L’opération de sauvetage d’Amona n’est qu’un leurre
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Analyse

L’opération de sauvetage d’Amona n’est qu’un leurre

Les politiciens de droite savent qu’ils ne pourront pas empêcher la démolition de l’avant-poste mais cela ne les empêche pas de duper les résidents

Marissa Newman est la correspondante politique du Times of Israël

Des résidents israéliens des implantations de Cisjordanie manifestent en faveur du projet de loi qui légalisera les avant-postes, devant le bureau du Premier ministre, le 13 novembre 2016. (Crédits : Yonatan Sindel/Flash90)
Des résidents israéliens des implantations de Cisjordanie manifestent en faveur du projet de loi qui légalisera les avant-postes, devant le bureau du Premier ministre, le 13 novembre 2016. (Crédits : Yonatan Sindel/Flash90)

Le projet de loi, qui a passé la première étape du processus législatif de la Knesset mercredi, n’empêchera pas l’évacuation de l’avant-poste d’Amona en Cisjordanie dans cinq semaines, conformément à une ordonnance de la Haute Cour de justice.

Le président de la coalition, David Bitan, un poids lourd du Likud, l’a admis juste quelques heures après avoir obtenu assez de voix pour que le projet de loi, qui reconnaîtrait les constructions illégales, passe la lecture préliminaire en assemblée mercredi dernier.

Et le ministre de la Défense Avigdor Liberman, dont le parti Yisrael Beytenu, a soutenu la proposition lors du vote de la Knesset, a déclaré aux journalistes le même jour : « il n’y a pas de solution pour Amona. Il sera évacué. C’est une honte de donner des illusions ».

Même le leader du parti HaBayit HaYehudi, Naftali Bennett, dont la ministre de la Justice Ayelet Shaked est issue, a présenté le projet de loi lors d’un vote ministériel dimanche malgré les objections du Premier ministre Benjamin Netanyahu, semble penser la même chose.

Après tout, le ministre de l’Education n’a cessé d’affirmer qu’Amona – où 40 familles vivent sur ce que la Haute Cour a déterminé en 2014 était une terre palestinienne privée – pourrait échapper à la destruction.

Au lieu de cela, Bennett parle désormais d’une « occasion historique » de reconnaître et de « normaliser » les implantations et d’éviter les démolitions d’environ 2 000 à 3 000 maisons juives construites dans les implantations en Cisjordanie sur des terres privées palestiniennes.

Naftali Bennett, chef du parti Habayit Hayhudi (droite) et David Bitan, durant une session plénière à la Knesset pour le projet de loi visant à légaliser les avant-postes d'Amona, le 16 novembre 2016. (Crédit : Yonathan Sindel/Flash90)
Naftali Bennett, chef du parti Habayit Hayhudi (droite) et David Bitan, durant une session plénière à la Knesset pour le projet de loi visant à légaliser les avant-postes d’Amona, le 16 novembre 2016. (Crédit : Yonathan Sindel/Flash90)

Lundi, à l’ouverture de la réunion de faction hebdomadaire, Bennett a défendu Amona, le comparant à d’autres implantations et à la ville de Karmiel dans le nord, qui a également été construite sur une propriété privée. Mais encore une fois, le ministre a tout promis sauf d’arrêter les bulldozers.

« Mais cela sauvera-t-il Amona ? », lui a demandé un journaliste.

Le ministre n’a pas répondu et a alors demandé à la presse de partir.

Bennett et Shaked ont décidé de présenter ce projet de loi à un vote ministériel dimanche après des semaines de retards et en dépit des objections du procureur général et Netanyahu. Le même duo de HaBayit HaYehudi, aurait exprimé en septembre le scepticisme quant à la possibilité que le projet de loi puisse passer, s’attirant la fureur des résidents d’Amona, leur électorat naturel.

Mais avec les ministres du Likud et les résidents de l’avant-poste, qui se sont ralliés avec enthousiasme en faveur du projet de loi, ils ont rapidement changé d’avis.

Mobile home dans l'avant-poste d'Amona, en Cisjordanie. (Crédit : Noam Moskowitz/Flash90)
Mobile home dans l’avant-poste d’Amona, en Cisjordanie. (Crédit : Noam Moskowitz/Flash90)

Peut-elle vraiment être appliquée rétroactivement ?

Alors, pourquoi, si ces responsables pensent que la loi ne va pas aider Amona, la question se pose-t-elle encore au sujet de l’avant-poste ?

L’une des réponses peut être que les députés et les législateurs du Likud et de HaBayit HaYehudi qui ont rédigé les trois versions différentes de la législation sont sûrs qu’ils seront en mesure de sauver l’avant-poste, indépendamment de l’opposition du procureur général – alors que leurs dirigeants, qui pensent qu’Amona est une cause perdue, sont en train de suivre leur élan pour engranger des gains politiques et apaiser leurs électeurs de droite.

Le procureur général Avichai Mandelblit pendant une réunion de la commission de la Constitution, du Droit et de la Justice à la Knesset, le 18 juillet 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Le procureur général Avichai Mandelblit pendant une réunion de la commission de la Constitution, du Droit et de la Justice à la Knesset, le 18 juillet 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Dans ses violentes condamnations du projet de loi, le procureur général Avichai Mandelblit a consacré une grande partie de ses critiques à l’application rétroactive du projet de loi et au fait qu’il contournerait une décision de la Haute Cour.

Il a également noté que cela porterait vraisemblablement atteinte aux droits de la propriété individuelle et au droit international. Il a déclaré au gouvernement que le projet de loi serait « indéfendable » s’il était contesté devant la Haute Cour.

Le député Betzalel Smotrich de HaBayit HaYehudi et le député du Likud Yoav Kisch ont comparé leur projet de loi à une décision de la Haute Cour de justice remontant aux années 1990 selon laquelle la Knesset ne pouvait pas interdire l’importation de viande non casher en Israël, mais, ont-ils fait valoir, le Parlement israélien a adopté une loi à cet effet.

Il n’y a pas de problème juridique, ont-ils insisté. Tout est négociable.

De gauche à droite, les ministres Miri Regev, Naftali Bennett, Moshe Kahlon et Gilad Erdan à la Knesset le 13 novembre 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
De gauche à droite, les ministres Miri Regev, Naftali Bennett, Moshe Kahlon et Gilad Erdan à la Knesset le 13 novembre 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Pendant ce temps, le chef de Koulanou, Moshe Kahlon, a accepté à la dernière minute de voter en faveur du projet de loi s’il recevait les garanties du Likud qu’il ne contournerait pas la décision de la Haute Cour, se référant à une clause dans les divers projets rédigés pour contourner la décision du tribunal et éviter l’évacuation d’Amona.

Ce n’est qu’avec l’appui du parti de Kahlon, fort de 10 députés, que le projet de loi aurait une infime chance de prendre force de loi, de sorte que la loi sera vraisemblablement amendée pour supprimer ces clauses.

Sauf si, bien sûr, Kahlon se plie. Et le ministre des Finances, qui doit obtenir l’appui de la coalition pour bientôt faire passer son budget de deux ans, a cédé aux demandes de Netanyahu à de multiples reprises, et plus récemment sur la question du radiodiffuseur public israélien, et il pourrait subir une pression pour qu’il cède.

Si le projet de loi avance, la Haute Cour risque de l’annuler, donnant à cette occasion à HaBayit HaYehudi et au Likud de nouvelles munitions contre elle, que les deux partis ont accusé d’ingérence dans les affaires du gouvernement.

Les objectifs politiques du Likud et de HaBayit HaYehudi

Faisant écho au procureur général, et dans des propos destinés aux scrupules de Kahlon, Bitan, qui a déjà servi de porte-parole pour le Likud pour la réforme de l’audiovisuel, a déclaré mercredi : « Je vais être clair, mais si le projet de loi, qui pose problème sur le plan juridique, passe, il ne sera bien évidemment pas valable rétroactivement. »

Mais de son côté, une source anonyme au sein du Likud a briefé des journalistes israéliens, disant que Bennett et Shaked s’attribuaient injustement le mérite du projet de loi, alors que Netanyahu était le seul responsable.

Des enfants israéliens jouent devant leur maison dans l'implantation d'Amona, en Cisjordanie, le 7 septembre 2016. (Crédit : AFP/Menahem Kahana)
Des enfants israéliens jouent devant leur maison dans l’implantation d’Amona, en Cisjordanie, le 7 septembre 2016. (Crédit : AFP/Menahem Kahana)

Pour le Likud, le jeu politique consiste à garder la droite en faveur des implantations de son côté, tout en modérant Bennett, cette épine perpétuelle du côté de Netanyahu. Les propos de Bitan et le silence de Netanyahu sont les signes d’un profond scepticisme. Il semblerait que l’ordre d’évacuation prononcé par la Cour Suprême soit inévitable.

Pour HaBayit HaYehudi, l’objectif est d’en faire un enjeu politique, montrer qu’ils ont au moins essayé, et leur donner des arguments à leurs électeurs si jamais l’évacuation venait à se produire, pour justifier qu’ils restent dans la coalition. Et il ne fait aucun doute que le projet de loi des avant-postes, s’il venait à devenir une loi, sera présenté aux évacués comme le remède à la démolition.

Et si la Cour Suprême finit par demander la démolition, comme l’ont prédit Mandelblit et d’autres députés de l’opposition, cela dégagera la responsabilité du dos des politiciens, leur donnant ainsi d’autres munitions contre les autorités juridiques.

Amona est-il le dindon de la farce ?

Amona a été le théâtre d’affrontements violents entre la police et les résidents des implantations en 2006, lorsque des maisons ont été rasées, et l’on craint que ce scénario ne se reproduise dans cinq semaines.

Et la date butoir du 25 décembre approche.

Quand ce journaliste s’est rendu à Amona en septembre, les résidents, forts de la pétition du Likud signée par 25 des 30 membres du parti en faveur du projet de loi, étaient impatients que la loi passe et ont clairement éliminé l’option de quitter Amona.

« Même si je sais qu’il y a des risques que ça n’arrive pas, je préfère être honnête et tenter de légiférer le projet, qui est une loi qui indemnise les propriétaires et autorise la souveraineté israélienne, et qui permet de prouver au monde et à nous-même que cette terre nous appartient véritablement », explique une femme.

« Et même si l’on échoue, je préfère cela à déménager ailleurs sans apporter de changement significatif dans la perspective nationale. »

Cette position ne semble pas avoir évolué, selon les résidents des implantations qui mènent la campagne.

Des policiers israéliens affrontent des habitants juifs sur une barricade en feu dans l'avant-poste non autorisé d'Amona, proche de l'implantation juive d'Ofra, en Cisjordanie, le 1er janvier 2006. (Crédit : Pierre Terdjman/Flash90)
Des policiers israéliens affrontent des habitants juifs sur une barricade en feu dans l’avant-poste non autorisé d’Amona, proche de l’implantation juive d’Ofra, en Cisjordanie, le 1er janvier 2006. (Crédit : Pierre Terdjman/Flash90)

Bien évidemment, le Likud, ainsi que Bennett et Shaked en tant que chefs du parti le plus proche du mouvement des implantations, n’ont pas d’autres choix que de chercher à résoudre, ou le cas échéant à profiter de cette impasse à laquelle fait face le gouvernement de droite.

Mais toutes ces démarches sont trompeuses pour les résidents d’Amona.

Et ils alimentent ce qui ressemblent à une illusion, avec bien peu de considération pour les éventuelles conséquences, que la promesse de dernières minutes et les espoirs anéantis conduiront à un sentiment de trahison et de mépris parmi les résidents, si les bulldozers débarquaient et si les soldats les évacuaient de chez eux.

Peut-être que les députés devraient alors avouer aux résidents que les avant-postes sont utilisés comme capital politique pour protéger des milliers d’autres constructions illégales, ou comme munition politique contre la Cour suprême. Qu’ils sont utilisés comme bouc émissaire, au sens biblique du terme, jetés du haut d’une montagne pour expier les constructions illégales, bien qu’assistés par le gouvernement, de leurs frères.

Et que ce projet de loi est formulé et encouragé à la Knesset, non pas pour sauver les résidents d’Amon, mais comme lot de consolation, s’il est adopté.

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