L’université du Michigan sanctionne le premier professeur pro-BDS
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L’université du Michigan sanctionne le premier professeur pro-BDS

John Cheney-Lippold ne recevra pas d'augmentation au mérite et pourrait être licencié s'il récidive, a indiqué la doyenne par intérim dans sa lettre de blâme

Le professeur de l'université du Michigan John Cheney-Lippold lors d'un festival des sciences humaines à Chicago, en novembre 2015 (Capture d'écran : YouTube)
Le professeur de l'université du Michigan John Cheney-Lippold lors d'un festival des sciences humaines à Chicago, en novembre 2015 (Capture d'écran : YouTube)

Une université américaine a sanctionné un professeur qui a refusé d’écrire une lettre de recommandation à une étudiante prévoyant d’étudier en Israël en raison de son soutien au boycott universitaire de l’Etat juif.

L’Université du Michigan n’accordera pas d’augmentation au mérite au professeur John Cheney-Lippold pendant l’année universitaire 2018-19 et ne lui permettra pas de prendre un congé sabbatique de deux ans malgré son intention d’en prendre un en janvier, a rapporté The Detroit News mardi.

Le mois dernier, Cheney-Lippold a refusé d’écrire une lettre de recommandation à la jeune Abigail Ingber pour qu’elle puisse étudier un semestre en Israël au nom de son soutien au mouvement BDS (Boycott, désinvestissement et sanctions).

Le rapport cite une lettre envoyée à Cheney-Lippold par Elizabeth Cole, doyenne par intérim du College of Literature, Science and the Arts de l’université. Elle a écrit qu’il pourrait faire l’objet de mesures disciplinaires supplémentaires, dont la possibilité d’un licenciement, s’il est impliqué dans un incident similaire à l’avenir.

« Votre conduite ne répond pas aux attentes de l’Université et du Collège quant à la façon dont les professeurs du LSA interagissent avec les étudiants et les traitent. Cette lettre est une mise en garde sans équivoque contre votre comportement dans ce cas précis qui était inadmissible et ne sera pas toléré », a écrit Cole dans sa lettre du 3 octobre, selon le rapport.

Vue aérienne du Michigan Stadium au lever du soleil sur le campus de l’Université du Michigan. (Université du Michigan/Flickr via JTA)

« À l’avenir, le mérite de l’étudiant devrait être votre principal guide pour déterminer comment et si vous devez fournir une lettre de recommandation, a-t-elle ajouté. « Vous ne devez pas utiliser les demandes de recommandations des étudiants comme une tribune pour exprimer vos convictions politiques personnelles. »

La lettre reprochait également à Cheney-Lippold d’avoir utilisé le temps de classe pour discuter de ses opinions sur Israël, le mouvement BDS et sa décision de ne pas écrire la lettre de recommandation pour Ingber.

« Vous n’avez pas rempli votre devoir d’enseigner à vos élèves les matières de votre programme d’études liées à votre domaine d’expertise. … Cette utilisation du temps en classe pour discuter de vos opinions personnelles est une violation de votre rôle en tant que membre du corps professoral », a écrit la doyenne par intérim.

Abby Ingber avait demandé à John Cheney-Lippold, professeur de culture américaine, une lettre de recommandation pour l’aider à partir étudier en Israël (Crédit : Facebook)

« Vos actions tout au long de cette série d’événements ont nui à vos étudiants et ont causé d’importantes perturbations au Département de la culture américaine, au Collège et à l’Université dans son ensemble », a-t-elle dit, ajoutant que l’Université du Michigan « s’oppose officiellement et publiquement au boycott des institutions universitaires israéliennes ».

Cette semaine, une deuxième enseignante de l’université, Lucy Peterson, professeure aux études supérieures, a également refusé d’écrire une lettre de recommandation à un étudiant pour étudier en Israël, en invoquant aussi son soutien à un boycott universitaire de l’Etat juif.

Au début, Peterson était enthousiaste à l’idée d’écrire la lettre à la demande de Jake Secker, 20 ans, un jeune de Great Neck, New York. Mais elle a ensuite appris que Secker faisait une demande d’admission à l’université de Tel Aviv, a rapporté lundi le Washington Post.

Secker et Ingber sont amis et se sont plaints de leur difficulté, a rapporté le Post.

Cheney-Lippold aurait refusé de commenter sa condamnation, mais Radhika Sainath, une avocate palestinienne qui le conseille, aurait déclaré que l’université « violait les droits de John en le contraignant à parler en faveur d’un régime qui est discriminatoire et contraire aux droits humains » et que sa sanction était « la résultante de campagnes internationales de pression ».

Mais cette décision a été saluée par des groupes pro-israéliens et par le père d’Ingber, Mark, qui s’est exprimé publiquement pour la première fois, en qualifiant le comportement de Cheney-Lippold « d’antisémite » et en demandant que l’université le renvoie.

« Sa manière de faire de la publicité et de faire passer ses convictions personnelles avant les intérêts universitaires de ses étudiants et de faire honte à l’université et à notre fille était déjà en soi de nature à entraîner son licenciement », explique-t-il, selon The Detroit News, affirmant aussi que le professeur avait attendu d’être titularisé avant de refuser la demande de sa fille.

Mais M. Ingber a également salué la décision de l’université. « Ce n’est peut-être pas la sanction que nous voulions, mais c’est une sanction et je sais qu’ils le surveillent et que s’il récidive… il en pâtira davantage », a-t-il dit.

Il a ajouté qu’Abigail a appris cette semaine qu’elle avait été acceptée pour étudier à Tel Aviv.

L’Anti-Defamation League (ADL) a salué la lettre de l’université comme étant « un événement important et une réprimande appropriée pour le professeur Cheney-Lippold au comportement condamnable ».

Jonathan Greenblatt, chef de la direction et directeur national de l’Anti-Defamation League, témoigne au Capitole à Washington, le mardi 2 mai 2017, devant une commission judiciaire du Sénat sur les réponses à l’augmentation des crimes haineux religieux. (Photo AP / Carolyn Kaster)

« L’Université du Michigan se doit d’être ferme et complètement transparente, en indiquant clairement que les opinions politiques personnelles d’un professeur ne doivent jamais interférer avec la liberté universitaire de ses étudiants ». Nous espérons que des mesures seront prises pour faire en sorte que cela ne se reproduise pas à l’avenir », a ajouté Jonathan Greenblatt, PDG de l’ADL.

Tilly Shames, qui dirige le groupe juif Hillel de l’Université du Michigan, a déclaré que la lettre « indique clairement que l’université ne tolérera pas qu’un professeur interfère avec les aspirations académiques d’un étudiant, et nous espérons que ce message ferme dissuadera les autres enseignants de prendre de telles mesures ».

L’université a également essuyé des critiques à la fin de la semaine dernière après qu’un étudiant a fait savoir sur les réseaux sociaux qu’une conférence obligatoire pour les étudiants en art avait un intervenant qui a comparé le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à Adolf Hitler.

Mardi, le ministre israélien de l’Education, Naftali Bennett, a envoyé une lettre au président de l’Université du Michigan, Marc Schlissel, lui demandant de faire barrage à la haine anti-israélienne sur le campus après la conférence donnée par Emory David, ex-artiste Black Panther dans le cadre du Penny Stamps Speakers Series, qui présente la Stamps School of Art and Design de cette institution. Il a également fait référence à l’affaire Cheney-Lippold.

« Il est temps pour vous, en tant que directeur de l’université, de prendre fermement position contre ce qui est clairement devenu une tendance à la haine virulente contre l’État juif sur votre campus », a écrit Bennett à Schlissel, qui est juif.

JTA a contribué à cet article.

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