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Madeleine Albright, première secrétaire d’Etat américaine, est morte à 84 ans

Diplomate sous Clinton, Albright a dirigé les négociations de paix entre Israël et les Palestiens ; elle a décrit comme un cadeau la découverte tardive de son héritage juif

L'ancienne secrétaire d'État Madeleine Albright prend la parole lors d'une réception célébrant l'achèvement du pavillon du Centre de la diplomatie américaine au Département d'État à Washington, le 10 janvier 2017. (Crédit : AP Photo/Sait Serkan Gurbuz, File)
L'ancienne secrétaire d'État Madeleine Albright prend la parole lors d'une réception célébrant l'achèvement du pavillon du Centre de la diplomatie américaine au Département d'État à Washington, le 10 janvier 2017. (Crédit : AP Photo/Sait Serkan Gurbuz, File)

L’ancienne secrétaire d’Etat américaine Madeleine Albright, première femme à occuper ce poste au sein du gouvernement américain, est morte mercredi à l’âge de 84 ans, a annoncé sa famille dans un communiqué.

Cheffe de la diplomatie entre 1997 et 2001, dans l’administration du président démocrate Bill Clinton, Madeleine Albright s’est éteinte des suites d’un cancer, précisent ses proches, qui saluent « une défenseure infatigable de la démocratie et des droits humains ».

Madeleine Albright était « une voix passionnée pour la liberté et la démocratie », a salué Bill Clinton, soulignant que sa mort était « une perte immense pour le monde à un moment où nous avons le plus besoin des enseignements de sa vie ».

« Humour » et « détermination »

Dans un communiqué, l’ancien président a rendu hommage à certains de ses nombreux combats, pour « mettre fin au nettoyage ethnique en Bosnie et au Kosovo », « soutenir une expansion de l’Otan aux pays d’Europe centrale » ou « réduire le niveau de pauvreté ». Elle les a menés, assure-t-il, sans jamais perdre « son grand sens de l’humour » ou « sa détermination ».

Juste avant de prendre la tête de la diplomatie américaine, Madeleine Albright a passé quatre ans à l’ONU en tant qu’ambassadrice des Etats-Unis (1993-1997), où elle imprima sa marque, notamment lors de l’intervention de l’Otan au Kosovo. Au même moment, l’ambassadeur russe est un certain Sergueï Lavrov… devenu depuis le chef de la diplomatie russe et un très proche allié de Vladimir Poutine.

Le ministre israélien des Affaires étrangères Shimon Peres, à gauche, en compagnie de Madeleine Albright, ambassadrice des Etats-Unis à l’ONU, lors de son accueil le vendredi 12 février 1993 à l’hôtel Regency à New York. (Crédit : AP Photo/David Karp)

Président russe qu’elle accusait, il y a un mois jour pour jour, de commettre une « erreur historique » en se préparant à envahir l’Ukraine.

« Le rêve américain »

Née Marie Jana Korbel à Prague le 15 mai 1937, elle est la fille du diplomate Joseph Korbel. Réfugiée polyglotte, qui fuit d’abord le nazisme en se réfugiant à Londres en 1939 avec sa famille juive. Trois de ses grands-parents juifs sont morts dans des camps de concentration.

Les parents d’Albright se sont convertis du judaïsme au catholicisme en 1941.

Onze ans plus tard, ses proches, qui sont entre-temps retournés en Tchécoslovaquie, décident lorsque les communistes y prennent le pouvoir d’émigrer aux Etats-Unis, où des études brillantes permettront à Madeleine Albright d’accéder aux plus hautes marches du pouvoir.

Albright a déclaré qu’elle n’a pris conscience de ses origines juives qu’après être devenue secrétaire d’État.

En 2013, elle a publié Prague Winter : A Personal Story of Remembrance and War, un mémoire retraçant le patrimoine juif de ses parents et le destin de 25 parents qu’elle a perdus dans la Shoah. Dans une interview au Washington Post, elle a comparé la révélation de son passé juif à la remise d’un cadeau à déballer.

« Elle a vécu le rêve américain et a aidé les autres à le réaliser », a salué l’ancien président américain George W. Bush au sujet de cette femme parlant notamment anglais, tchèque, français et russe.

« Je suis une éternelle optimiste », disait Albright en 1998, alors qu’elle s’efforçait, en tant que secrétaire d’État, de promouvoir la paix au Moyen-Orient. Mais elle a déclaré que le retrait d’Israël en Cisjordanie et la mise en déroute des terroristes par les Palestiniens posaient de sérieux problèmes.

Le président de l’Autorité palestinienne, Yasser Arafat, salue la secrétaire d’État américaine Madeleine Albright avant le début du discours du président Bill Clinton au Forum économique mondial de Davos, en Suisse, le 29 janvier 2000. (Crédit : AP Photo/Joe Marquette, File)

En tant que principale diplomate américaine, Albright a d’abord fait des progrès limités dans ses tentatives d’étendre les accords d’Oslo de 1993 qui établissaient le principe d’autonomie pour les Palestiniens en Cisjordanie et à Gaza. Mais en 1998, elle a joué un rôle de premier plan dans la formulation des accords de Wye, qui ont transféré le contrôle d’environ 40 % de la Cisjordanie aux Palestiniens.

En 2001, juste après l’arrivée de ce dernier à la Maison Blanche, elle crée le « Albright Group », un cabinet de conseil en stratégie internationale basé à Washington et qui conserve une influence de poids sur la scène internationale.

Le porte-parole de la diplomatie américaine Ned Price a qualifié sa mort de « bouleversante ». « C’était une pionnière », a-t-il souligné. « En tant que première femme secrétaire d’Etat, elle a littéralement ouvert la voie à une grande partie de notre profession. »

L’ancien Premier ministre britannique Tony Blair a assuré qu’elle était l’une « des personnes les plus remarquables » avec lesquelles il ait eu le privilège de travailler, louant sa « profonde compassion pour l’humanité ».

Le président israélien Isaac Herzog a lui salué dans un tweet « une icône féministe, une dirigeante exceptionnelle » et « une véritable amie d’Israël ».

« L’ascension de Madeleine Albright, qui est passée du statut de réfugiée à celui de première femme à occuper le poste de secrétaire d’État, a inspiré des millions de personnes dans le monde, et en particulier les Juifs d’Israël et du monde entier », a tweeté le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid.

« Le monde d’aujourd’hui est un meilleur endroit grâce à son leadership. Que sa mémoire soit pour une bénédiction ».

En avril 2012, en lui décernant la « médaille présidentielle de la liberté », la plus haute décoration civile des Etats-Unis, Barack Obama avait salué son « courage et sa ténacité qui ont permis de ramener la paix dans les Balkans et ont ouvert la voie au progrès dans certains des lieux les plus instables du monde ».

JTA a contribué à cet article.

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