Liberman ne soutient ni Gantz ni Netanyahu, signalant un 3è scrutin
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Liberman ne soutient ni Gantz ni Netanyahu, signalant un 3è scrutin

"La seule chose qui nous a empêchés de mettre en place un gouvernement d'unité a été une question d'agendas personnels", a-t-il dit

Le chef de Kakhol lavan Benny Gantz, au centre, rencontre les chefs de la Liste arabe unie, Ayman Odeh, à gauche, et Ahmed Tibi, à droite, le 31 octobre 2019 (Crédit : Ofek Avshalom)
Le chef de Kakhol lavan Benny Gantz, au centre, rencontre les chefs de la Liste arabe unie, Ayman Odeh, à gauche, et Ahmed Tibi, à droite, le 31 octobre 2019 (Crédit : Ofek Avshalom)

Dans une annonce spectaculaire faite mercredi, quelques heures avant l’expiration du mandat confié au chef de Kakhol lavan, Benny Gantz, concernant la formation d’un gouvernement, le président de Yisrael Beytenu a annoncé qu’il ne soutiendrait ni un gouvernement minoritaire qui serait rassemblé par Gantz, ni un gouvernement de droite dirigé par le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

« Il n’y a aucune chance. Nous ne rejoindrons ni un gouvernement de droite ou de gauche qui serait limité, ni un gouvernement minoritaire. Que représenteraient donc de tels gouvernements ? Ils ne survivraient pas et ils seraient dans l’incapacité de fonctionner pour faire ce qui est vraiment nécessaire pour le pays », a dit Liberman devant la salle de la faction Yisrael Beytenu à la Knesset, bondée – des paroles qui vont apparemment ouvrir la voie à un troisième cycle électoral en moins d’une année.

Si Gantz échoue à rassembler une coalition avant mercredi minuit, les membres de la Knesset disposeront de 21 jours pour désigner un autre député susceptible de former un gouvernement. Le cas échéant, un nouveau scrutin sera organisé.

« J’ai fait tout ce qui était possible pour obtenir ce gouvernement libéral d’unité nationale – comme nous l’avions promis lors des élections. Nous avons fait tous les efforts possibles devant la caméra et en coulisses. J’ai reçu d’innombrables offres, qui comprenaient tout, dont une rotation d’un an au poste de Premier ministre – la moitié du royaume plus 10 %. Mais nos valeurs ne sont pas à vendre pour un siège, même s’il est le mieux tapissé au monde », a ajouté Liberman.

Le leader de Yisrael Beteynu a ajouté que « l’unité libérale était très proche. La seule chose qu’il fallait que nous dépassions était de l’ordre du désaccord personnel – l’une des parties ne souhaitait pas accepter le plan du président et l’autre ne voulait pas renoncer à son bloc ultra-orthodoxe messianique ».

Le président Reuven Rivlin avait suggéré un accord de partage du pouvoir, a-t-il rappelé, qui permettait à Netanyahu de se mettre en congé à durée indéterminée s’il était inculpé dans les trois dossiers pour corruption dans lesquels il est impliqué.

« Alors, qui est donc à blâmer ? », a continué Liberman. « Les deux [Gantz et Netanyahu]. Aucun des deux n’avait la volonté de prendre des décisions spectaculaires. Les deux ont joué un double jeu. Et donc, à mon avis, les deux sont responsables. »

Netanyahu et Gantz se sont mutuellement attribués, mardi soir, dans des déclarations émises à l’issue d’une rencontre d’une heure au bureau du Premier ministre de Jérusalem, la responsabilité d’une rupture semblant caractériser les pourparlers en vue de la mise en place d’un gouvernement d’unité.

Le leader de Kakhol lavan Benny Gantz (à gauche) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu se rencontrent au siège de l’armée israélienne à Tel Aviv, le 27 octobre 2019. (Crédit : Elad Malka)

Dans une déclaration, le Premier ministre a déformé un ultimatum qui avait été lancé par Liberman au début du mois dans lequel il mettait au défi Netanyahu et Gantz d’accepter de durs compromis – faute de quoi il soutiendrait l’autre candidat et reviendrait sur sa promesse de n’appuyer que la mise en place d’un gouvernement d’unité.

« Malheureusement, la nuit dernière, lors de notre réunion, Benny Gantz a refusé d’accepter la condition posée par Avigdor Liberman – celle d’accepter la proposition du président selon laquelle je siègerai le premier dans un accord de rotation au poste de Premier ministre, assumant moi-même cette fonction actuellement », a noté Netanyahu, ignorant l’appel à prendre un congé en cas d’inculpation figurant dans la proposition.

« Liberman a expliqué qu’il se placerait du côté de la partie qui n’opposerait pas refus », a ajouté Netanyahu. « Maintenant, il reste à voir si Avigdor Liberman est un homme de parole. »

L’ultimatum de Liberman, en plus de demander que Gantz « accepte le plan du président avec notamment une mise en congé », appelait Netanyahu à « dire adieu à son bloc ultra-orthodoxe messianique », en référence au bloc de partis religieux et de droite, fort de 55 députés, qui soutiennent le Premier ministre et qui ont pris part aux négociations de coalition en tant que groupe – ce qui s’est avéré être un obstacle majeur à la mise en place d’un gouvernement d’unité.

Netanyahu est accusé de chercher à obtenir une immunité par le biais de ce bloc face aux poursuites intentées dans trois dossiers pour corruption.

Si Gantz ne dispose d’aucun moyen réaliste de former une coalition majoritaire sans le Likud, il pouvait – avec le soutien de Liberman – former un gouvernement minoritaire avec l’appui extérieur de la Liste arabe unie, l’alliance des partis arabes.

Toutefois, les probabilités d’un soutien apporté par Liberman – un politicien fervent de droite et qui s’est référé, dans le passé, aux députés arabes comme à des traîtres, suggérant que les villes arabes israéliennes soient transférées sous le contrôle d’un Etat palestinien futur – à cette option avaient toujours paru faibles.

Mercredi, Liberman a indiqué qu’il avait voulu donner l’impression de réfléchir à un gouvernement soutenu par la Liste arabe unie pour « mettre la pression sur Netanyahu. Ca n’a pas marché ».

Le leader de Yisrael Beytenu a ajouté qu’un gouvernement d’unité était nécessaire très spécifiquement pour « neutraliser la menace de la coopération antisioniste à la Knesset, entre les partis arabes et les Haredim« .

« On doit le dire – la Liste arabe unie est réellement une cinquième colonne. Mais malheureusement, les partis Haredim sont également en train de devenir de plus en plus antisionistes », a-t-il accusé.

« Netanyahu est en train de rendre le mouvement du Likud tout entier esclave des ultra-orthodoxes », a-t-il ajouté.

Le chef de Kakhol lavan Benny Gantz, au centre, rencontre les chefs de la Liste arabe unie, Ayman Odeh, à gauche, et Ahmed Tibi, à droite, le 31 octobre 2019. (Crédit : Ofek Avshalom)

Netanyahu et Gantz n’ont cessé, ces derniers jours, de s’envoyer des piques sur la perspective d’un gouvernement minoritaire qui serait appuyé par la Liste arabe unie – une option que le dirigeant de Kakhol lavan n’a jamais publiquement approuvée ou exclue.

Dimanche soir, le parti du Likud de Netanyahu a organisé un « rassemblement d’urgence » dont l’objectif était de « stopper la formation du gouvernement minoritaire dangereux s’appuyant sur des soutiens du terrorisme ». Le Premier ministre a accusé, à cette occasion, les membres de la Liste arabe unie de chercher à « détruire le pays ».

Le président Rivlin a réprimandé Netanyahu pour les propos tenus.

Le Likud a prétendu dans un communiqué transmis mercredi matin que « Gantz a dit au Premier ministre Netanyahu, au cours de leur réunion, qu’il avait l’intention de former un gouvernement minoritaire avec les soutiens du terrorisme. Gantz et Lapid ont menti de manière éhontée à leurs électeurs quand ils ont dit que « nous n’aurons pas de pourparlers avec les partis arabes ».

Il semble que rien n’ait indiqué de la part de Kakhol lavan, avant les élections, que la formation ne négocierait pas avec la Liste arabe unie.

Jacob Magid et l’équipe du Times of Israel ont contribué à cet article.

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