Enquête sur l’ancienne firme de Gantz, qui n’est pas suspect selon Mandelblit
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Enquête sur l’ancienne firme de Gantz, qui n’est pas suspect selon Mandelblit

Le bureau du procureur-général a indiqué qu'il ne s'occupait pas du dossier de Fifth Dimension, entreprise qui était dirigée par le chef de Kakhol lavan - qui se dit confiant

Benny Gantz, président du parti Kakhol lavan, lors d'un événement électoral à Tel Aviv, le 17 février 2020. (Gili Yaari/Flash90)
Benny Gantz, président du parti Kakhol lavan, lors d'un événement électoral à Tel Aviv, le 17 février 2020. (Gili Yaari/Flash90)

Le procureur d’Etat en exercice Dan Eldad a annoncé, jeudi, l’ouverture d’une enquête sur une firme de cybersécurité qui était dirigée par le chef du parti Kakhol lavan, Benny Gantz, avant qu’elle ne fasse faillite – mais un communiqué émis par le procureur général Avichai Mandelblit a précisé que Gantz-lui même n’était pas soupçonné dans ce dossier.

Le bureau de Mandelblit a donné, jeudi, le feu vert au bureau du procureur d’Etat pour mener des investigations sur l’entreprise, Fifth Dimension, tout en précisant que Mandelblit lui-même n’était pas impliqué dans l’affaire.

Ce communiqué laisse entendre que Gantz n’est pas considéré comme un suspect potentiel car Mandelblit lui-même aurait dû s’impliquer si cela avait été le cas.

Un courrier écrit par un assistant de Mandelblit a fait savoir qu’Eldad s’était penché sur les dossiers liés à Fifth Dimension et qu’il avait entendu les avis des officiels concernés au sein du bureau du procureur d’Etat.

« Le procureur général a convenu avec le procureur d’Etat en titre que si des soupçons devaient émerger à l’avenir qui soient différents de ceux d’aujourd’hui, et qui pourraient justifier l’implication du procureur-général, ces soupçons lui seront alors présentés pour instruction et pour qu’il puisse prendre une décision », stipule le courrier.

Suite à la diffusion de la lettre, Eldad a annoncé l’ouverture de l’enquête criminelle sur la firme.

Au premier stade de cette dernière, seuls les responsables de l’entreprise seront interrogés, selon les instructions données par Eldad. Puis, s’il s’avère nécessaire d’ouvrir une enquête sur des policiers, le dossier sera alors transféré au département des enquêtes internes de la police, au sein du ministère de la Justice, selon la Douzième chaîne.

L’unité de lutte contre la corruption de la police israélienne, Lahav 433, interviendrait alors dans l’affaire, a noté Walla News.

Dan Eldad, chef de la division des crimes économiques au bureau du procureur de l’Etat -Crédit : Portrait présenté sur le site du procureur de l’Etat)

Les responsables de Kakhol lavan ont accusé Eldad et le ministre de la Justice Amir Ohana, un allié du Premier ministre, d’avoir laissé fuiter des informations sur l’enquête, selon la Douzième chaîne.

C’est Ohana qui avait récemment nommé Eldad à son poste, une initiative qui avait entraîné la fureur des autres hauts-responsables du système judiciaire.

Gantz a nié tout acte répréhensible après que les médias ont affirmé, mercredi, qu’une enquête serait ouverte sur un accord obscur présumé qui aurait été signé entre Fifth Dimension et la police israélienne.

Si Gantz n’a pas été désigné comme suspect dans l’affaire, ce développement survient moins de deux semaines avant le scrutin national et au cœur d’une campagne menée par le parti de Gantz qui a tenté de focaliser l’attention des électeurs sur les mises en examen pour corruption de Netanyahu.

« Il semble vraiment que des pressions politiques aient été exercées pour placer ce dossier à l’ordre du jour », a déclaré Gantz, jeudi, au micro de la radio militaire. « Je me sens tout à fait bien. Tout a été déjà contrôlé dans le passé et aucune suspicion d’acte criminel n’est ressortie du dossier ».

Dans la même journée, après l’annonce de l’ouverture de l’enquête, Gantz a clamé porter « une grande confiance dans le système judiciaire et je n’ai aucun problème concernant quelque enquête que ce soir. Il n’y a, à mes yeux, aucun élément criminel dans cette affaire ».

S’exprimant au cours d’un rassemblement de campagne, il a accusé le parti du Likud de Netanyahu d’avoir poussé à ce que l’enquête soit ouverte pour détourner l’attention du procès pour corruption du Premier ministre, qui commencera le mois prochain.

Netanyahu, dans une réponse à la décision portant sur le lancement de ces investigations, a émis un bref communiqué disant que « le public doit connaître la vérité, ici et maintenant, et avant le scrutin ».

Israël se rendra aux urnes en date du 2 mars – c’est le troisième vote national en moins d’un an après deux précédents cycles électoraux qui se sont avérés non-concluants en 2019. Ni Netanyahu, ni Gantz n’avaient été en mesure de forger un gouvernement de coalition.

Les sondages prédisent des résultats similaires lors du vote du mois prochain, ce qui pourrait potentiellement prolonger l’impasse.

Il est difficile de dire si les informations portant sur cette nouvelle affaire changeront les choses. Les mois qui ont mené à cette campagne ont été marqués par d’autres coups de théâtre, avec notamment la révélation du contenu du plan de paix au Moyen-Orient du président Donald Trump et une date fixée pour le procès pour corruption de Netanyahu – ce qui n’a pas touché de manière spectaculaire les chiffres des enquêtes d’opinion.

Mais c’est une situation embarrassante pour Gantz, ex-chef d’Etat-major, qui a fait du départ de Netanyahu du pouvoir son principal message et qu’il a tenté de présenter une image irréprochable face aux actes de corruption présumés du Premier ministre de longue date en Israël.

Après avoir quitté l’armée, Gantz avait pris la tête de Fifth Dimension, une firme de cybersécurité qui avait négocié avec la police la vente de son produit. Selon le contrôleur d’Etat, groupe de veille gouvernemental, la police pourrait avoir violé les lois de l’acquisition en renonçant à un appel d’offre dans ses tractations avec la firme incriminée.

Le procureur général Avichai Mandelblit lors d’un événement à la Knesset en l’honneur de la police israélienne, le 5 janvier 2018. (Yitzhak Harari / Knesset)

Selon des informations non-sourcées transmises mercredi via un reportage, sur la Treizième chaîne, l’enquête portera sur les employés de Fifth Dimension qui auraient fait de fausses déclarations à la police, et examinera si la relation entre les deux parties relève de la catégorie juridique visant à « obtenir quelque chose par la fraude ».

Plusieurs hauts-responsables de la police figurent parmi ces cadres au sein de Fifth Dimension.

Cette enquête devrait commencer après les élections du 2 mars. Des responsables non nommés du Likud ont remis en question le calendrier, selon la Douzième chaîne, furieux que l’enquête soit retardée jusqu’à ce que les Israéliens se rendent aux urnes. Mais des experts juridiques non nommés ont déclaré à la chaîne que la décision d’ouvrir éventuellement une enquête a été prise environ quatre semaines avant les élections, alors que l’annonce d’une enquête pourrait être interprétée comme une ingérence politique.

Netanyahu est mis en examen pour pots-de-vin, fraude et abus de confiance dans trois dossiers dans lesquels il est accusé d’avoir reçu des cadeaux luxueux de la part d’amis milliardaires et d’avoir octroyé des souplesses en termes de régulation à des magnats des médias, en échange d’une couverture plus positive de ses actions et de celles de sa famille.

Benjamin Netanyahu nie tout acte délictueux et a rejeté les accusations comme étant une chasse aux sorcières.

Son procès commencera le 17 mars.

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