des "entrepôts à bébé". Les visages des enfants ont été floutés pour protéger leurs identités. (Crédit : AFP/Jack Guez)
Des enfants de familles de migrants africains rassemblées dans une "crèche" dans le sud de Tel Aviv, le 28 mai 2015. Caractérisée par une saleté et une misère noire, elles ont toutes été dénoncées par des associations de défense des droits de l'Homme et les médias comme des "entrepôts à bébé". Les visages des enfants ont été floutés pour protéger leurs identités. (Crédit : AFP/Jack Guez)

Les militants qui ont fait campagne contre le bénévolat des soldats dans les « entrepôts de bébés » pour les enfants des réfugiés et des migrants dans le sud de Tel Aviv ont pu rendre service à la cause. En effet, l’organisation qui organisait les programmes a annoncé être dépassée par les demandes de volontariat la semaine dernière.

« Je pense que c’est le côté merveilleux de la société israélienne », a déclaré Yael Gvirtz, fondatrice et directrice d’Elifelet. Elle a ajouté que des dizaines de personne avaient appelé l’organisation la semaine dernière pour se porter bénévoles, et que quelques-unes avaient fait des dons.

« Il y a eu un geste politique, cynique, pour utiliser ces enfants pour un autre motif », a-t-elle déclaré.

Elifelet offre du soutien, notamment par des donations et de la nourriture, à plus de 650 enfants dans des crèches, familièrement appelées « entrepôts d’enfants » parce que la surcharge y est un vrai problème. Ces crèches proposent des possibilités de gardes d’enfants aux travailleurs réfugiés et migrants qui ont souvent de longs horaires de travail, mais n’ont pas de supervision des autorités.

Sheffi Paz, militante connue du sud de Tel Aviv opposée à la présence de migrants africains, a photographié des soldats bénévoles pour Elifelet, et la Dixième chaîne a également réalisé un reportage sur les membres d’une unité de renseignements militaires qui étaient volontaires dans les jardins d’enfants du sud de Tel Aviv.

Le 17 août, le ministre de la Défense Avigdor Liberman avait annoncé que les soldats ne seraient plus autorisés à faire du volontariat auprès des migrants africains. « Si les soldats ont du temps libre, ils devraient aider les survivants de l’Holocauste ou les nécessiteux », aurait-il dit au chef d’Etat-major. « La charité devrait commencer à la maison. »

Pendant un entretien avec la radio militaire dans lequel il saluait la décision de Liberman, le vice-ministre de la Défense Eli Ben Dahan avait affirmé qu’ « aucun des 150 000 infiltrés illégaux n’a été catégorisé comme un réfugié ; ils n’ont pas besoin d’une main tendue ou d’être jetés dans la mer et sauvés de la noyade. »

Les chiffres de l’ONU montrent qu’Israël abrite environ 53 000 réfugiés et demandeurs d’asiles africains, dont la plupart sont entrés illégalement dans le pays via la frontière égyptienne. Parmi eux, 36 000 viennent d’Erythrée et 14 000 du Soudan.

Comparés aux crèches classiques, qui coûtent environ 2 500 shekels par mois, ces « entrepôts » demandent environ 600 shekels par mois. Ils accueillent un maximum d’enfants pour gagner de l’argent.

Une femme nourrit les enfants de familles de migrants africains illégaux dans une crèche du sud de Tel Aviv, le 28 mai 2015. Les visages des enfants ont été floutés pour protéger leurs identités. (Crédit : AFP/Jack Guez)
Une femme nourrit les enfants de familles de migrants africains illégaux dans une crèche du sud de Tel Aviv, le 28 mai 2015. Les visages des enfants ont été floutés pour protéger leurs identités. (Crédit : AFP/Jack Guez)

Le 17 août, un bébé d’un an s’est étouffé dans l’une de ces crèches dans le quartier de Neve Shaanan. Les secouristes de Magen David Adom étaient arrivés alors qu’il était déjà inconscient et l’avaient transporté à l’hôpital dans un état critique. Le bébé est mort mardi matin. Gvirtz a déclaré que presque 20 enfants étaient morts dans ces jardins d’enfants ces cinq dernières années.

Sheffi Paz a critiqué l’armée pour avoir fait du volontariat dans le quartier. « Je ne veux qu’aucune institution ne soit bénévole ici. Si les gens veulent être bénévoles à titre privé, nous traiterons avec eux individuellement », a déclaré Paz, qui fait partie d’un groupe de surveillance du voisinage intitulé « Otef Tahana Merkazit » (le voisinage de la gare routière centrale). Ce groupe a utilisé des méthodes controversées, notamment en harcelant des enfants africains dans des aires de jeux du quartier.

« J’ai rencontré des personnes de tout Israël. Ils n’ont aucune idée de ce qu’il se passe ici, de pourquoi nous n’aimons pas ces Africains, et de pourquoi c’est un cauchemar quand ils viennent ici », a-t-elle déclaré.

« Nous pensons que ces jardins d’enfants sont vraiment le centre du problème. Ils détruisent le quartier. Nous pensons qu’ils utilisent les enfants comme outil politique pour éviter l’expulsion », a-t-elle déclaré.

Gvirtz, d’Elifelet, a déclaré que la décision de Liberman avait été « vraiment nuisible et dangereuse » pour les enfants. Pendant les trois dernières années, au moins un groupe de soldats a été bénévole pour l’organisation chaque semaine. Ils étaient habituellement membres du Corps éducatif, et devaient faire du bénévolat dans le cadre de leur formation. Généralement, les soldats emmenaient les enfants au parc pour quelques heures, pour qu’ils puissent prendre l’air.

Une "crèche" dans un appartement du quartier de Shapira, dans le sud de Tel Aviv, le 14 mai 2012. Illustration. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)
Une « crèche » dans un appartement du quartier de Shapira, dans le sud de Tel Aviv, le 14 mai 2012. Illustration. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Elifelet a reçu sa part de critiques, disant qu’ils changent constamment de bénévoles au détriment des enfants et que les volontaires ne sont pas examinés attentivement. « Dites moi, qu’est-ce qui est le mieux ? Que les enfants soient à l’intérieur toute la journée et qu’ils ne fassent rien, ou qu’un groupe de soldats vienne, accompagné de nos bénévoles, pour les emmener au parc ? », a-t-elle demandé.

Elle a ajouté que la couverture médiatique avait attiré des groupes de personnes qui ne sont généralement pas bénévoles auprès de l’organisation, dont des soldats venant sur leur propre temps personnel, et des volontaires qui sont plus religieux. Auparavant, les bénévoles venaient du « cercle militant de gauche connu », qui est souvent laïc, a-t-elle déclaré.

Elle a encourage Paz et son organisation à proposer un programme de bénévolat alternatif pour les soldats. « Leur seule activité est de nous crier dessus », a-t-elle dit.

« Si l’armée pouvait utiliser sa position pour aider les quartiers du sud plutôt que de simplement l’arrêter, il pourrait y avoir un résultat vraiment différent. »

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