Liban-Israël: premier round de pourparlers en 30 ans sur la frontière maritime
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Liban-Israël: premier round de pourparlers en 30 ans sur la frontière maritime

La réunion organisée par l'ONU avec la médiation des US vise à résoudre « un problème bien défini et limité concernant ces eaux territoriales » ; aucune normalisation en vue

Le convoi de la délégation libanaise arrive au quartier général de la force de maintien de la paix de l'ONU dans la ville frontalière de Naqoura, au sud du Liban, le mercredi 14 octobre 2020. Le Liban et Israël doivent entamer mercredi des pourparlers indirects sur leur frontière maritime contestée, avec la médiation de responsables américains qui, selon les deux parties, sont purement techniques et ne sont pas le signe d'une normalisation des relations. (AP Photo/Bilal Hussein)
Le convoi de la délégation libanaise arrive au quartier général de la force de maintien de la paix de l'ONU dans la ville frontalière de Naqoura, au sud du Liban, le mercredi 14 octobre 2020. Le Liban et Israël doivent entamer mercredi des pourparlers indirects sur leur frontière maritime contestée, avec la médiation de responsables américains qui, selon les deux parties, sont purement techniques et ne sont pas le signe d'une normalisation des relations. (AP Photo/Bilal Hussein)

Mercredi matin, les responsables israéliens et libanais se sont assis dans la même pièce – ou tente, pour être exact – pour des négociations indirectes sur les frontières maritimes, dans le cadre de ce qui a été qualifié par Washington de réalisation « historique » susceptible d’apporter davantage de stabilité et de prospérité à la région. Le deuxième round aura lieu dans deux semaines.

Toutefois, les deux pays ont souligné que les pourparlers visent simplement à résoudre un différend vieux de dix ans sur la délimitation exacte de leurs eaux territoriales respectives et ne présagent pas de négociations de paix ou d’un processus de normalisation.

Les pourparlers « ont commencé » un peu après 10 heures du matin, heure locale, a déclaré une source des Nations unies. Une brève session inaugurale s’est tenue dans des locaux de l’ONU à Naqoura, localité frontalière du sud du Liban. La réunion s’est terminée au bout d’une heure, selon l’agence nationale d’information libanaise ANI.

La réunion – une rare interaction officielle entre le Liban et Israël, qui n’ont pas de relations diplomatiques – était organisée par les Nations unies avec la médiation des États-Unis. La session se déroulait sous une grande tente ouverte au siège de la force de maintien de la paix des Nations unies à Naqoura, à environ 200 mètres au nord de la frontière israélo-libanaise.

L’armée libanaise et les soldats de la Finul ont bloqué les routes menant à la base, tandis que des hélicoptères de la force onusienne survolaient le secteur, a constaté un photographe de l’AFP.

Les délégations libanaise et israélienne étaient dans une même pièce. La médiation a été assurée par le secrétaire d’Etat adjoint américain pour le Moyen-Orient David Schenker. Le diplomate John Desrocher a ensuite pris la relève.

La prochaine séance a déjà été fixée au 28 octobre, selon une source militaire libanaise.

Deux militaires et deux civils – un responsable de l’Autorité du pétrole et un spécialiste du droit de la mer – représentent le Liban.

La délégation israélienne est composée de six membres, dont le directeur général du ministère de l’Energie, un conseiller diplomatique du Premier ministre Benjamin Netanyahu et le chef de la direction des Affaires stratégiques de l’armée.

La base de la force de maintien de la paix de l’ONU dans la ville frontalière de Naqoura, au sud du Liban, le 14 octobre 2020. (AP Photo/Bilal Hussein)

Le Liban insiste sur le caractère « technique » – et non politique – des pourparlers.

« Aucune illusion »

Les responsables à Jérusalem ont souligné que les pourparlers ne devaient en aucun cas être confondus avec le début d’un processus de normalisation similaire à ceux avec les Émirats arabes unis ou le Bahreïn.

Les attentes concernant les négociations « doivent être réalistes », a déclaré lundi le ministre de l’Energie, Yuval Steinitz. « Nous ne parlons pas de pourparlers de paix ou de négociations sur la normalisation, mais plutôt de la tentative de résoudre un problème technico-économique qui, depuis une décennie, nous empêche de développer les ressources naturelles de la mer au profit des populations de la région ».

Les discussions visent à résoudre « un problème bien défini et limité concernant ces eaux territoriales », a ajouté M. Steinitz.

Les discussions n’ont qu’un seul objectif : permettre aux deux pays de tirer profit des trésors cachés dans la mer – le gaz naturel – dans des zones jusqu’ici contestées, a-t-il déclaré.

Mardi, un haut fonctionnaire du ministère de l’Energie a déclaré que le désaccord entre Jérusalem et Beyrouth était minime et a exprimé un optimisme prudent quant à son règlement rapide.

Le ministre de l’énergie, Yuval Steinitz, lors d’une conférence à Tel Aviv, le 27 février 2019. (Flash90)

« Si l’autre partie aborde les discussions avec une approche pragmatique, j’espère que nous pourrons résoudre le conflit et avancer dans un court laps de temps – des semaines, des mois », a déclaré le fonctionnaire aux journalistes diplomatiques lors d’un point de presse, sous couvert d’anonymat.

« Bien sûr, si les autres parties viennent avec l’intention de remporter une autre victoire sur « l’ennemi sioniste », elles peuvent continuer à célébrer des victoires comme elles l’ont fait ces dix dernières années », a-t-il ajouté ironiquement, ajoutant que la dispute israélo-libanaise actuelle sur la délimitation exacte des frontières maritimes dure depuis une décennie.

« Cette question est importante pour nous. Elle est encore plus importante pour l’autre partie », a ajouté le fonctionnaire. « Nous avons déjà des réservoirs de gaz [naturel] qui répondent à nos besoins locaux. Nous n’importons plus de pétrole brut, de gaz et de carburant diesel pour nos centrales électriques. Presque tout est du gaz naturel ».

En fait, Israël exporte déjà du gaz vers la Jordanie et l’Egypte, a ajouté le fonctionnaire. Le Liban, quant à lui, achète chaque année pour des milliards de dollars de carburant diesel et de kérosène à l’étranger pour ses centrales électriques. Il était donc dans l’intérêt de Beyrouth de venir aux négociations avec une attitude pragmatique, de peur qu’une autre décennie ne s’écoule avant que les deux parties puissent commencer à explorer des réserves supplémentaires de pétrole dans la région, a déclaré le fonctionnaire.

Un convoi de la Force de maintien de la paix des Nations unies (FINUL) patrouille près de Naqoura, au Liban, à proximité de sa frontière avec Israël, en prévision des négociations entre les deux pays dans la région, le 13 octobre 2020. (Mahmoud Zayyat/AFP)

Les discussions de mercredi auront lieu alors que le Liban traverse sa pire crise économique et financière depuis des décennies, aggravée par une explosion meurtrière dans le port de Beyrouth en août. Le Liban espère que les découvertes de pétrole et de gaz naturel dans ses eaux territoriales l’aideront à rembourser son énorme dette.

Le Liban a commencé le forage en mer au début de l’année et devrait commencer à forer du gaz dans la zone contestée avec Israël dans les prochains mois.

Le président libanais Michel Aoun a également semblé exclure toute possibilité que les pourparlers puissent mener à une normalisation avec Israël.

« Le président Aoun a souligné que ces négociations sont techniques et spécifiques à la démarcation des frontières maritimes, et que les discussions devraient se limiter à cette question spécifique », a rapporté mardi l’Agence Nationale de l’Information [NNA], le site officiel du ministère de l’Information du Liban, après la rencontre de M. Aoun avec sa délégation aux pourparlers.

Des soldats libanais montent la garde alors que des véhicules de maintien de la paix de l’ONU entrent dans le quartier général de la force de maintien de la paix de l’ONU dans la ville frontalière de Naqoura, au sud du Liban, le mercredi 14 octobre 2020. Le Liban et Israël doivent entamer mercredi des pourparlers indirects sur la frontière maritime contestée entre les deux pays, en présence de responsables américains qui servent de médiateurs entre les nations du Moyen-Orient. (AP Photo/Bilal Hussein)

Les discussions ont été annoncées le 1er octobre par le secrétaire d’État américain Mike Pompeo, qui les a qualifiées d’“historiques”.

Le fait que Jérusalem et Beyrouth aient accepté de s’asseoir pour négocier a le potentiel de « produire une plus grande stabilité, sécurité et prospérité pour les citoyens libanais et israéliens », a déclaré Pompeo à l’époque. « L’annonce d’aujourd’hui est un pas en avant vital qui sert les intérêts du Liban et d’Israël, de la région et des États-Unis ».

La réunion de mercredi a marqué la première fois en plus de 30 ans « depuis que des négociations significatives ont eu lieu entre le Liban et Israël », selon Alan Baker, un ancien conseiller juridique du ministère israélien des Affaires étrangères.

« Les négociations sont destinées à traiter une zone contestée de 330 miles carrés (860 kilomètres carrés) à cheval sur la zone de frontière maritime qui les sépare en Méditerranée orientale, riche en champs de gaz naturel », a écrit M. Baker, qui a participé aux pourparlers bilatéraux entre Israël et le Liban en 1982-3 et 1991-3, dans un document destiné au centre.

פורסם על ידי ‏من أجل لبنان أفضل – For a better Lebanon‏ ב- יום חמישי, 1 באוקטובר 2020

« Les deux États affirment que la zone concernée se trouve dans leur « zone économique exclusive » et leur « plateau continental » respectifs, zones théoriques de 200 miles nautiques au large de leurs côtes dans lesquelles, conformément à la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM) de 1982, les États côtiers jouissent de droits exclusifs pour exploiter les ressources naturelles et en tirer profit ».

Le secrétaire d’État adjoint américain aux affaires du Proche-Orient, David Schenker, présidera la réunion. Il a fait la navette entre Jérusalem et Beyrouth ces derniers mois pour tenter de parvenir à un accord là où les administrations précédentes ont échoué.

L’ambassadeur américain en Algérie John Desrocher servira de médiateur américain pour ces négociations, qui sont accueillies par le coordinateur spécial des Nations unies pour le Liban Jan Kubis.

« L’accord-cadre visant à entamer des discussions sur la frontière maritime est une étape essentielle qui offre la possibilité d’apporter plus de stabilité, de sécurité et de prospérité aux citoyens libanais et israéliens », a déclaré le Département d’État américain dans un communiqué mardi.

Lundi, le bureau de M. Aoun a indiqué que la délégation libanaise de quatre membres sera dirigée par le général de brigade Bassam Yassin de l’armée de l’air. Les trois autres membres sont le colonel de marine Mazen Basbous, le responsable libanais du pétrole Wissam Chbat et l’expert en matière de frontières Najib Massihi.

Udi Adiri. (Capture d’écran : YouTube)

La délégation israélienne sera dirigée par Udi Adiri, directeur général du ministère de l’Energie. Il sera accompagné par le chef de cabinet de Steinitz, Mor Halutz, ainsi que par Aviv Ayash, le conseiller international du ministre. Le conseiller adjoint à la sécurité nationale, Reuven Azar, le directeur général adjoint du ministère des Affaires étrangères pour les Nations unies et les organisations internationales, Alon Bar, et le général de brigade Oren Setter, chef de la division stratégique de l’armée israélienne, assisteront également aux discussions.

Le groupe terroriste libanais Hezbollah, soutenu par l’Iran, a déclaré la semaine dernière que les pourparlers ne signifiaient pas une normalisation ou des pourparlers de paix avec l’État juif.

« Malgré toutes les discussions qui ont lieu, le cadre de négociation traite de nos frontières maritimes méridionales et de la récupération de nos terres, de manière à délimiter notre souveraineté nationale », a déclaré le Bloc de loyauté envers la résistance, la branche politique du Hezbollah, dans un communiqué.

« Cela n’a absolument rien à voir avec la ‘réconciliation’ avec l’ennemi sioniste rapace, ni avec la normalisation que certains pays arabes ont adoptée », a ajouté le groupe terroriste, en référence aux récents accords conclus par Israël avec les Émirats arabes unis et Bahreïn.

Mais le groupe terroriste Hezbollah et la milice chiite alliée Amal ont de nouveau rejeté les pourparlers tôt mercredi matin, déclarant dans un communiqué commun que l’inclusion de représentants civils dans la délégation libanaise était préjudiciable aux intérêts du pays et violait une précédente résolution du gouvernement, estimant que seuls des militaires auraient dû s’y trouver et dévoilant ainsi des divisions au sein de la classe politique.

« Cela nuit à la position du Liban et à ses intérêts (…) et représente une capitulation face à la logique israélienne qui veut une forme quelconque de normalisation », ont-ils dénoncé dans un communiqué.

« Négociations sans légitimité », titre de son côté le quotidien Al-Akhbar, proche du groupe terroriste Hezbollah.

Une ligne de bouées placée par Israël près de la frontière maritime libano-israélienne, non reconnue par le Liban et l’ONU, vue depuis la ville côtière de Naqoura, au sud du Liban, le 23 juillet 2010. (AP Photo/Mohammed Zaatari)

Mais les pourparlers sont cruciaux pour un Liban en faillite qui s’est lancé dans la prospection d’hydrocarbures offshore.

En 2018, le pays a signé son premier contrat d’exploration pour deux blocs avec un consortium international. Problème: une partie d’un des blocs, le numéro 9, déborde sur une zone de 860 km² que les deux voisins se disputent.

Une source au ministère israélien de l’Energie assure que la délimitation maritime peut être résolue « en quelques mois » si le processus se déroule sans encombres côté libanais, avertit-elle.

Le Liban et Israël, pays voisins, sont officiellement toujours en guerre.

La dernière grande confrontation entre le Hezbollah et Israël remonte à l’été 2006. Une guerre dévastatrice d’un peu plus d’un mois avait alors fait plus de 1 200 morts côté libanais, en majorité des civils, et 160 côté israélien, essentiellement des militaires.

Depuis, des réunions tripartites routinières sont organisées par la Finul avec de hauts responsables des deux armées.

D’après l’ONU, des pourparlers sur leur frontière terrestre seront menés séparément dans le cadre de rencontres tripartites supervisées par la Finul.

Pour ce processus, Hilal Khashan, politologue à l’Université américaine de Beyrouth (AUB), évoque un obstacle de taille : « En cas d’accord sur la frontière terrestre, se posera alors la question des armes du Hezbollah ».

Le mouvement chiite terroriste est la seule faction libanaise à ne pas avoir abandonné son arsenal après la guerre civile (1975-1990), utilisant son rôle de « résistance » face à l’Etat hébreu comme justification.

Selon M. Khashan, « le Hezbollah n’acceptera pas d’abandonner son arsenal ».

Aaron Boxerman a contribué à cet article.

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