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Marine Le Pen, fille du « diable » devenue « mère » polie de l’extrême droite

Autoproclamée "meilleur bouclier" des Juifs français, elle a arboré République et laïcité en étendard contre "le fondamentalisme islamiste" et jugé l'islam "compatible avec la République"

La candidate du Rassemblement national (RN), parti d'extrême droite français, Marine Le Pen, réagit au Pavillon d'Armenonville, à Paris, le 24 avril 2022, après l'annonce des premières projections des instituts de sondage sur les résultats du second tour de l'élection présidentielle française. (Crédit : Thomas SAMSON / AFP)
La candidate du Rassemblement national (RN), parti d'extrême droite français, Marine Le Pen, réagit au Pavillon d'Armenonville, à Paris, le 24 avril 2022, après l'annonce des premières projections des instituts de sondage sur les résultats du second tour de l'élection présidentielle française. (Crédit : Thomas SAMSON / AFP)

Marine Le Pen n’a pas réussi dimanche à remporter la présidentielle mais a réalisé un score historique (42%) face à Emmanuel Macron, après la « dédiabolisation » de son image menée pas à pas depuis 10 ans.

Héritière ambitieuse au tempérament orageux, la benjamine des trois filles de Jean-Marie Le Pen, fondateur du Front national qu’elle a rebaptisé Rassemblement national, était déjà parvenue en 2017 – comme son père 15 ans plus tôt – au second tour.

Après son débat raté de 2017, l’opposante de 53 ans, députée du Pas-de-Calais, avait repris espoir après la victoire du RN aux élections européennes en 2019.

Mais un demi-échec aux municipales et un net recul de son parti aux régionales l’an dernier avaient suscité le doute.

La candidature radicale d’Éric Zemmour l’a fait trembler mais l’a aussi fait apparaître, par contraste, comme recentrée. Elle-même a « lissé » son image, afin de « rassurer ». Et s’est concentrée sur le pouvoir d’achat, faisant passer au second plan ses projets controversés contre l’immigration et l’islamisme.

Comme sa sœur Yann, son destin s’est d’abord inscrit dans le giron du « diable de la République ». « Quoi qu’il arrive, tu es mon père », avait-elle dit à Jean-Marie Le Pen après une violente brouille en 2005.

Jean Marie Le Pen et sa fille Marine (Crédit : Miguel Medina/AFP)

« Loup-garou » 

Avocate de formation, Marine Le Pen a porté les couleurs du FN pour la première fois aux législatives en 1993. Avec le soutien de son père, elle a pris la présidence du parti début 2011, écartant progressivement les vieux barons.

Deux fois divorcée, mère de trois enfants, séparée d’une des figures du mouvement, Louis Aliot, Marine Le Pen insiste alors sur l’économie, parent pauvre du discours du RN: forte dose de protectionnisme et sortie de l’euro (avant d’y renoncer) pour séduire les « perdants » de la mondialisation.

Des thèmes gagnants : à toutes les élections intermédiaires d’avant 2017, le RN progresse.

Elle « dédiabolise » le parti de son image antisémite et raciste, jusqu’à en exclure en août 2015 son père, dont elle a toléré pendant des années les propos, pour certains condamnés en justice. « J’ai adulé cet homme », confie-t-elle. « Je me suis beaucoup battue pour lui mais à un moment donné, cela devait s’arrêter ».

Leurs relations se sont depuis apaisées et le patriarche lui a apporté son soutien en 2022.

Marine Le Pen engage ensuite la « normalisation »: elle renonce à sortir de l’euro, change le nom du parti pour « rassembler », ne fait plus de l’interdiction du port du voile dans la rue une « priorité ».

Entourée de ses chats, elle veut présider la France en « mère de famille ». Les Français « ne croient plus au loup-garou », assure-t-elle.

La candidate du Rassemblement national (RN), parti d’extrême droite français, Marine Le Pen, réagit au Pavillon d’Armenonville, à Paris, le 24 avril 2022, après l’annonce des premières projections des instituts de sondage sur les résultats du second tour de l’élection présidentielle française. (Crédit : Thomas SAMSON / AFP)

« France tranquille » 

Ces dernières années, elle a brouillé les lignes, se proclamant « meilleur bouclier » des Français juifs, rendant hommage à Charles de Gaulle que l’extrême droite haïssait, arborant République et laïcité en étendard contre « le fondamentalisme islamiste » mais jugeant l’islam « compatible avec la République ».

Elle défend désormais la « France tranquille » face au président du « chaos » et appelle droite et gauche à la rejoindre.

Elle n’a pourtant pas renoncé à combattre l’immigration, en proposant d’inscrire dans la Constitution la « priorité nationale » et la primauté du droit français sur le droit international, ce qui pourrait conduire à un « Frexit » de fait, ainsi que « les idéologies islamistes » dans toutes les sphères de la société, au risque d’attenter à la liberté de conscience.

Face à Éric Zemmour, obsédé par la théorie complotiste du « grand remplacement », et à la guerre en Ukraine, qui a généré une hausse des prix, elle s’est concentrée sur le pouvoir d’achat, sans renoncer à un « rapprochement stratégique » entre l’Otan et la Russie une fois la guerre terminée.

Elle reste poursuivie par les affaires politico-judiciaires, inculpée pour « détournements de fonds publics » dans une enquête sur des emplois fictifs du RN au Parlement européen. Des proches ont été par ailleurs condamnés pour escroquerie lors des campagnes en 2012.

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