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L’Iran affirme que les membres bahaïs arrêtés espionnaient pour Israël

Selon les autorités iraniennes, deux des 14 détenus ont été formés au centre Bahaï de Haïfa et ont formé un réseau dans la région

Les jardins de Bahaï, situés sur le Mont Carmel, dans la ville de Haïfa, au nord d'Israël. (Crédit : Mendy Hechtman/FLASH90)
Les jardins de Bahaï, situés sur le Mont Carmel, dans la ville de Haïfa, au nord d'Israël. (Crédit : Mendy Hechtman/FLASH90)

Les services de renseignements iraniens auraient déclaré qu’une douzaine de membres du groupe religieux bahaïs qu’ils ont arrêté la semaine dernière ont été maintenus en détention parce qu’ils espionnaient pour le compte d’Israël, selon ce que les médias iraniens ont rapporté samedi.

Le département des renseignements généraux de la province de Mazandaran, dans le nord du pays, a affirmé dans un communiqué que deux des personnes arrêtées avaient été « formées » au centre Bahaï de Haïfa, en Israël, le siège mondial du groupe religieux. Ils auraient formé et mis en place un réseau d’espions dans tout le Mazandaran.

« La direction générale des Renseignements de la province de Mazandaran (nord) a identifié et arrêté douze membres de l’organisation sioniste bahaïe dans différentes villes de la province », a indiqué samedi soir Iribnews, le site de la télévision d’Etat.

Bien que la déclaration ne mentionne que 12 suspects, la communauté religieuse des Bahaïs a déclaré la semaine dernière que 14 personnes étaient détenues en tout – dont 13 jeunes. Ces personnes « étudiaient et discutaient ensemble du rôle de l’éducation dans le progrès social » dans une maison de la ville de Qaem Shahr, dans le nord du pays.

La représentante principale de la communauté religieuse des Bahaïs à l’ONU a déclaré, début août, que ces arrestations s’inscrivaient dans le cadre d’une campagne iranienne de répression contre les adeptes de la religion au cours du mois dernier, qui a comporté des arrestations, des passages à tabac, des démolitions de maisons et le refus d’accès à l’enseignement supérieur, entre autres mesures.

« Quelle ironie que ces jeunes aient été arrêtés alors qu’ils étudiaient et discutaient du rôle de l’éducation, alors qu’eux-mêmes s’étaient tous vu refuser l’accès à l’enseignement supérieur par les autorités iraniennes », a déclaré Simin Fahandej, représentante du groupe auprès des institutions de l’ONU à Genève, dans un communiqué jeudi.

« La cruauté du gouvernement iranien bat tous les records. »

Le dernier rapport d’enquête sur ces arrestations a été rendu une semaine après qu’un organisme de surveillance des droits de l’homme a publié un rapport indiquant que l’Iran a intensifié sa persécution « impitoyable » des Bahaïs, soit la plus grande minorité religieuse non musulmane de la République islamique.

Le rapport d’enquête d’Amnesty International indique que la « persécution de cette communauté pacifique, qui dure depuis des décennies, s’est intensifiée, avec une récente vague de raids, d’arrestations arbitraires, de démolitions de maisons et de saisies de terres » à l’encontre du groupe.

Amnesty International a qualifié de fausses les précédentes accusations iraniennes selon lesquelles les Bahaïs seraient impliqués dans des activités d’espionnage au profit d’Israël.

En août, l’Iran a arrêté plusieurs membres du groupe et les a accusés d’espionner pour Israël.

La religion bahaïe a été fondée en Iran au milieu du XIXe siècle. Son prophète, Bahaullah, a été exilé d’Iran et s’est rendu à Bagdad, puis en Turquie. Les autorités ottomanes, alors au pouvoir, l’ont emprisonné à Akko, dans l’actuel Israël.

Il a ensuite été libéré de prison, mais est resté confiné dans cette région, où il est mort en 1892. Son lieu de sépulture à Akko est aujourd’hui un sanctuaire pour les membres bahaïs et le siège international bahaï, la Maison universelle de justice, est basé à Haïfa.

Les majestueux jardins de la communauté, qui contiennent également un sanctuaire, sont une pièce maîtresse de la ville et un site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Les Bahaïs du monde entier prient pour Israël.

La République islamique d’Iran, où le chiisme est la religion d’Etat, accorde la liberté de culte à certaines minorités. Mais les fidèles de la foi bahaïe sont considérés comme des hérétiques et des « espions » liés à Israël, ennemi juré de Téhéran, car leur siège mondial historique se situe à Haïfa.

Les enquêteurs de l’ONU ont trouvé des documents indiquant que l’Iran persécute le groupe dans le cadre de sa politique officielle. Un document de 1991 adressé au chef suprême de l’Iran sur la « question bahaïe » indique que la communauté doit être privée d’éducation, d’emploi et de postes d’influence.

En 2018, l’Assemblé générale des Nations unies a adopté une résolution appelant Téhéran à mettre fin au « harcèlement », à « l’intimidation », et « aux arrestations et détentions arbitraires » des minorités religieuses et à libérer les bahaïs emprisonnés pour leur appartenance religieuse.

La communauté bahaïe affirme compter plus de sept millions de fidèles dans le monde.

L’AFP a contribué à cet article.

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