Israël en guerre - Jour 192

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Manifestations à la Knesset contre le budget 2024, qui favorise l’éducation religieuse

Le plan amendé du gouvernement est dénoncé comme sectaire et insuffisant dans les domaines de l'éducation laïque et des services de santé mentale

Des manifestants rassemblés pour protester contre le budget de guerre 2024 du gouvernement, devant la Knesset, à Jérusalem, le 19 février 2024. (Crédit : Charlie Summers/Times of Israel)
Des manifestants rassemblés pour protester contre le budget de guerre 2024 du gouvernement, devant la Knesset, à Jérusalem, le 19 février 2024. (Crédit : Charlie Summers/Times of Israel)

Plus de 100 manifestants se sont rassemblés devant la Knesset lundi soir pour protester contre le budget 2024 nouvellement amendé par le gouvernement, qui, selon les critiques, alloue des fonds à des groupes d’intérêt liés à la coalition tout en réduisant les subventions à la société dans son ensemble.

En plus de dénoncer le nouveau budget, qui a été adopté en première lecture en plénière à la Knesset la semaine dernière, les manifestants ont scandé des slogans appelant à des élections pour remplacer le Premier ministre Benjamin Netanyahu et au retour des otages toujours retenus en captivité à Gaza.

Révoltés par la décision de la coalition de réduire les budgets alloués à l’éducation laïque et aux services de santé tout en maintenant le budget des institutions religieuses à un niveau similaire à celui de l’année dernière, les manifestants ont qualifié la coalition au pouvoir de « gouvernement de voleurs » et ont exigé sa chute.

Le budget amendé devrait être soumis aux derniers votes avant d’être adopté au début du mois prochain.

Le budget de 582 milliards de shekels comprend environ 70 milliards de shekels en dépenses supplémentaires destinées à financer la guerre contre le groupe terroriste palestinien du Hamas dans la bande de Gaza.

Utilisant des haut-parleurs dirigés vers la Knesset, un groupe mixte composé d’entrepreneurs du secteur high-tech, de réservistes et de lycéens s’est adressé à la foule, exposant en détail la façon dont leur vie sera affectée par les coupes budgétaires et évoquant les clivages religieux et laïques qui existent de longue date en Israël.

« Je suis un jeune juif laïc de Haïfa et je vaux moins que les ‘haredim ? Pourquoi ? Est-ce que je mérite moins parce que je n’appartiens pas au même secteur que celui qui vote pour vous lors des élections ? Quelle est ma place dans un pays comme celui-ci ? », s’est écrié Gilad Katz, un jeune militant de 16 ans.

Katz a accusé le gouvernement de Netanyahu d’appliquer deux poids deux mesures en faveur des communautés ultra-orthodoxes d’Israël, alors que les subventions aux mouvements de jeunesse et aux écoles publiques laïques ont été réduites.

Le jeune militant Gilad Katz prend la parole lors d’une manifestation à Jérusalem, près de la Knesset, contre le budget 2024 du gouvernement, le 19 février 2024. (Crédit : Charlie Summers/Times of Israel)

« Les mouvements de jeunesse ont joué un rôle important dans cette guerre. Et maintenant, l’État d’Israël a décidé de réduire le budget des mouvements de jeunesse », a souligné Katz, évoquant comment il avait lui-même collecté du matériel et de l’aide pour les personnes déplacées. Ces mouvements forment des individus de qualité, des personnes de valeur, des sionistes, mais ce gouvernement se préoccupe davantage des yeshivot hesder et de l’enseignement de la Torah ».

Le programme Hesder est destiné aux étudiants sionistes religieux, et non ultra-orthodoxes, qui leur permet de combiner les études dans des yeshivot avec leur service militaire obligatoire.

Le gouvernement de coalition de Netanyahu s’appuie sur le soutien des partis ultra-orthodoxes, qui réclament depuis longtemps une augmentation des fonds alloués aux écoles ultra-orthodoxes, dont beaucoup n’incluent même pas les matières laïques de base dans leur programme.

Malgré une réduction de 5 % du budget de l’État appliquée à tous les ministères, un transfert de 130 millions de shekels aux institutions orthodoxes provenant de fonds discrétionnaires, qui avait été promis dans le cadre des accords de coalition, permettra de maintenir le financement de l’éducation haredi à environ 1,7 milliard de shekels, un niveau similaire à celui de l’année dernière. Selon le quotidien économique Globes, le budget pré-amendé pour les écoles haredi était de 2 milliards de shekels.

Contredisant les manifestants, les politiciens ultra-orthodoxes affirment que les fonds destinés à l’éducation haredi ont subi d’importantes réductions dans le budget 2024.

Le mois dernier, le député de Shas, Uriel Buso, a affirmé que le gouvernement n’avait pas tenu ses promesses d’allouer 1 milliard de shekels en faveur des yeshivot, comme le prévoyaient les accords de coalition. Il a indiqué à la chaîne de la Knesset que le manque à gagner équivalait à une réduction de 50 % du budget des yeshivot.

Selon Uri Hass, avocat à la division économique du Mouvement pour un gouvernement de qualité en Israël, le budget prévoit une réduction de 800 millions de shekels du budget de l’enseignement public-laïque et de 300 millions de shekels du budget de l’éducation préscolaire. Il a confié au public qu’il était rarement enclin à protester, mais qu’il avait ressenti le besoin de s’exprimer contre ce budget qui, selon lui, « nuit à l’économie et à la productivité ».

Un article publié sur le site financier israélien The Marker reprend plus ou moins les chiffres de Hass. Le gouvernement prévoit de réduire le budget de l’éducation sur deux ans, d’abord de 300 millions de shekels en 2024, puis de 500 millions de shekels en 2025. L’éducation préscolaire verrait son budget réduit de 200 millions.

« Lorsque nous voyons qu’au lieu d’essayer de restaurer et de budgétiser des services publics de haute qualité, le gouvernement continue à faire fonctionner des ministères inefficaces qui ne sont pas du tout utiles à la guerre juste pour aider ses amis… On se doit de hurler », a souligné Hass.

Ronit Harpaz, entrepreneuse dans le domaine de la technologie, a accusé le gouvernement de présenter un budget qui ne prévoit « pas d’argent pour les résidents déplacés de l’enveloppe de Gaza, mais de l’argent pour les jeunes des collines » – une référence aux résidents d’implantations activistes.

Elle a affirmé que les représentants du gouvernement ignoraient le déclin de l’industrie technologique, sur laquelle on ne pouvait plus compter pour soutenir l’économie.

L’entrepreneuse de haute technologie Ronit Harpaz prend la parole lors d’une manifestation à côté de la Knesset contre le budget récemment révisé du gouvernement, le 19 février 2024. (Crédit : Charlie Summers/Times of Israel)

« Ce budget ne tient pas compte du fait que les investissements dans la haute technologie ont déjà été interrompus, que les investisseurs ont fui et que le monde nous a abandonnés », a affirmé Harpaz.

Lundi, des données préliminaires ont révélé une contraction de 19,6 % de l’économie israélienne au dernier trimestre 2023 en raison de la guerre, la plus forte baisse depuis la pandémie de coronavirus.

Des centaines de réservistes ont été mobilisés et de vastes zones aux frontières de Gaza et du Liban ont été évacuées à la suite de l’assaut du Hamas le 7 octobre. Des entreprises ont dû fermer et les gens ont été contraints de rester chez eux en raison des tirs de roquettes sur Israël.

Nir Shohat, qui faisait partie de ceux qui ont été appelés à combattre, a également été déplacé de sa maison dans le kibboutz Nir Am, près de la frontière de Gaza, à la suite de l’assaut du Hamas. Il a accusé le gouvernement de ne pas avoir planifié ou financé la reconstruction de la région.

« Vous [le gouvernement israélien] n’avez pas encore fixé quand ou comment vous allez ramener les habitants de l’enveloppe de Gaza et de Sderot chez eux, en revanche vous allez transférer des millions aux budgets des yeshivot », a-t-il déclaré. « Et cela alors même que vous venez de dire que vous n’avez pas réussi à rassembler des fonds pour les centres de réhabilitation destinés aux personnes qui souffrent, les centres dont nous avons besoin pour nous remettre sur pied et nous rétablir ».

Malgré la montée en flèche des besoins en soins de santé mentale parmi les habitants des communautés dévastées de la frontière de Gaza, le gouvernement a refusé d’augmenter de manière significative le budget des centres de réhabilitation destinés à traiter les personnes souffrant de traumatismes. Le ministère de la Santé a estimé le mois dernier que 100 millions de shekels seraient nécessaires pour faire fonctionner ces centres sans réduire les services ; le budget alloué n’a, toutefois, pas bougé depuis l’année dernière.

Des manifestants tiennent une pancarte sur laquelle on peut lire : « L’enveloppe de Gaza contre le pillage », en référence au projet de loi budgétaire du gouvernement en temps de guerre, devant le bâtiment de la Knesset à Jérusalem, le 19 février 2024. (Crédit : Charlie Summers/Times of Israel)

Le rassemblement était étroitement encadré par les forces de l’ordre, deux rangées de barricades séparant les manifestants du bâtiment du Parlement. Le mois dernier, des manifestants anti-gouvernement ont bloqué à plusieurs reprises une route d’accès à la Knesset.

Le plan actuel d’amendement du budget ne contient aucune disposition visant à réduire le nombre de ministères, malgré la recommandation du ministère des Finances de fermer dix ministères superflus – dont le ministère des Implantations et des Missions nationales, le ministère de Jérusalem et de la Tradition juive et le ministère du Renseignement – afin de combler le déficit budgétaire en temps de guerre.

Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, a défendu le plan comme un « budget responsable qui permettra au gouvernement de mener la guerre jusqu’à la victoire. »

« Certaines lacunes nous accompagneront dans un avenir prévisible et pèseront sur l’économie…. Nous sommes en temps de crise. Une augmentation durable nous accompagnera pendant des années dans le budget, et notamment dans les dépenses civiles – des dépenses supplémentaires pour la santé, la santé mentale, la protection sociale, les pensions, les victimes de guerre, les indemnisations et bien plus encore », a-t-il déclaré à la Knesset au début du mois, avant un vote sur le projet de loi.

Sam Sokol a contribué à cet article.

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