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Lindsey Graham: il est temps de mettre en place des « garde-fous » au nucléaire iranien

Le sénateur américain s'est rendu à Jérusalem pour des réunions sur le programme nucléaire iranien, alors que les négociations avec l’Iran se poursuivent à Vienne

Carrie Keller-Lynn est la correspondante politique et juridique du Times of Israël.

Le sénateur américain Lindsey Graham lors d'une audience de confirmation de la commission judiciaire du Sénat au Capitole, le 20 mars 2017. (AFP Photo/Brendan Smialowski)
Le sénateur américain Lindsey Graham lors d'une audience de confirmation de la commission judiciaire du Sénat au Capitole, le 20 mars 2017. (AFP Photo/Brendan Smialowski)

Lors de sa visite en Israël lundi, le sénateur américain Lindsey Graham a déclaré aux journalistes qu’il s’était entretenu avec les dirigeants israéliens au sujet des négociations internationales en cours sur le programme nucléaire iranien et qu’il avait évoqué les possibilités d’une coopération sécuritaire supplémentaire entre les États-Unis et Israël.

Graham était en Israël pour une série de réunions sur l’Iran et la coopération bilatérale entre Israël et les États-Unis.

Ni les États-Unis ni Israël ne font directement partie des négociations nucléaires, qui visent à relancer le Plan d’action global conjoint, les États-Unis s’étant retirés du plan en 2018, sous l’ancien président Donald Trump.

Lundi matin, Graham a rencontré le Premier ministre Naftali Bennett, le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid et le ministre de la Défense Benny Gantz, et devait rencontrer l’ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Le sénateur américain Lindsey Graham en conférence de presse à l’hôtel King David de Jérusalem, le 14 février 2022. (Crédit : Carrie Keller-Lynn / Times of Israël)

Les représentants israéliens ont présenté au sénateur Graham des informations techniques sur les capacités iraniennes actuelles et il a également été tenu informé par des responsables du Mossad.

« J’ai mentionné l’idée d’officialiser un accord de défense mutuelle, dans des circonstances très limitées qui comporteraient des menaces existentielles à l’État juif », a déclaré le sénateur Lindsay Graham.

Bien que la possibilité d’un accord de défense mutuelle ait été discutée entre Netanyahu et Trump, Gantz s’était opposé à l’idée lorsqu’elle a été soulevée en 2019.

Si cette idée progresse, elle s’écarterait de la politique de sécurité israélienne actuelle, qui est axée sur l’autonomie.

Le Palais Coburg de Vienne, où se déroulent les négociations nucléaires à huis clos avec l’Iran, le 8 février 2022. (Lisa Leutner /AP)

« Israël est jaloux, et à juste titre, de [sa] capacité à mener des opérations indépendamment d’une puissance étrangère. Et je ne suggérerais jamais qu’un quelconque accord de défense restreigne la capacité d’Israël à agir par lui-même », a déclaré Graham.

« Ce que j’essaie de dire, c’est que je veux qu’un message clair soit envoyé, au 21e siècle, que la destruction de l’État juif se traduira par une guerre avec les États-Unis. »

En ce qui concerne la probabilité d’un accord nucléaire avec l’Iran, le sénateur américain a déclaré qu’il s’était entretenu avec les responsables israéliens pour placer des « garde-fous » autour des ambitions nucléaires iraniennes.

« C’est ce qui manque au programme nucléaire iranien », a-t-il dit.

Des images de l’installation nucléaire de Natanz diffusées par la télévision d’État iranienne, le 17 avril 2021. (Capture d’écran/Twitter)

Selon Graham, des paramètres doivent être établis pour créer des « lignes rouges » autour de trois points, le stock d’uranium enrichi, les capacités à utiliser ce stock à des fins militaires, et les capacités balistiques iraniennes

Si les négociations portent leurs fruits à Vienne, des questions restent ouvertes quant à la portée juridique et à la durabilité d’un accord. Graham, dont le parti républicain détient la moitié des 100 sièges du Sénat, a fait part de son évaluation selon laquelle un accord nucléaire ne recueillerait pas les deux tiers des voix nécessaires à sa ratification en tant que traité, pour le rendre exécutoire.

« Ce que l’on m’a rapporté au sujet du projet d’accord avec l’Iran est très troublant », a déclaré Lindsay Graham.

« Si [l’accord] correspond à ce qui m’a été dit, il n’obtiendra absolument pas le nombre de votes nécessaires pour la ratification », a déclaré le sénateur américain. Il n’a pas précisé les termes de l’accord qui serait envisagé.

Le président américain Joe Biden s’adresse à la 76e session de l’Assemblée générale des Nations unies, le 21 septembre 2021, au siège des Nations unies à New York. (Timothy A. Clary-Pool/Getty Images/AFP)

Si un accord est conclu, mais qu’il n’est pas présenté au Congrès ou qu’il n’est pas ratifié, l’administration Biden pourrait toujours choisir de le mettre en œuvre en tant qu’accord exécutif. Dans ce cas, il ne serait réalisé que sous l’autorité du président américain en exercice, et ne serait pas contraignant pour les successeurs de Biden.

Jérusalem a été la première étape du voyage de Graham axé sur l’Iran. Mardi, il se rend aux Émirats arabes unis, puis à Munich.

Vendredi dernier, Graham et le sénateur démocrate Bob Menendez ont annoncé une résolution visant à créer une banque de combustible nucléaire pour fournir de l’uranium enrichi aux programmes nucléaires civils au Moyen-Orient. Bien que Graham ait reconnu que l’Iran est peu susceptible d’accepter cette proposition comme alternative à la poursuite de son propre programme nucléaire, il prévoit d’en discuter à Munich.

La visite du sénateur Graham lundi a eu lieu alors que l’Iran a déclaré que les pourparlers avec les puissances mondiales à Vienne pour rétablir l’accord nucléaire de 2015 sont « compliqués et difficiles », mais n’ont pas abouti à une impasse.

Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Saeed Khatibzadeh, a reconnu lors d’une conférence de presse à Téhéran que des questions clés étaient toujours en discussion.

Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères Saeed Khatibzadeh pendant une conférence de presse à Téhéran, le 22 février 2021. (Crédit : ATTA KENARE / AFP)

Le président des États-Unis, Joe Biden, se trouve dans une situation difficile : il mise sur un résultat positif des négociations mais fait face à une préoccupation bipartisane croissante selon laquelle, même si un accord est conclu, il pourrait être insuffisant pour freiner le programme nucléaire de Téhéran.

Le négociateur américain Rob Malley et l’envoyé du Conseil de sécurité nationale Brett McGurk ont déclaré la semaine dernière que l’Iran pourrait avoir produit assez de matière fissile pour construire une arme nucléaire en quelques semaines s’il le souhaite, ce qui implique qu’il est de plus en plus urgent de parvenir à un accord.

Les partisans d’une solution négociée avertissent que si l’Iran devient un État en mesure de produire des armes nucléaires, cela pourrait déclencher une confrontation militaire, Israël ou les États-Unis pouvant mener des frappes préventives contre l’Iran.

Israël, qui s’oppose à l’accord nucléaire, a déclaré à plusieurs reprises qu’il se réserve le droit de frapper l’Iran s’il fait face à une menace nucléaire existentielle, que l’accord de 2015 sur le nucléaire iranien soit rétabli ou non.

Times of Israel Staff a contribué à ce rapport.

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