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Medford s’excuse d’avoir utilisé une ménorah messianique dans une expo sur les fêtes

La banlieue de Boston a pris des mesures pour que ses résidents juifs se sentent acceptés ; le dérapage aurait pu être évité si la communauté avait été consultée, estiment certains

Une photo d'une ménorah destinée à expliquer le symbolisme de l'objet était en fait une image messianique dans laquelle les branches de la ménorah étaient décrites comme symbolisant la "croix" et la "résurrection". (Capture d'écran de Facebook/ via JTA)
Une photo d'une ménorah destinée à expliquer le symbolisme de l'objet était en fait une image messianique dans laquelle les branches de la ménorah étaient décrites comme symbolisant la "croix" et la "résurrection". (Capture d'écran de Facebook/ via JTA)

JTA – Un petit événement municipal sur les fêtes s’est transformé en un gros problème pour la ville de Medford, dans le Massachusetts, après qu’un employé municipal a inclus une image de ménorah produite par des juifs messianiques dans une affiche sur les religions du monde.

La banlieue de Boston s’est excusée pour cette exposition, qui a été présentée lors de la Holiday Extravaganza de la semaine dernière, un événement municipal visant à promouvoir les entreprises locales. Mais cet épisode a amené certains résidents juifs locaux à se demander, et ce n’est pas la première fois, s’ils sont vraiment considérés comme partie intégrante de la communauté locale.

Medford, une ville qui fait partie du noyau dense de la zone métropolitaine de Boston, abrite l’université Tufts et compte parmi ses fils natifs l’auteur de « Jingle Bells » et Mike Bloomberg, l’ancien maire de New York dont la famille a dû acheter une maison dans la ville en secret pour contourner l’antisémitisme local.

Certains juifs de Medford ont eu le sentiment que des progrès importants avaient été réalisés cette année après que le district scolaire de la ville, pour la première fois dans l’histoire récente, a annulé les cours pour Rosh HaShana et Yom Kippour.

Sarah Beardslee, une résidente juive de Medford installée depuis 30 ans, a déclaré que la ville avait récemment cherché à démontrer qu’elle valorisait la diversité. « C’est juste un autre exemple qui montre que ce n’est vraiment pas le cas », a-t-elle déclaré à la Jewish Telegraphic Agency au sujet de cette exposition pour les fêtes.

Le problème a commencé peu après l’Holiday Extravaganza, mercredi soir, lorsque la ville a publié des photos de l’événement. Outre des photos avec le Père Noël, une vente de couronnes et l’illumination du sapin de Noël de la ville, l’exposition comportait une table à l’intérieur de l’Hôtel de Ville avec des descriptions encadrées de symboles de fête.

Une série de photos présentait l’histoire des arbres de Noël. Un autre présentait le kinara, le candélabre utilisé pendant la fête afro-américaine de Kwanzaa. Et un troisième présentait la ménorah, utilisée par les Juifs pendant la fête de Hanoukka.

Bien que la table eût contenu une hannoukia électrique avec neuf bougies, la ménorah sur une photo placée sur la table n’était pas celle utilisée par les Juifs pendant Hanoukka. Il s’agissait plutôt de la photo d’une ménorah à sept branches étiquetées avec des termes chrétiens. L’une des branches portait le mot « croix », par exemple, tandis qu’une autre portait le mot « résurrection ».

L’image est largement disponible en ligne comme illustration des interprétations messianiques de la ménorah. Les juifs messianiques sont des personnes qui suivent de nombreuses pratiques juives tout en croyant en la divinité de Jésus ; aucun mouvement juif traditionnel ne les considère comme juifs.

À Medford, certains se sont inquiétés du fait qu’un juif messianique était responsable des affaires juives au sein de l’administration municipale, ou que la mairie s’était adressée à un juif messianique pour obtenir des conseils plutôt qu’à des représentants de la communauté juive locale.

Mais selon une note publiée dans un groupe Facebook local par l’employée de l’Hôtel de Ville qui a déclaré avoir créé l’exposition, l’image ne reflète pas du tout une idéologie. Au contraire, l’employée a écrit qu’elle était tombée sur l’image en faisant des recherches sur les traditions religieuses et qu’elle pensait qu’elle pourrait être utile aux personnes participant à l’événement.

La ville a rapidement compris que ce n’était pas le cas. Vendredi dernier, elle a présenté ses excuses sur Facebook et la photo de la table avec la menorah a depuis été retirée de Facebook.

« Nous regrettons sincèrement le préjudice subi et nous nous engageons à tirer les leçons de cette erreur », indiquent les excuses. « À l’avenir, nous consulterons les leaders religieux et communautaires, nous tiendrons compte de leur expérience et de leur expertise dans nos processus de planification d’événements et nous veillerons à ce que chaque élément destiné au public soit représenté de manière appropriée et précise. »

Les excuses font suite à une journée de réunions et de conversations, selon le rabbin Braham David, qui dirige le Temple Shalom à Medford. Lui et le président de la synagogue ont envoyé des déclarations à leur communauté vendredi soir, au début du Shabbat.

Le rabbin David a écrit qu’il avait passé la journée à parler avec d’autres rabbins locaux, des membres de la communauté juive et des membres du clergé d’autres religions. Il a également indiqué qu’il avait contacté le maire de Medford, Breanna Lungo-Koehn, pour discuter de la situation.

« Elle a exprimé ses profonds regrets au nom de son équipe et du bureau du maire pour cette erreur d’inattention », a écrit David, notant que le bureau du maire avait reçu « d’innombrables appels » au sujet de l’exposition.

Gisele Ellis, présidente de Temple Shalom, a déclaré qu’elle était elle aussi encline à accepter les excuses de la ville, citant l’exemple de Julian Edelman, le receveur juif vedette des New England Patriots qui a pris sa retraite cette année. Edelman a cherché à enseigner, et non à faire honte, à un collègue qui avait fait des commentaires antisémites sur les réseaux sociaux.

Mais Ellis a également fait part de son profond désarroi face à cet épisode, qui, selon elle, s’éloigne des années précédentes, lorsque la ville invitait le Temple Shalom à participer à la planification de l’exposition sur les fêtes.

« Le fait que nous devions expliquer pourquoi c’est offensant est frustrant. Le manque d’implication des Juifs dans cet événement nous donne l’impression d’être invisibles aux yeux de nos dirigeants municipaux. Le fait que cet horrible exposition ait été mise en place à l’Hôtel de Ville nous rend furieux », a-t-elle écrit, ajoutant : « J’ai entendu cette fureur de la part de beaucoup d’entre vous aujourd’hui. »

Kit Collins, membre nouvellement élu du conseil municipal et de confession juive, a notamment réagi.

« À tous ceux qui se sont exprimés au sujet de la représentation erronée et offensante d’une ménorah affichée lors de l’exposition sur les fêtes d’hier soir à l’Hôtel de Ville, je vous vois et je vous remercie. En tant que juif, je comprends à quel point il peut être frustrant et douloureux de voir sa foi déformée de manière aussi flagrante », a tweeté Collins, qui prêtera serment le mois prochain.

« Je suis reconnaissant à l’administration d’avoir réagi rapidement en retirant la photo offensante », a-t-il ajouté. « Je suis désolé que cela soit arrivé, mais j’espère et je m’attends à ce que cela nous incite à faire mieux à l’avenir pour respecter, représenter et célébrer les nombreuses cultures qui existent à Medford. »

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