Liberman veut fermer l’ambassade en Irlande après la loi anti-implantations
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Liberman veut fermer l’ambassade en Irlande après la loi anti-implantations

"Nous n'allons pas tendre l'autre joue", a déclaré le ministre de la Défense suite au projet de loi du Sénat irlandais visant à interdire les produits des implantations

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le ministre des Affaires étrangères de l'époque, Avigdor Liberman, se prépare à accueillir son homologue irlandais, Eamon Gilmore, devant le ministère des Affaires étrangères à Jérusalem, le 29 janvier 2012 (Kobi Gideon/Flash90).
Le ministre des Affaires étrangères de l'époque, Avigdor Liberman, se prépare à accueillir son homologue irlandais, Eamon Gilmore, devant le ministère des Affaires étrangères à Jérusalem, le 29 janvier 2012 (Kobi Gideon/Flash90).

Le ministre de la Défense Avigdor Liberman a déclaré jeudi qu’Israël devrait fermer son ambassade de Dublin en Irlande, après l’adoption par le sénat du pays d’un projet de loi criminalisant l’importation de marchandises en provenance des implantations juives de Cisjordanie.

« Il ne sert à rien de convoquer l’ambassadeur irlandais pour une réprimande. Avec les haineux d’Israël, il n’y a rien à débattre. Israël devrait immédiatement fermer son ambassade à Dublin. Nous n’allons pas tendre l’autre joue à ceux qui nous boycottent », a tweeté Liberman, ancien ministre des Affaires étrangères.

Un tel geste constituerait un déclassement important des relations, mais ce n’est pas la même chose que de rompre les relations diplomatiques.

Le gouvernement de Dublin – connu pour être l’un des gouvernements les plus pro-palestiniens en Europe – s’est opposé au projet de loi, arguant qu’il n’est pas légalement autorisé à restreindre le commerce avec les entreprises israéliennes situées dans les implantations.

Quelques heures après l’adoption du projet de loi mercredi, le ministère des Affaires étrangères a convoqué l’ambassadrice irlandaise en Israël, Alison Kelly, pour la sermonner au sujet du vote.

Le ministère des Affaires étrangères a confirmé jeudi après-midi que la remontrance avait eu lieu, mais a refusé de dire qui, au sein du ministère, lui avait parlé ou tout autre détail.

Le porte-parole du ministère, Emmanuel Nahshon, a également refusé de commenter le tweet de Liberman.

L’ambassadrice d’Irlande en Israël, Alison Kelly. (Capture d’écran YouTube)

Depuis sa nomination en tant qu’ambassadrice en Israël en novembre 2015, Mme Kelly a été convoquée à plusieurs reprises au sujet de la politique irlandaise envers les Palestiniens.

Mercredi, le Sénat irlandais, connu sous le nom de Seanad Éireann, a adopté le projet de loi 2018 sur le contrôle des activités économiques (territoires occupés) avec 25 voix pour, 20 voix contre et 14 abstentions. Il se heurte encore à plusieurs obstacles avant de devenir un texte de loi.

L’avancement de la législation a été dénoncé par Israël et salué par les responsables palestiniens et les membres arabes israéliens de la Knesset.

« Le Sénat irlandais a apporté son soutien à une initiative populiste, dangereuse et extrémiste de boycott anti-israélien qui compromet les chances de dialogue entre Israël et les Palestiniens ; cela aura un impact négatif sur le processus diplomatique au Moyen Orient », a déclaré le ministre des Affaires étrangères dans un communiqué.

« L’absurdité de l’initiative du Sénat irlandais est qu’elle portera atteinte aux moyens de subsistance de nombreux Palestiniens qui travaillent dans les zones industrielles israéliennes touchées par le boycott », peut-on lire dans le communiqué.

Les Palestiniens, quant à eux, ont salué le vote. « Cette mesure courageuse s’appuie sur les liens historiques entre l’Irlande et la Palestine et montre la voie à suivre pour le reste de l’Union européenne », a déclaré Saeb Erekat, haut responsable de l’Organisation de libération de la Palestine, dans un communiqué publié avant que le vote n’ait eu lieu.

La Liste arabe unie, troisième parti à la Knesset, a également accueilli favorablement le projet de loi, espérant qu’il « marquerait le début d’une nouvelle étape dans laquelle Israël commence à payer un prix politique, économique et moral international pour ses actions ».

L’adoption du projet de loi marquerait le début d’une « nouvelle étape dans le traitement du lobby sioniste comme un danger pour les valeurs que l’Europe prétend représenter » a déclaré le parti arabe israélien.

Le gouvernement minoritaire de Dublin s’est toutefois opposé au projet de loi. « Au nom du gouvernement, je ne suis pas d’accord pour dire que ce projet de loi est la voie à suivre », a déclaré le ministre des Affaires étrangères Simon Coveney au cours de la discussion qui a précédé le vote.

Bien que M. Coveney ait dit qu’il pouvait « être émotionnellement en accord » avec le projet de loi, déplorant la « profonde injustice » dont souffrent les Palestiniens depuis des décennies, il a fait valoir qu’il y avait d’importantes raisons juridiques et politiques de s’opposer au projet de loi.

D’une part, en tant que membre de l’Union européenne, l’Irlande n’a pas le droit d’interdire l’importation de marchandises autorisées ailleurs dans l’Union », a-t-il dit.

En fait, a-t-il précisé, « l’adoption du projet de loi constituerait une violation du droit européen », ajoutant que le procureur général d’Irlande avait confirmé ce point de vue.

Peut-être plus important encore, a ajouté M. Coveney, le fait de faire avancer le projet de loi mettrait non seulement l’Irlande à l’écart en tant que partenaire que les Israéliens et les Palestiniens prendraient au sérieux, mais diminuerait aussi considérablement la capacité de Dublin d’influencer la politique de l’UE au Moyen-Orient.

L’Irlande « attiserait les flammes » d’un Moyen Orient déjà volatil si elle adoptait la législation, a-t-il ajouté.

Le projet de loi – un projet de loi d’initiative parlementaire – qualifie d’infraction le fait pour une personne d’importer ou de tenter d’importer des marchandises provenant des implantations.

De même, ceux qui « aident une autre personne à importer ou à tenter d’importer des produits des implantations », commettraient un crime passible d’une peine pouvant aller jusqu’à cinq ans de prison, si le projet de loi devenait loi.

Bien que le projet de loi ne mentionne pas Israël et les Territoires palestiniens, les opposants reprochent qu’il semble avoir été écrit exclusivement en pensant au conflit israélo-palestinien.

Le projet de loi a au moins une demi-douzaine d’obstacles législatifs à lever, y compris plusieurs lectures à la chambre basse du Parlement irlandais, connu sous le nom de Dáil Éireann, avant qu’il puisse être signé par le président Michael Higgins.

Le 30 janvier, lorsque le Seanad Éireann a débattu pour la première fois du projet de loi, le Premier ministre Benjamin Netanyahu (qui est aussi le chef de la diplomatie) avait vivement critiqué la mesure et avait ordonné que Mme Kelly, l’ambassadrice irlandaise, soit convoquée au ministère des Affaires étrangères à Jérusalem pour être sermonnée.

« Cette initiative soutient ceux qui cherchent à boycotter Israël et contrevient complètement aux principes directeurs du libre-échange et de la justice », a déclaré M. Netanyahu, quelques heures avant le vote prévu.

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