L’examen des votes révèle les liens et ruptures politiques de la 2e élection
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L’examen des votes révèle les liens et ruptures politiques de la 2e élection

Comme les affinités politiques deviennent de plus en plus fluctuantes, les partis devraient se pencher sur une analyse informatique décrivant qui vote pour qui – et pourquoi

  • (De gauche à droite) En haut : Aryeh Deri (Shas), Yaakov Litzman (Yahadout HaTorah), Itamar Ben Gvir (Otzma Yehudit), Ahmad Tibi (Raam-Taal) et Ayman Odeh (Liste arabe unie). Au milieu : Ayelet Shaked (Yamina), Avigdor Liberma (Yisrael Beytenu), le Premier ministre Benjamin Netanyahu (Likud), Benny Gantz (Kakhol lavan) et Yair Lapid (Yesh Atid). En bas : Amir Pretez (Parti travailliste), Orly Levy-Abekasis (Gesher), Ehud Barak (Parti démocrate israélien), l'ancienne députée travailliste Shaffir et Nitzan Horowitz (Meretz).
    (De gauche à droite) En haut : Aryeh Deri (Shas), Yaakov Litzman (Yahadout HaTorah), Itamar Ben Gvir (Otzma Yehudit), Ahmad Tibi (Raam-Taal) et Ayman Odeh (Liste arabe unie). Au milieu : Ayelet Shaked (Yamina), Avigdor Liberma (Yisrael Beytenu), le Premier ministre Benjamin Netanyahu (Likud), Benny Gantz (Kakhol lavan) et Yair Lapid (Yesh Atid). En bas : Amir Pretez (Parti travailliste), Orly Levy-Abekasis (Gesher), Ehud Barak (Parti démocrate israélien), l'ancienne députée travailliste Shaffir et Nitzan Horowitz (Meretz).
  • Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son épouse Sara votent dans un bureau de vote à Jérusalem, le 17 septembre 2019. (Heidi Levine/AFP)
    Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son épouse Sara votent dans un bureau de vote à Jérusalem, le 17 septembre 2019. (Heidi Levine/AFP)
  • Des bulletins de vote se trouvent sur une table dans un bureau de vote à Rosh Haayin, lors des élections législatives israéliennes du 17 septembre 2019. (Jack Guez/AFP)
    Des bulletins de vote se trouvent sur une table dans un bureau de vote à Rosh Haayin, lors des élections législatives israéliennes du 17 septembre 2019. (Jack Guez/AFP)
  • Une femme vote avec son enfant dans un bureau de vote à Safed, le jour du scrutin, le 17 septembre 2019. (David Cohen/Flash90)
    Une femme vote avec son enfant dans un bureau de vote à Safed, le jour du scrutin, le 17 septembre 2019. (David Cohen/Flash90)

Les résultats du second tour des élections législatives israéliennes du 17 septembre ont plongé le pays dans sa deuxième impasse politique cette année – le parti au pouvoir, le Likud, ayant remporté 32 sièges à la Knesset contre 33 pour son rival Kakhol lavan, laissant les blocs rivaux pratiquement à égalité à 55-54.

La complexité de la politique israélienne actuelle est peut-être en partie responsable de l’impasse persistante. Dans la période qui a précédé les élections, alors même que les partis se disputaient les suffrages de leurs rivaux, il leur a été exceptionnellement difficile d’analyser les schémas de migration des électeurs – et donc de vérifier si leur tactique fonctionnait réellement.

Un certain nombre d’experts de la haute technologie, de la cyberinformatique et du traitement des données ont récemment mis au point des méthodes de recherche sophistiquées qui permettent ce qu’ils prétendent être une analyse détaillée et précise.

Une méthode mise au point par une start-up israélienne a déjà donné des résultats surprenants : beaucoup de ceux qui ont voté pour le parti au pouvoir, le Likud, lors des élections d’avril 2019 ne se sont tout simplement pas rendus aux urnes cette fois-ci – ce qui a coûté au parti trois sièges.

Cette méthode a été développée par Arick Goomanovsky, co-fondateur de la société de sécurité informatique et réseau Ermetic, et est basée sur un modèle logico-mathématique développé par Itamar Mushkin, spécialiste des données et développeur d’algorithmes de Precognize. Mushkin a déjà publié une analyse des tendances migratoires des électeurs entre les années 1990 et 2015. La méthode n’a cependant pas été démontrée sur le plan scientifique.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son épouse Sara votent dans un bureau de vote à Jérusalem, le 17 septembre 2019. (Heidi Levine/AFP)

Goomanovsky adopte une vue microscopique d’Israël et analyse les habitudes de vote dans divers bureaux de vote en comparant leurs résultats aux habitudes de vote antérieures dans les mêmes endroits. La méthode de M. Mushkin examine en profondeur les habitudes de vote des communautés et les compare aux habitudes observées dans les mêmes communautés lors des élections précédentes.

« La méthode d’Itamar analyse les changements dans les habitudes de vote de tous les électeurs en Israël, c’est son avantage. Ma méthode se concentre sur les bureaux de vote et non sur les communautés, de sorte qu’elle a un groupe d’essai plus petit, plus homogène et ciblé », a déclaré Goomanovsky à Zman Yisrael, le site en hébreu du Times of Israël.

« Il est important de noter que l’idée brillante sur laquelle les deux méthodes sont basées était celle d’Itamar », a-t-il souligné.

Quant à la marge d’erreur, Goomanovsky explique que son analyse n’est pas basée sur le modèle de probabilité, ce qui la rend difficile à quantifier. « Mais je dirais que la probabilité d’erreurs dans le modèle, qui correspond à l’écart-type des enquêtes probabilistes, est similaire ou proche de 5 %. »

« Quoi qu’il en soit, les deux méthodes fonctionnent, comme le montre le fait que leurs résultats sont assez cohérents », a-t-il ajouté, notant que ses résultats et ceux de Mushkin montrent, par exemple, que les électeurs du Likud sont restés fidèles au parti, alors qu’il y a eu un glissement entre les électeurs travaillistes et ceux du Meretz.

Système chaotique

« La plupart des bureaux de vote en Israël montrent certains schémas de vote qui rendent les changements faciles à repérer », a expliqué M. Goomanovsky. « Disons, par exemple, qu’un certain bureau de vote montre qu’aux élections d’avril, 32 % ont voté pour le parti ‘Mauve’, 38 % pour le parti ‘Bleu’ et 22 % pour le parti ‘Gris’. En septembre, nous constatons qu’au même bureau de vote, seulement 29 % ont voté ‘Mauve’ et 25 % ont voté ‘Gris’, mais le nombre d’électeurs ‘Bleu’ n’a pas changé. Dans ce cas, on peut conclure que 3 % ont migré de ‘Mauve’ vers ‘Gris’. »

L’algorithme analyse les changements dans chaque bureau de vote et calcule ensuite la moyenne de la migration des électeurs dans tous les bureaux de vote, à partir de laquelle il obtient la moyenne nationale.

Arick Goomanovsky. (Autorisation / via Zman Yisrael)

Les changements dans les habitudes de vote de chaque scrutin sont faciles à déceler et aident à déchiffrer les changements complexes dans ce qui est devenu une carte électorale nationale chaotique.

Le fait que seulement cinq mois séparent les deux campagnes électorales de 2019 a facilité l’analyse, a expliqué M. Goomanovsky.

« Très peu de personnes sont mortes, ont atteint l’âge de 18 ans, ont émigré ou ont changé d’adresse au cours de cette période », a-t-il ajouté. « Cela signifie qu’il y a eu peu de changement du public dans les bureaux de vote, donc si nous constatons un changement dans un bureau de vote particulier entre les deux dernières campagnes électorales, cela signifie que les gens ont changé leur vote. L’examen des résultats dans un bureau de vote particulier nous permet de voir exactement ce qui a changé. »

Certaines données ne sont pas surprenantes : 100 % de ceux qui ont voté pour les partis arabes ou majoritairement arabes Balad, Raam-Taal et Hadash en avril, ont voté pour la Liste arabe unie – la faction sous laquelle ils se sont unis – en septembre, et environ 97 % de ceux qui ont voté en avril pour les partis HaBayit HaYehudi, Shas et Yisrael Beytenu ont fait de même.

La Liste arabe unie, Shas et Yisrael Beytenu ont également reçu un coup de pouce des nouveaux électeurs, tant ceux qui n’ont pas voté pour eux il y a cinq mois que ceux qui n’ont pas voté du tout. En conséquence, tous trois ont augmenté leur pouvoir parlementaire : Yisrael Beytenu, qui a remporté 5 sièges en avril, a obtenu 8 sièges aux élections de septembre, Shas est passé de 8 à 9 sièges, et la Liste arabe unie de 10 à 13 sièges.

(De gauche à droite) En haut : Aryeh Deri (Shas), Yaakov Litzman (Yahadout HaTorah), Itamar Ben Gvir (Otzma Yehudit), Ahmad Tibi (Raam-Taal) et Ayman Odeh (Liste arabe unie). Au milieu : Ayelet Shaked (Yamina), Avigdor Liberma (Yisrael Beytenu), le Premier ministre Benjamin Netanyahu (Likud), Benny Gantz (Kakhol lavan) et Yair Lapid (Yesh Atid). En bas : Amir Pretez (Parti travailliste), Orly Levy-Abekasis (Gesher), Ehud Barak (Parti démocrate israélien), l’ancienne députée travailliste Shaffir et Nitzan Horowitz (Meretz).

Une analyse des résultats concernant le Likud est cependant plus surprenante. Le parti est passé de 35 à 32 sièges, mais les données ne semblent pas étayer les affirmations des partis rivaux selon lesquelles ils ont réussi à détourner les électeurs du parti au pouvoir.

Goomanovsky a découvert que 92 % des électeurs du Likud ont soutenu le parti en avril. En septembre, près de 8 % – les trois mandats que le Likud a perdus – n’ont simplement pas voté.

Avant les élections de septembre, deux hommes politiques qui avaient quitté le Likud pour former leur propre parti – le chef de Koulanou Moshe Kahlon et le dirigeant de Zehut Moshe Feiglin – sont retournés au parti, mais les données montrent que leurs électeurs n’ont pas suivi largement, se dispersant plutôt dans l’éventail politique.

Une segmentation des résultats a montré que seulement 16 % de ceux qui ont voté pour Koulanou en avril ont voté pour le Likud en septembre, tandis que 40 % ont voté pour Kakhhol lavan. 7 % ont voté pour Shas, 12 % pour Travailliste-Gesher, 20 % pour Yisrael Beytenu, 3 % pour l’extrême droite Otzma Yehudit et 2 % pour le parti Tzomet.

Ni Otzma Yehudit ni Tzomet, dirigé par l’ancien député du Likud Oren Hazan – très controversé – n’ont dépassé le seuil électoral de 3,25 %, qui se traduit en quatre sièges environ à la Knesset.

Parmi ceux qui ont voté pour Zehut en avril, seuls 4 % ont voté pour le Likud la semaine dernière.

Les données de Goomanovsky montrent que le plus grand nombre d’anciens partisans de Zehut – 27 % – ont voté pour Shas, suivi par Otzma Yehudit à 26 %, Yisrael Beytenu à 20 %, Yamina à 10 %, Travailliste-Gesher à 9 %, et 3 % ont voté pour Yahadout HaTorah. Le parti Kakhol lavan n’a reçu que 1 % des votes des partisans de Zehut.

Une analyse des habitudes de vote de Kakhol lavan montre que 91 % de ceux qui ont voté pour le parti en avril l’ont encore fait la semaine dernière. Pourtant, 3,5 % de ses électeurs ont préféré Yisrael Beytenu, 3,5 % ont voté pour Travailliste-Gesher, et 2 % pour Meretz.

Complètement chamboulé

Pendant ce temps, la tourmente qui a secoué les petits partis de centre-gauche entre les deux campagnes électorales a modifié leur électorat potentiel.

En avril, les travaillistes ont remporté 6 sièges à la Knesset et Meretz en a obtenu 4, tandis que Gesher n’a pas dépassé le seuil électoral. Cependant, les élections de septembre ont vu le Parti travailliste et Gesher unir leurs forces, et Meretz s’est associé au Parti démocrate israélien de l’ancien Premier ministre Ehud Barak et à la députée dissidente Travailliste Stav Shaffir pour former le Camp démocratique.

En conséquence, seulement 48 % de ceux qui ont voté pour le Parti travailliste en avril l’ont de nouveau fait la semaine dernière. 48 % des électeurs travaillistes d’avril ont voté pour Meretz, tandis que le Likud, Yisrael Beytenu, Yahadout HaTorah et Tzomet ont reçu chacun 1 % des voix restantes.

Les dirigeants du parti Kakhol lavan, de gauche à droite, Gabi Ashkenazi, Benny Gantz, Yair Lapid et Moshe Yaalon lors d’une conférence de presse au siège du parti à Tel Aviv, le 10 avril 2019, au lendemain du jour des élections. (Flash90)

Meretz n’a pas mieux réussi, puisque seulement 52 % de ceux qui ont voté en sa faveur en avril ont fait de même en septembre. 15 % ont migré vers Travailliste-Gesher, 14 % ont soutenu la Liste arabe unie, et 4 % ont choisi Kakhol lavan. Selon les données de Goomanovsky, 15 % des électeurs de Meretz n’ont pas voté du tout la semaine dernière.

Gesher a également vu près de la moitié de ses électeurs émigrer ailleurs, puisque 56 % ont revoté pour lui, 15 % pour le Likud, 9 % pour Kakhol lavan, 7 % pour Yisrael Beytenu, 4 % pour Tzomet, 3 % pour Shas et Yamina chacun, 2 % pour Otzma Yehudit et 1 % pour Yahadout HaTorah.

Lors de leur réunification en septembre, Travailliste-Gesher a remporté 6 sièges à la Knesset et le Camp démocratique en a obtenu 5.

L’analyse de Goomanovsky a montré que si les électeurs de droite avaient tendance à rester au sein du bloc, leur migration a tout de même créé des changements substantiels.

Lors des élections d’avril, les petits partis de droite ont offert aux électeurs le choix entre HaYamin HaHadash, formée par Naftali Bennett et Ayelet Shaked, anciens dirigeants de HaBayit HaYehudi, et l’Union des partis de droite, une fusion comprenant HaBayit HaYehudi, Otzma Yehudit et l’Union nationale.

L’Union des partis de droite a remporté 5 sièges, mais HaYamin HaHadash n’a pas réussi à se faire élire au Parlement.

Cherchant à améliorer leur position avant le vote de septembre, HaYamin HaHadash, HaBayit HaYehudi et l’Union nationale ont uni leurs forces pour former Yamina, qui a obtenu 7 sièges à la Knesset, tandis qu’Otzma Yehudit n’a pas atteint le seuil électoral.

Une femme vote avec son enfant dans un bureau de vote à Safed, le jour du scrutin, le 17 septembre 2019. (David Cohen/Flash90)

Les données montrent que 69 % des électeurs de l’Union des partis de droite ont apporté leur soutien à Yamina, 24 % ont voté pour Otzma Yehudit, 3 % pour Yahadout HaTorah, et 2 % pour Shas. Le Likud et le Tzomet ont obtenu chacun 1 % des voix des partisans de l’Union des partis de droite.

Il est intéressant de noter que, malgré des situations où les membres du parti n’ont pas voté en masse en septembre, les chiffres de la commission centrale électorale indiquent que le taux de participation aux récentes élections s’est élevé à 69,4 %, en hausse par rapport aux 67,9 % enregistrés en avril.

L’analyse des résultats effectuée par Goomanovsky a conclu que 89 % de ceux qui n’ont pas voté en avril n’ont pas voté en septembre. 8 % ont voté en faveur de la Liste arabe unie, ce qui reflète l’augmentation de la participation électorale dans le secteur arabe – 2 % ont voté pour Yisrael Beytenu et 1 % pour Shas.

Pourtant, les partis politiques israéliens ont montré peu d’intérêt pour utiliser les méthodes de Goomanovsky et de Mushkin pour potentiellement améliorer les résultats futurs.

« Nous avons développé [les algorithmes] et publié l’information volontairement – ce type d’information devrait être public », a dit M. Goomanovsky. « Après qu’Itamar a publié son analyse, j’ai contacté des membres de partis de tous les horizons politiques et j’ai attiré leur attention sur les résultats de cette analyse. Certains ont exprimé leur intérêt et pourraient utiliser ces méthodes. D’autres ne comprenaient pas vraiment de quoi je parlais. »

La version originale de cet article a été publiée sur le site frère en hébreu du « Times of Israel », Zman Yisrael.

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