Mandelblit : le procureur d’État et le ministre de la Justice veulent m’évincer
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Mandelblit : le procureur d’État et le ministre de la Justice veulent m’évincer

Mandelblit évoque les fréquentes rencontres entre Dan Eldad et Amir Ohana, sa demande de réexamen de l'affaire Harpaz et la volonté de Netanyahu de le démettre de ses fonctions

Le procureur-général Avichai Mandelblit (à droite) et le procureur de l'Etat intérimaire Dan Eldad (Crédit : Ministère de la Justice / Flash90)
Le procureur-général Avichai Mandelblit (à droite) et le procureur de l'Etat intérimaire Dan Eldad (Crédit : Ministère de la Justice / Flash90)

Le procureur général Avichai Mandelblit aurait dit à des personnes de confiance qu’il soupçonnait de plus en plus le procureur de l’État en exercice Dan Eldad et le ministre de la Justice Amir Ohana de vouloir l’évincer de son poste, peut-être avec l’aide du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Avichai Mandelblit avait demandé à ses collègues du bureau du procureur de l’État de le tenir au courant après la nomination de Dan Eldad en février, a confié à Haaretz, dans un article publié lundi, un haut fonctionnaire du ministère de la Justice qui a entendu Mandelblit exprimer ces préoccupations.

Les craintes du procureur général concernant le procureur intérimaire ont été éveillées lorsque celui-ci a rapidement ordonné l’ouverture d’une enquête criminelle sur la société Fifth Dimension – autrefois dirigée par le président de Kakhol lavan, Benny Gantz – avant même de consulter l’organe de police qui avait examiné les allégations contre la société, a expliqué le fonctionnaire.

Les rencontres inhabituellement fréquentes entre Dan Eldad et Amir Ohana, un proche allié de Netanyahu, ont également irrité Mandelblit. Haaretz indique que le procureur général, qui a inculpé Netanyahu pour corruption en novembre dernier, était si préoccupé par ces rencontres qu’il a commencé à interroger le procureur de l’État sur leur contenu, comparant les réponses reçues aux informations qu’il avait obtenues de collègues informés de ces mêmes conversations.

Le ministre de la Justice Amir Ohana à la Knesset, le 11 septembre 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les soupçons du procureur général se sont intensifiés au début de ce mois lorsque Dan Eldad a demandé à son bureau de réexaminer un avis qu’il avait donné en faveur du maintien de la fermeture de la fameuse affaire Harpaz. Mandelblit était un suspect dans cette affaire de 2010, mais avait finalement été blanchi par la Cour suprême de justice.

Mandelblit a indiqué à ses associés qu’il soupçonnait Dan Eldad d’avoir divulgué un enregistrement à un journaliste de la Treizième chaîne, lequel a ensuite demandé au tribunal central de district de divulguer tous les enregistrements de l’affaire Harpaz.

Selon l’article de Haaretz – que les trois intéressés ont tous démenti avec véhémence – Mandelblit a décidé d’envoyer une lettre au responsable de la commission de la fonction publique, Daniel Hershkowitz, pour lui faire part de sa vive opposition à la prolongation du mandat de Dan Eldad, après avoir eu vent des détails de l’accord de coalition entériné par Netanyahu et Gantz, selon lequel le chef du Likud souhaite maintenir le procureur de l’État à son poste pendant au moins six mois supplémentaires.

L’accord de coalition, qui accorde également à Netanyahu un droit de veto sur la nomination d’un procureur de l’État permanent ainsi que sur le successeur de Mandelblit, a conduit ce dernier à croire que le Premier ministre est également impliqué dans les efforts présumés de Dan Eldad et Amir Ohana pour l’évincer, selon l’article.

Netanyahu est accusé de fraude et d’abus de confiance dans trois affaires criminelles – ainsi que de corruption dans l’une d’entre elles – qui sont centrées sur des accusations selon lesquelles il aurait reçu des cadeaux illégaux et accordé des faveurs politiques en échange d’une couverture médiatique positive.

A LIRE : Etat d’Israël vs. Netanyahu : détails de l’acte d’accusation du Premier ministre

Il nie avoir commis des méfaits et a rejeté ces accusations comme relevant d’une conspiration des forces de l’ordre, des médias et des rivaux politiques pour le forcer à quitter ses fonctions.

Son procès doit s’ouvrir le 24 mai.

Dan Eldad a été nommé procureur de l’État par intérim pour une période temporaire de trois mois par Ohana – qui exerce lui-même une fonction intérimaire en raison du statut intérimaire du gouvernement – après que l’ancien procureur de l’État Shai Nitzan a terminé son mandat de cinq ans en décembre et après que le précédent candidat d’Ohana a été rejeté par Mandelblit.

Mandelblit s’est également opposé dans un premier temps à la nomination de Dan Eldad, que Ohana a faite malgré ses réserves, mais il y a finalement consenti.

Le mandat de Dan Eldad doit expirer le 1er mai, mais Ohana a demandé au début du mois à Hershkowitz de le prolonger de trois mois supplémentaires puisqu’un nouveau gouvernement n’a pas encore été formé.

Le Premier ministre Binyamin Netanyahu (à gauche) et le secrétaire du cabinet de l’époque, Avichai Mandelblit, lors d’une réunion de cabinet hebdomadaire au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 13 décembre 2015. (Yonatan Sindel/Flash90)

Fin février, plusieurs médias israéliens ont révélé que Netanyahu pourrait chercher à démettre le procureur général de ses fonctions ou à le discréditer sérieusement après les élections, qui se sont tenues le 2 mars.

Haaretz a rapporté à l’époque que les émissaires de Netanyahu s’étaient efforcés de déterrer des informations sur Mandelblit – en particulier sur son rôle dans l’affaire Harpaz.

La chaîne publique Kan a indiqué que Netanyahu était préoccupé par les décisions à venir de Mandelblit sur deux questions cruciales : son éligibilité à être chargé de former un gouvernement après les élections malgré son procès à venir, et l’opportunité d’ouvrir une nouvelle enquête sur Netanyahu concernant son prétendu défaut de divulgation des actions détenues dans la société de son cousin. Kan a déclaré que Mandelblit penchait pour l’ouverture d’une enquête.

Toute tentative du Premier ministre de révoquer le procureur général qui le traduit en justice serait sans aucun doute portée devant la Cour suprême.

Dans l’affaire Harpaz, un ancien officier de renseignement de l’armée israélienne proche de Gabi Ashkenazi, alors chef d’état-major de Tsahal, a produit un faux document censé constituer une stratégie de relations publiques pour la campagne de Yoav Gallant, alors chef du commandement sud, pour devenir le prochain chef d’état-major.

Le faux document recommandait une campagne de diffamation contre les rivaux de Gallant, y compris le chef d’état-major adjoint de l’époque, Benny Gantz, nommé par la suite 20e chef d’état-major de Tsahal en 2011 et devenu plus tard le principal rival de Netanyahu pour le poste de Premier ministre.

Mandelblit, qui était le procureur militaire le plus haut placé à l’époque, a été interrogé avec précaution en juin 2014, alors qu’il ne portait déjà plus l’uniforme et qu’il était le secrétaire de cabinet de Netanyahu. Les enquêteurs ont soupçonné qu’il avait pu aider Ashkenazi et ses assistants à entraver les enquêteurs en ne leur disant pas que ce dernier possédait le document – ou, en fait, qu’Ashkenazi le diffusait au sein de l’armée et s’employait à le faire passer dans la presse. Il a finalement été innocenté.

Netanyahu a ensuite désigné Mandelblit procureur général, une nomination approuvée en janvier 2016.

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