Litzman accusé d’avoir protégé au moins 10 délinquants sexuels condamnés
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Litzman accusé d’avoir protégé au moins 10 délinquants sexuels condamnés

Le vice-ministre, chef de Yahadout HaTorah, aurait aidé des détenus ultra-orthodoxes en exerçant des pressions sur des fonctionnaires pénitentiaires, selon un reportage

Le leader de Yahadout HaTorah Yaakov Litzman lors d'une conférence de presse après avoir rencontré le président Reuven Rivlin, le 15 avril 2019 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le leader de Yahadout HaTorah Yaakov Litzman lors d'une conférence de presse après avoir rencontré le président Reuven Rivlin, le 15 avril 2019 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le vice-ministre de la Santé Yaakov Litzman serait venu en aide à au moins dix délinquants sexuels avérés pour qu’ils obtiennent une amélioration de leurs conditions de détention – visites à domicile et autres avantages – en exerçant des pressions sur des psychiatres et des responsables des services carcéraux, selon un reportage diffusé mardi.

Litzman, qui appartient à la communauté hassidique gur, avait été accusé par le passé d’avoir usé de son influence pour protéger Malka Leifer, qui fait face à une demande d’extradition de l’Australie, où elle doit répondre d’abus sur les élèves de son école juive.

Selon la Treizième chaîne, Litzman est soupçonné d’avoir régulièrement exercé des pressions sur des fonctionnaires pénitentiaires pour qu’ils se montrent indulgents envers les délinquants ultra-orthodoxes également.

Le chef du parti Yahadout HaTorah, qui devrait conserver son poste dans le prochain gouvernement, fait l’objet d’une enquête de la police israélienne depuis le mois de février dernier. Il est en effet soupçonné d’avoir tenté d’obtenir un rapport psychiatrique falsifié qui aurait empêché Malka Leifer d’être extradée vers l’Australie.

Cette ancienne directrice de l’école Adass Israel de Melbourne est inculpée de 74 chefs d’accusation d’abus sexuels sur ses élèves. Son extradition a été reportée, Malka Leifer ayant clamé qu’elle était trop instable psychologiquement pour supporter un procès.

Au mois de mars, la Treizième chaîne avait évoqué une seconde enquête dans laquelle Litzman et son chef de cabinet sont soupçonnés d’avoir exercé des pressions sur un psychiatre, Moshe Birger, pour s’assurer qu’un autre délinquant sexuel, proche de la secte gur de Litzman, bénéficierait d’un programme de réinsertion.

La participation au programme peut permettre d’obtenir des droits de visite à domicile ainsi qu’une libération anticipée.

Un détective privé photographie Malka Leifer au téléphone à Bnei Brak le 14 décembre 2017. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Litzman avait démenti ces accusations au mois de février, affirmant : « J’ai beaucoup à dire, mais je ne peux pas en parler. C’était dans l’intérêt du public, et tout était légal ».

Au mois de mars, il avait nié tout acte répréhensible dans les deux affaires, clamant que le soutien apporté à Leifer entrait dans le cadre d’un effort plus général d’assistance aux citoyens qui appellent son bureau pour avoir de l’aide. Il avait qualifié les soupçons, dans l’affaire Moshe Birger, de « mensonges et de calomnie qui n’ont jamais eu lieu ».

Selon le reportage diffusé mardi, la Treizième chaîne dispose de preuves dans au moins dix cas – certains sont actuellement examinés par la police – où Litzman aurait exercé des pressions sur des psychiatres et autres responsables dans des affaires de délinquance sexuelle.

Parmi ces délinquants, des pédophiles et des violeurs condamnés, a noté le reportage.

« Litzman et son personnel en sont arrivés au conflit avec les responsables concernés, ce qui a créé des tensions entre le Service des prisons et le ministère de la Santé », a affirmé la Treizième chaîne, qui a ajouté que plusieurs psychiatres ayant subi ces pressions présumées avaient témoigné devant la police.

Une manifestation le 13 mars 2019 devant le tribunal de Jérusalem lors de l’audience d’extradition de Malka Leifer, une ancienne directrice d’école pour filles recherché pour abus sexuels en Australie.
(Yonatan Sindel/Flash90)

Une partie des nouvelles accusations concerne un ancien conseiller de Litzman devenu député Yahadout HaTorah lors des dernières élections, Yaakov Tesler, qui aurait exercé des pressions sur le Service des prisons pour permettre des visites à domicile au violeur et assassin condamné Tal Tzarfati, alors qu’il purgeait une peine de 14 ans et demi de prison pour avoir tué une jeune femme à Tel Aviv.

Dans une brève confrontation entre le journaliste de la Treizième chaîne et Yaakov Tesler à la cafétéria de la Knesset, diffusée dans le reportage, l’intéressé défend ses agissements.

« A chaque appel que je reçois de la part d’une personne qui a besoin d’aide, je ne demande rien, je ne demande pas si elle est une délinquante sexuelle ou non », explique-t-il au journaliste de la chaîne. « Chaque requête que je reçois, indépendamment de qui il s’agit, je m’en occupe ».

Le vice-ministre de la Santé n’a fait aucun commentaire pour le moment.

Le nombre de cas de condamnés ultra-orthodoxes ainsi favorisés n’est pas encore déterminé. Il serait un facteur essentiel pour déterminer si Litzman et Tesler ont aidé des délinquants sexuels au nom de leurs affiliations religieuses en particulier.

Malka Leifer est en effet connue pour entretenir des liens avec la communauté gur, ayant enseigné en Israël dans une école affiliée à cette branche.

Le vice-ministre de la Santé Yaakov Litzman (2e à gauche) assiste à une conférence du parti ultra-orthodoxe Agudat Israël dans la ville côtière de Netanya, le 30 janvier 2019. (Aharon Krohn/Flash90)

Un responsable du ministère de la Santé avait indiqué au mois de février au Times of Israel que la police était en possession d’enregistrements de Litzman et de responsables, à son bureau, parlant à des employés du ministère de la Santé et leur recommandant vivement de prendre des mesures en faveur de Leifer.

Dès le début de l’affaire ont plané des soupçons de protection accordée par les leaders de la communauté haredi aux délinquants sexuels – y compris à des pédophiles.

Leifer, par exemple, citoyenne israélienne, avait quitté l’Australie pour revenir au sein de l’Etat juif en 2008, quelques jours avant que les accusations d’abus sexuels à son encontre ne soient connues – un plan orchestré par les responsables de l’école Adass Israel où elle travaillait.

Après le début des poursuites par les autorités de Melbourne, l’Australie avait officiellement déposé une demande d’extradition en 2012. Deux ans plus tard, elle était arrêtée en Israël avant d’être finalement libérée et assignée à domicile.

Elle sera de nouveau appréhendée en février 2018 après une opération d’infiltration de la police qui mettait en doute l’instabilité réelle de son état psychologique. L’opération avait été lancée après l’obtention d’images la montrant se déplacer dans sa ville de résidence sans difficulté apparente. L’ONG Jewish Community Watch avait en effet engagé des détectives privés, lesquels avaient caché des caméras dans l’implantation ultra-orthodoxe d’Emmanuel où Leifer et sa famille avaient trouvé refuge.

Jacob Magid a contribué à cet article.

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