Liberman : Trump n’a pas consulté Israël sur le retrait de la Syrie
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Liberman : Trump n’a pas consulté Israël sur le retrait de la Syrie

Le ministre de la Défense affirme également qu'il n'y a "aucun innocent" dans la bande de Gaza, "tout le monde est affilié au Hamas"

Le ministre de la Défense Avigdor Liberman dirige une réunion de faction de son parti Yisrael Beytenu à la Knesset, le 12 mars 2018. (Miriam Alster/Flash90)
Le ministre de la Défense Avigdor Liberman dirige une réunion de faction de son parti Yisrael Beytenu à la Knesset, le 12 mars 2018. (Miriam Alster/Flash90)

Le ministre de la Défense Avigdor Liberman a déclaré dimanche que le président américain Donald Trump n’a pas demandé l’avis d’Israël avant d’annoncer son projet de retrait des troupes américaines de Syrie, ajoutant que l’Etat juif devra probablement opérer « seul » contre ses divers ennemis.

Il a également dénoncé la critique internationale concernant la mort de neuf Palestiniens lors des affrontements de vendredi à la frontière de Gaza, la qualifiant d' »hypocrisie » et affirmant qu’il n’y avait « pas d’innocents à Gaza ».

« Le président Trump ne m’a pas posé la question », a déclaré M. Liberman lors d’une interview accordée à la radio israélienne au sujet du projet américain de quitter la Syrie, malgré les craintes israéliennes de voir des groupes terroristes soutenus par l’Iran empiéter sur sa frontière nord. »Je ne prétendrai pas donner des conseils qui ne m’ont pas été demandés. »

L’intervieweur a ensuite fait référence à des rapports selon lesquels un appel téléphonique la semaine dernière entre le Premier ministre Benjamin Netanyahu et Trump « était tendu » et que le Premier ministre israélien a protesté contre l’intention de Washington de se retirer de Syrie en ce moment, alors que l’axe Iran, Russie et Turquie gagne du terrain dans le pays en proie aux combats.

« Je pars toujours de l’hypothèse qu’en fin de compte, Israël devra faire face seul à la fois à la menace du nord et à la menace du sud », a répondu M. Liberman, faisant également référence aux tensions qui couvent dans la bande de Gaza, dans le sud d’Israël.

« J’apprécie beaucoup les États-Unis ; c’est notre seul et principal partenaire stratégique », a-t-il ajouté. « Mais nous comprenons aussi que les États-Unis ont leurs propres considérations. »

Trump n’a pas donné l’ordre formel de retirer les 2 000 soldats américains actuellement en Syrie, ni présenté un calendrier officiel, si ce n’est de dire que les États-Unis se retireront dès que les derniers combattants de l’Etat islamique pourront être vaincus. Mais Trump a signalé à ses conseillers qu’idéalement, il veut que toutes les troupes se retirent dans un délai de six mois, ont déclaré trois responsables américains à l’Associated Press – un terme qui arriverait peu avant les élections de mi-mandat aux États-Unis.

Dans sa hâte de se retirer de Syrie, Trump se retrouve seul. Le Pentagone, le département d’État et la CIA sont tous profondément préoccupés par les ramifications potentielles si les États-Unis laissent un vide de pouvoir en Syrie, tout comme Israël, les dirigeants arabes et d’autres nations de la coalition dirigée par les États-Unis qui combat l’Etat islamique en Irak et en Syrie depuis 2014.

Des Palestiniens courent pour se protéger des bombes lacrymogènes à la frontière Israël-Gaza lors d’une manifestation, à l’est de la ville de Gaza dans la bande de Gaza, le 6 avril 2018. (AFP PHOTO / MAHMUD JAMBON)

« Il n’y a pas d’innocents à Gaza »

Dimanche, le ministre de la Défense a également attaqué la condamnation par la communauté internationale de la réponse d’Israël aux violentes manifestations à Gaza, affirmant que l’augmentation du nombre de morts dans les pays voisins n’a pas suscité beaucoup de consternation.

« Ce week-end, des centaines de personnes ont été tuées en Syrie, dont des dizaines de femmes et d’enfants, et je n’ai pas encore entendu le secrétaire général de l’ONU, nous n’avons pas vu le Conseil de sécurité ou la Ligue arabe se réunir, nous devons donc comprendre dans quel environnement nous vivons. Des dizaines, voire des centaines de personnes ont été tuées au Yémen, ce qui n’intéresse personne. Mais quand Israël se défend, nous voyons immédiatement la flambée d’hypocrisie et l’hystérie générale », a-t-il dit.

« Il faut comprendre qu’il n’y a pas d’innocents à Gaza », a ajouté M. Liberman. « Tout le monde est affilié au Hamas, ils sont tous payés par le Hamas, et tous les militants qui tentent de nous défier et de franchir la frontière sont des agents de sa branche militaire ».

Quelque 20 000 Gazaouis ont participé vendredi à la deuxième « Marche du retour » soutenue par le Hamas à la frontière de Gaza. L’armée a déclaré que les manifestants ont brûlé des pneus et lancé des explosifs, des cocktails Molotov et des pierres sur les soldats israéliens. Plusieurs tentatives ont été faites pour franchir la clôture de la frontière. Les soldats ont répondu avec des gaz lacrymogènes, des balles en caoutchouc et, dans certains cas, des tirs réels. Les Palestiniens ont déclaré que neuf Gazaouis ont été tués et plus de 1 000 ont été blessés lors des affrontements.

Des journalistes palestiniens arborent un portrait du journaliste Yasser Murtaja, lors de ses funérailles dans la ville de Gaza le 7 avril 2018. (AFP PHOTO / MAHMUD JAMBON)

Samedi, Liberman a indiqué que le photo-journaliste palestinien Yasser Murtaja, tué lors des affrontements de vendredi, avait mis sa vie en danger en utilisant un drone au-dessus des soldats israéliens.

« Je ne sais pas qui est ou n’est pas photographe. Quiconque utilise des drones au-dessus des soldats israéliens doit comprendre qu’il se met lui-même en danger », a-t-il dit.

Murtaja était connu pour utiliser des drones pour capturer des photographies, et la radio israélienne, citant des sources anonymes à Gaza, a rapporté qu’il le faisait lorsqu’il a été abattu vendredi. Plusieurs journalistes palestiniens ont rejeté cette affirmation auprès de Reuters.

Liberman a ajouté samedi : « Nous avons vu des dizaines de cas où des terroristes du Hamas ont utilisé des ambulances, se sont déguisés en membres du Croissant-Rouge et se sont déguisés en journalistes. Nous ne prendrons aucun risque. »

Netanyahu a dit qu’il salue « les soldats de Tsahal qui nous protègent… de ceux qui prétendent parler des droits de l’homme, tout en brandissant un drapeau nazi. Voici la vérité nue. Ils parlent des droits de l’homme, mais ils veulent vraiment détruire l’État juif. On ne les laissera pas faire. Nous resterons forts. Nous assurerons la sécurité de notre pays. »

Des drapeaux palestiniens et une croix gammée sont visibles au milieu de la fumée noire des manifestations à Gaza, le 6 avril 2018 (Unité du porte-parole de Tsahal).

Des photos prises à Gaza vendredi ont montré le symbole nazi parmi les drapeaux palestiniens de certains manifestants.

Vendredi, les Etats-Unis ont bloqué une déclaration du Conseil de sécurité de l’ONU soutenant le droit des Palestiniens à « manifester pacifiquement » et approuvant l’appel du Secrétaire général Antonio Guterres en faveur d’une enquête indépendante sur les manifestations meurtrières à Gaza.

L’Union européenne a déclaré samedi que la mort de manifestants palestiniens le long de la frontière de Gaza « soulève de sérieuses questions sur l’utilisation disproportionnée de la force » par Israël.

L’ambassadeur de la Ligue arabe auprès de l’ONU, Maged Abdelaziz, a déclaré que les ministres arabes discuteraient des options pour poursuivre la question palestinienne lors d’une réunion à Riyad, capitale de l’Arabie saoudite, le 12 avril, avant le sommet des dirigeants arabes qui se tiendra dans le pays le 15 avril.

La manifestation de vendredi était la deuxième de ce que le groupe terroriste Hamas au pouvoir à Gaza a déclaré être plusieurs semaines de manifestations de « Marche du retour » qui, selon les dirigeants du Hamas, visent en fin de compte à la suppression de la frontière et à la « libération de la Palestine ».

En 2007, le Hamas, groupe terroriste islamiste, a pris par la violence le contrôle de Gaza au Fatah de Mahmoud Abbas, deux ans après qu’Israël a retiré sa présence militaire et civile de la bande de Gaza. Israël et l’Égypte maintiennent un blocus de sécurité à Gaza. Israël affirme que c’est indispensable pour empêcher le Hamas – qui a mené trois guerres contre Israël depuis qu’il s’est emparé de Gaza, a tiré des milliers de roquettes sur Israël et a creusé des dizaines de tunnels d’attaque sous la frontière – d’importer des armes.

Khaled Abu Toameh et l’équipe du Times of Israel ont contribué à cet article.

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