Malgré les amendes, les écoles haredim ne fermeront pas, soutient Moshe Gafni
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Malgré les amendes, les écoles haredim ne fermeront pas, soutient Moshe Gafni

Le député haredi dit avoir "été clair" avec Netanyahu ; le ministre de la Santé a averti que les écoles qui ouvrent risquent de perdre leur licence et leur financement

Le député Moshe Gafni du parti Yahadout HaTorah préside une réunion de la commission des finances de la Knesset, le 5 mars 2018. (Yonatan Sindel/Flash90)
Le député Moshe Gafni du parti Yahadout HaTorah préside une réunion de la commission des finances de la Knesset, le 5 mars 2018. (Yonatan Sindel/Flash90)

Un député ultra-orthodoxe a fait savoir au Premier ministre Benjamin Netanyahu que la communauté haredi n’acceptera pas de fermer les écoles qui ont ouvert illégalement dimanche, notamment dans des secteurs fortement touchés.

Dans un communiqué, Moshe Gafni, du parti Yahadout HaTorah, a déclaré qu’il avait « fait comprendre » à Netanyahu qu’un éminent rabbin exigeait que les enfants ultra-orthodoxes soient autorisés à retourner à l’école – malgré les craintes que le système éducatif puisse être un facteur majeur de la propagation du virus.

Le rabbin Chaim Kanievsky, guide spirituel de la communauté orthodoxe lituanienne en Israël, a ordonné samedi que les écoles rouvrent, en dépit des directives gouvernementales. Celui qui a lui-même été infecté par le coronavirus a demandé à ce que les mesures de distanciation soient respectées et les effectifs, réduits.

« Nous ne pensons pas que le plus grand de sa génération fasse une erreur », a commenté Moshe Gafni en parlant du rabbin Kanievsky. « Nous examinons la possibilité d’élaborer une solution concertée pour réduire le nombre d’enfants dans les classes et les études dans de grands espaces… tout en respectant les directives du ministère de la Santé. »

Le rabbin Chaïm Kanievsky dans la ville de Safed, au nord d’Israël, le 26 février 2020. (David Cohen/Flash90)

Netanyahu, qui avait demandé samedi aux ultra-orthodoxes de ne pas rouvrir les écoles, n’a pas encore réagi.

« La Torah sanctifie la vie, et [faire] cela met la vie en danger », avait-il souligné.

Auparavant, le ministère de la Santé, Yuli Edelstein, avait averti que les écoles qui ouvriraient malgré les mesures de fermeture risquent d’écoper de « lourdes amendes » et de la révocation potentielle de leur licence.

Les écoles maternelles, les jardins d’enfants et les garderies ont été autorisés à rouvrir dimanche, après une fermeture de plusieurs semaines, mais tous les autres établissements d’enseignement doivent rester fermés.

Le ministre de la Santé Yuli Edelstein tient une conférence de presse lors d’une visite à l’hôpital Hadassah Ein Kerem à Jérusalem, le 15 juillet 2020 (Yonatan Sindel/Flash90)

Un grand nombre des écoles ultra-orthodoxes qui ont rouvert dimanche se trouvaient dans des zones très touchées par l’épidémie, et notamment à Bnei Brak, au sud de la rue Jabotinsky, à Beitar Ilit, à Modiin Ilit, à Elad, à Rechasim, une ville du nord du pays, et les quartiers de Ramat Shlomo, Ramat Eshkol, Maalot Dafna et de Kiryat Mattersdorf à Jérusalem.

« Il n’y a aucune autorisation [de rouvrir]. Personne n’a donné d’autorisation », a rappelé Yuli Edelstein durant une conférence de presse à l’université Ariel en Cisjordanie. « Quiconque fait cela doit s’attendre [à écoper] de lourdes amendes, peut-être même la révocation de leurs licences et du financement de leur institution. »

« Nous devons nous rappeler d’une règle simple : quiconque fait quelque chose de mal se met en danger, mais il ne doit pas servir d’exemple aux autres. »

Edelstein a indiqué qu’il avait pris contact avec le procureur général Avichai Mandelblit sur la possibilité de retenir le financement des écoles qui enfreignent les directives.

Le ministre de la Santé a ajouté qu’il était bien conscient qu’une seule amende de 5 000 shekels pour une école qui ouvre illégalement – le montant actuel – est sans conséquence pour les grands établissements , « et donc je m’attends à ce que la police continue à infliger des contraventions si les établissements ne ferment pas ».

Des garçons jouent dans une école de Beitar Illit qui a ouvert ses portes en violation des règles du coronavirus, le 18 octobre 2020. (Capture d’écran : Twitter)

Netanyahu a appelé chacun à « suivre les règles et à s’assurer qu’elles soient respectées ». Il a affirmé que les autorités « verbaliseront lorsque nécessaire ».

« Nous sommes au cœur d’un vaste effort pour assurer la poursuite de la grande réussite du confinement. Nous voulons que les règles soient respectées dans tout le pays », a souligné le Premier ministre. « Le plus important est que chacun comprenne que nous agissons pour le bien de la santé de tous les Israéliens, et nous n’y parviendrons qu’en renforçant la discipline ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu au début de son procès pour corruption, le 24 mai 2020. On peut voir derrière lui deux des trois juges de l’affaire, Rivka Friedman-Feldman et Oded Shaham. (Capture d’écran/Bureau de presse du gouvernement)

Dimanche également, le ministre de la Défense Benny Gantz a rencontré les maires de plusieurs villes majoritairement ultra-orthodoxes, dont Bnei Brak, Elad et Modiin Illit.

Gantz a indiqué qu’il attendait des dirigeants des villes dites « rouges » qu’ils « fassent tout pour que le public respecte les règlements [sanitaires]. Il ne peut y avoir deux nations en Israël. C’est dangereux médicalement et socialement ».

Il a également déclaré que l’assistance militaire aux résidents des villes qui restent sous cordon sanitaire serait renforcée.

Dimanche, 301 nouveaux cas avaient été diagnostiqués avant 19 heures, confirmant ainsi la tendance à la baisse significative des cas de virus ces derniers jours. Le nombre total de cas s’est élevé à 303 109, dont 32 805 cas actifs.

Le nombre de décès s’est élevé à 2 209, soit une augmentation de 11 cas tout au long de la journée.

Sur les 1 199 personnes hospitalisées, 669 étaient dans un état grave et 213 dans un état modéré.

Le ministre de la Défense Benny Gantz s’adresse aux soldats du Commandement du Front Intérieur de l’armée israélienne, lors d’une visite dans la ville d’Ashdod, dans le sud du pays, le 14 septembre 2020. (FLASH90)

Dimanche, Israël a commencé à lever le confinement qui a permis la baisse des taux d’infection, mais a mis à l’arrêt une grande partie de l’économie et a paralysé de nombreux aspects de la vie quotidienne. Les responsables ont exprimé la crainte que la pression exercée pour la réouverture rapide des écoles et des entreprises ne conduise à une répétition du déconfinement chaotique en mai, largement accusé d’avoir donné lieu au pic de nouveaux cas de COVID-19 en août et septembre.

Le haut fonctionnaire chargé de diriger la stratégie israélienne de lutte contre le coronavirus a mis en garde samedi soir contre toute complaisance et a également exhorté les communautés ultra-orthodoxes à ne pas ouvrir d’écoles. Lors d’une allocution télévisée, Ronni Gamzu a averti spécifiquement la communauté haredi.

« Ouvrir le système éducatif en violation des règlements est dangereux et contraire à la loi », a-t-il dénoncé.

Cependant, ce plaidoyer n’a pas aidé. Les institutions qui ont ouvert malgré les directives sont affiliées aux principales mouvances de la communauté haredi, et pas seulement aux factions extrémistes qui se moquent des instructions et s’opposent aux autorités.

Des enfants et des adolescents, garçons et filles, hassidiques et lituaniens ont repris le chemin de l’école à Bnei Brak, Modiin Illit, Beitar Illit et dans les zones hautement contaminées de Jérusalem. La Douzième chaîne a estimé que quelque 40 000 garçons étaient allés à l’école malgré les directives.

Les institutions appartenant à la communauté séfarade ultra-orthodoxe sont restées fermées, tout comme celles appartenant à certaines grandes sectes hassidiques, comme celle de Gur.

Des agents de police ont été vus à l’extérieur de certaines institutions qui ont rouvert, mais dans certains cas, ils ne semblaient pas être intervenus.

La police israélienne a déclaré que trois directeurs d’établissements d’enseignement de Modiin Illit et Beitar Illit qui ont ouvert malgré les restrictions ont chacun reçu une amende de 5 000 shekels, et que deux autres directeurs avaient été convoqués au commissariat pour être verbalisés.

La déclaration indique que les policiers ont ordonné aux directeurs de fermer leurs écoles et de renvoyer les élèves chez eux, ajoutant que des discussions sont également en cours avec les maires et les rabbins de ces villes.

La police a rapporté que les agents avaient sauvé une équipe de journalistes qui s’était fait encercler alors qu’elle filmait les écoles ouvertes, tandis que des dizaines de jeunes les insultaient et lançaient des pierres et des œufs sur leur voiture.

Un journaliste de la Douzième chaîne a publié des images de l’incident à Beitar Illit, accusant la police de lui avoir dit que sa couverture médiatique était une provocation et lui ordonnant de partir.

De nombreux dirigeants et résidents ultra-orthodoxes continuent de croire que leur communauté est injustement ciblée par le gouvernement de Netanyahu, même si certaines villes et villages ultra-orthodoxes ont été retirés de la liste des zones à forte infection. Le taux de positivité au sein de la population haredi est nettement plus élevé que dans le reste de la population.

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