Liberman reproche aux Européens leur ingérence dans l’affaire de Khan al-Ahmar
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Liberman reproche aux Européens leur ingérence dans l’affaire de Khan al-Ahmar

Dans une lettre adressée à 8 ambassadeurs, le ministre de la Défense soutient la décision de l’État de démolir le village bédouin de Cisjordanie

Jacob Magid est le correspondant implantations du Times of Israël

Vue générale de l'endroit où les habitants du hameau bédouin de Khan al-Ahmar sont censés s'installer, près du village d'Abu Dis en Cisjordanie, le 30 septembre 2018.(AP Photo/Majdi Mohammed)
Vue générale de l'endroit où les habitants du hameau bédouin de Khan al-Ahmar sont censés s'installer, près du village d'Abu Dis en Cisjordanie, le 30 septembre 2018.(AP Photo/Majdi Mohammed)

Le ministre de la Défense, Avigdor Liberman, a adressé une lettre à huit ambassadeurs européens en Israël dans laquelle il les critique pour leur « ingérence flagrante dans les affaires d’Israël » après que leurs gouvernements respectifs ont signé une déclaration commune aux Nations unies appelant Jérusalem à revenir sur sa décision de démolir un village palestinien en Cisjordanie.

Le texte de Liberman a été envoyé cette semaine aux ambassadeurs britannique, français, allemand, italien, suédois, belge, polonais et néerlandais, selon le journal Le Monde.

Le ministre de la Défense a critiqué les huit pays qui, dans leur déclaration commune de septembre, ont averti que la démolition de Khan al-Ahmar « serait très grave, menacerait gravement la viabilité de la solution à deux États et compromettrait les perspectives de paix ».

« La déclaration évoque l’hypothèse selon laquelle le fait de reloger les résidents dans des maisons à proximité du site empêchera toute résolution politique du conflit israélo-palestinien », a écrit Liberman, qui faisait référence au projet de réinstaller les résidents bédouins dans un site proche de la ville palestinienne d’Abu Dis.

Les habitants de Khan al-Ahmar – 180 au total, selon l’ONU – se sont farouchement opposés au plan de l’État, affirmant qu’ils n’avaient jamais été consultés, que l’emplacement n’était pas adapté à leur mode de vie rural, qu’il se trouvait à proximité d’une déchetterie, et que les résidents d’Abu Dis les avaient avertis de rester à l’écart.

Le ministre de la Défense a affirmé que Khan al-Ahmar est une affaire israélienne «interne» et que d’autres pays n’ont pas le droit d’intervenir après que la Haute Cour de justice a jugé légitime, en mai dernier, la volonté de l’État de raser le village construit sans les autorisations nécessaires.

Le Ministre de la Défense israélien Avigdor Liberman intervient lors d’une conférence au Centre des congrès international de Jérusalem le 3 septembre 2018 (Crédit :
Yonatan Sindel/Flash90)

Outre l’absence d’autorisation de la part des autorités israéliennes, l’État affirme que les structures, principalement des cabanes de fortune et des tentes, constituent une menace pour les habitants du village en raison de leur proximité avec une autoroute.

« Israël s’attend à être traité avec la même dignité et le même respect pour ses institutions judiciaires et ses affaires intérieures que chacun de vos gouvernements », écrit Liberman.

« Nous considérons cela comme une manifestation d’injustice et de discrimination, indigne de nos relations bilatérales amicales et des normes qui régissent les liens entre des nations souveraines. »

Un responsable du ministère de la Défense a confirmé l’existence de cette lettre au Times of Israel.

Les opposants à la démolition ont affirmé que Khan al-Ahmar n’est pas une affaire interne à Israël, car le village est situé en Cisjordanie, où l’État juif n’exerce pas sa souveraineté et où les habitants n’ont aucun droit, car ils ne sont pas citoyens israéliens.

De plus, les villageois – qui ont vécu sur ce site, alors contrôlé par la Jordanie depuis les années 50 après que l’État les a expulsés de leurs maisons dans le Néguev – affirment qu’ils n’avaient pas d’autre choix que de construire sans permis, car ces permis ne sont presque jamais délivrés à des Palestiniens pour la construction dans certaines parties de la Cisjordanie, comme par exemple là où Khan al-Ahmar se situe, où Israël exerce un contrôle total sur les affaires civiles.

Les manifestants palestiniens scandent des slogans et affrontent les forces israéliennes lors d’une manifestation contre le blocage de la route menant au village palestinien de Khan al-Ahmar en Cisjordanie, le 14 septembre 2018 (Crédit : AFP PHOTO / ABBAS MOMANI)

Ils font également valoir que la démolition fait partie d’un effort qui vise à permettre l’expansion de l’implantation voisine de Kfar Adumim, et à créer une région sous contrôle israélien allant de Jérusalem jusqu’à la mer Morte. Un mouvement qui, selon les critiques, diviserait la Cisjordanie et rendrait l’existence d’un état palestinien contigu impossible.

Mais Liberman a rejeté cette idée dans sa lettre aux ambassadeurs européens. « L’idée que le déplacement d’un groupe d’environ 100 personnes dans un rayon de cinq kilomètres empêchera la résolution d’un conflit historique aussi complexe, est un non-sens hystérique », a-t-il écrit.

À la fin du mois dernier, des responsables du ministère de la Défense ont distribué des prospectus dans un village bédouin afin d’avertir les résidents qu’ils avaient jusqu’au 1er octobre pour démolir tous les bâtiments du village, sinon les autorités de l’État allaient s’en charger.

La date limite a expiré lundi dernier. Les villageois vivent depuis en sursis.

Des rumeurs avaient laissé penser qu’Israël avait décidé de ne pas raser la maison après la visite de la chancelière allemande Angela Merkel, mais un responsable de l’administration civile a déclaré au Times of Israël que si le ministère de la Défense ne prévoyait pas de procéder à la démolition cette semaine, c’est simplement pour des raisons techniques et non politiques.

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