Moscou opposé à des sanctions après des essais de missiles par Téhéran
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Moscou opposé à des sanctions après des essais de missiles par Téhéran

La Russie a estimé que ces tirs balistiques ne violaient pas les résolutions de l'ONU ; Ban n'a pas clarifié le caractère légal de ces tirs

Vitali Tchourkine, ambassadeur de la Russie aux Nations unies. (Crédit : capture d’écran YouTube)
Vitali Tchourkine, ambassadeur de la Russie aux Nations unies. (Crédit : capture d’écran YouTube)

La Russie s’est déclarée lundi fermement opposée à des sanctions internationales contre l’Iran pour ses récents essais de missiles, estimant que ces tirs ne violaient pas les résolutions de l’ONU.

Des consultations à ce sujet au Conseil de sécurité, réclamées par Washington, n’ont débouché sur aucun résultat concret ni aucune prise de position commune.

« En un mot, la réponse est clairement non », a répondu l’ambassadeur russe Vitali Tchourkine à des journalistes qui l’interrogeaient à ce propos, juste avant des consultations aux Nations unies sur ce dossier réclamées par les Etats-Unis.

La Russie, membre permanent du Conseil de sécurité, a droit de veto sur toute décision. Selon des diplomates, la Chine, également membre permanent, ou le Venezuela sont aussi très réticents à sanctionner l’Iran.

Les Etats-Unis avaient demandé à ce que le Conseil tienne des consultations à huis clos pour discuter des « dangereux tirs » de missiles balistiques par l’Iran, qui contreviennent à la résolution 2231.

Aux termes de cette résolution, l’Iran est toujours tenu de s’abstenir de lancer des missiles balistiques pouvant être équipés d’ogives nucléaires, même si les sanctions internationales imposées à Téhéran ont été levées en vertu de l’accord nucléaire conclu en juillet dernier avec les grandes puissances et entré en vigueur au début de l’année.

Le régime chiite a indiqué avoir procédé la semaine dernière à une série de tests de missiles balistiques. Un responsable militaire iranien a affirmé que ces missiles pouvaient « effacer » Israël.

Juste avant la réunion du Conseil, l’ambassadeur israélien à l’ONU Danny Danon a appelé les 15 pays membres à « appliquer des mesures punitives claires » contre Téhéran afin de lui envoyer « un message sans ambiguïté ».

« Si le Conseil de sécurité n’agit pas (…) nous donnerons à l’Iran un feu vert pour continuer ses essais de missiles », a-t-il ajouté.

« L’histoire nous a appris que nous ne pouvons pas nous enfouir la tête dans le sable, il faut agir contre l’Iran », a-t-il ajouté.

Se référant à la menace de rayer Israël de la face de la terre qui a été écrite sur l’un des missiles tirés, Danon a demandé aux pays membres : « s’il avait été écrit que l’Angleterre, la France, le Japon ou tout autre pays, devaient être effacés de la terre, est-ce que le Conseil de sécurité siègerait en silence ? ».

Selon Danon, « les mesures punitives contre l’Iran » sont le seul moyen de faire en sorte que l’Iran cesse ses tests sur des missiles capables de transporter une ogive nucléaire.

L'ambassadeur israélien, Danny Danon, Nations unies devant le Conseil de sécurité des Nations unies, le 22 octobre 2015 (Crédit : Mission permanente d'Israël auprès de l'ONU)
L’ambassadeur israélien, Danny Danon, Nations unies devant le Conseil de sécurité des Nations unies, le 22 octobre 2015 (Crédit : Mission permanente d’Israël auprès de l’ONU)

La résolution 2231 « appelle l’Iran à ne pas entreprendre d’activité liée aux missiles balistiques conçus pour être capables de lancer des armes nucléaires ».

« Un appel n’est pas la même chose qu’une interdiction », a fait valoir M. Tchourkine devant les journalistes. De plus, a-t-il ajouté, il faudrait prouver que les missiles iraniens « ont été conçus » pour avoir un emport nucléaire, un point sur lequel « la Russie n’a pas d’information ».

Selon M. Tchourkine, quand il a affirmé à ses partenaires qu’il n’y avait pas violation, ni de la résolution 2231 ni de l’accord nucléaire conclu avec l’Iran, « il n’y a pas eu d’objection autour de la table ».

Tout en estimant que Téhéran manifestait « un mépris flagrant pour la résolution 2231 », l’ambassadeur britannique à l’ONU Matthew Rycroft a dit ne s’attendre à aucune prise de position du Conseil dans l’immédiat.

Mme Power a simplement affirmé à la presse que les tirs iraniens « bravaient certaines dispositions » de la résolution 2231 mais elle n’a pas prononcé le mot « violation ». « Nous pouvons aussi envisager une réponse nationale adaptée », a-t-elle indiqué.

L’ambassadrice américaine Samantha Power a cependant affirmé que les Etats-Unis « ne renonçaient pas » à faire condamner les récents essais balistiques iraniens. Washington juge que ces tirs « dangereux, déstabilisateurs et provocateurs (…) méritent une réponse du Conseil ».

Washington va notamment « fournir des informations techniques » à l’appui de ses accusations, a-t-elle expliqué.

Dans un communiqué publié vendredi, l’ambassadrice américaine Samantha Power avait souligné « la nécessité de travailler avec nos partenaires dans le monde pour freiner et affaiblir le programme balistique de l’Iran ». Washington « envisage aussi une réponse nationale appropriée », avait-elle ajouté.

Samantha Power à Even Yehuda, le 15 février 2016 (Crédit : AFP/Jack Guez)
Samantha Power à Even Yehuda, le 15 février 2016 (Crédit : AFP/Jack Guez)

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault a pour sa part agité dimanche la menace de sanctions européennes contre l’Iran, à l’issue d’une réunion à Paris avec ses homologues américain, britannique, allemand, italien et de l’Union européenne.

Jeudi le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon avait appelé l’Iran à « agir avec modération (…) et à ne pas faire monter la tension par des actions précipitées ».

Mais M. Ban ne s’était pas prononcé clairement sur le fait de savoir si ces essais étaient ou non conformes aux résolutions de l’ONU, soulignant que cela était « du ressort du Conseil de sécurité ».

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