Netanyahu et Yaalon veulent mettre fin à la querelle sur les valeurs de Tsahal
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Netanyahu et Yaalon veulent mettre fin à la querelle sur les valeurs de Tsahal

Pour le Premier ministre et le ministre de la défense, il n’y a pas de différend, l’armée est subordonnée au politique

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense Moshe Yaalon pendant une conférence de presse au Gush Etzion en Cisjordanie, le 23 novembre 2015. (Crédit : Emil Salman / Pool)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense Moshe Yaalon pendant une conférence de presse au Gush Etzion en Cisjordanie, le 23 novembre 2015. (Crédit : Emil Salman / Pool)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense Moshé Yaalon semblent dépasser un accrochage sur les remarques controversées d’un général haut gradé et des critiques qui ont suivies. Ils ont publié un communiqué commun laconique après une rencontre sous haute tension lundi matin.

« Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense Moshé Yaalon se sont vus ce matin et ont clarifié le sujet », est-il écrit dans ce communiqué, publié par les bureaux du Premier ministre et du ministre de la Défense. « Il n’y a pas de différend, et il n’y en a jamais eu, l’armée est subordonnée à l’échelon politique, et les officiers sont libre d’exprimer leurs opinions devant les publics pertinents. »

Le communiqué s’arrête ici, et les portes-paroles ont décliné tout commentaire supplémentaire.

Ce communiqué a été publié après une rencontre entre Netanyahu et Yaalon à Jérusalem, à la suite d’une échauffourée verbale dimanche soir après le soutien de Yaalon au voce chef d’Etat-major, Yair Golan, qui avait été critiqué par le Premier ministre et d’autres politiciens pour avoir semblé comparer certaines catégories de la société israélienne avec l’Allemagne pré-Seconde Guerre Mondiale.

« Nous pensions que ce sujet avait été clos la semaine dernière. Le Premier ministre veut savoir pourquoi il était si crucial pour Yaalon de le rouvrir maintenant », avait déclaré un officiel du bureau du Premier ministre.

La conversation n’est pas une « réprimande », a expliqué l’officiel, mais simplement une « clarification ».

Selon la Deuxième chaîne, certains proches du ministre de la Défense craignent que ce désaccord ne coûte son poste à Yaalon, et qu’il soit attribué à Avigdor Liberman, le chef du parti d’extrême-droite Yisrael Beytenu, qui est pour l’instant dans l’opposition, ayant décidé de ne pas rejoindre le gouvernement de Netanyahu après les élections de 2015.

Le député Avigdor Liberman, président du parti Yisrael Beytenu, arrive à la cour militaire pour soutenir Elor Azaria, un soldat israélien accusé d'avoir tué un assaillant palestinien blessé à Hébron, le 29 mars 2016. (Crédit : Flash90)
Le député Avigdor Liberman, président du parti Yisrael Beytenu, arrive à la cour militaire pour soutenir Elor Azaria, un soldat israélien accusé d’avoir tué un assaillant palestinien blessé à Hébron, le 29 mars 2016. (Crédit : Flash90)

En pleine discussion pour étendre la coalition, qui a pour l’instant la majorité la plus faible possible (61 voix contre 59), Liberman pourrait intégrer le gouvernement avec le portefeuille de la Défense, selon la chaîne, annonçant un nouveau chapitre des relations Netanyahu-Liberman suite à une profonde dispute qui a émergé après les élections l’année dernière.

Yaalon, qui est dans le parti de Netanyahu, le Likud, a aussi été critiqué par d’autres ministres du Likud lundi après son discours.

« L’Etat contrôle l’armée, et pas le contraire », a déclaré lundi matin Yuval Steinitz, ministre de l’Energie, à la radio militaire. « Dans toute démocratie bien gérée, les officiers militaires, comme les policiers, n’expriment pas leur opinion et ne critique pas le Parlement. »

La ministre de la Culture Miri Regev a accusé Yaalon d’être confus, s’attirant des critiques de populisme de la part de proches de Yaalon, a annoncé la Dixième chaîne.

Yair Golan, vice-chef d'Etat-major, en août 2015. (Crédit : Gefen Reznik / Porte parole)
Yair Golan, vice-chef d’Etat-major, en août 2015. (Crédit : Gefen Reznik / Porte parole)

Dans son discours de dimanche, Yaalon avait semblé soutenir le discours du vice chef d’Etat-major Yair Golan d’il y a deux semaines, à l’occasion de Yom HaShoah, qui semblait comparer « certaines tendances » en Israël à l’Allemagne pré-nazie. Le discours de Golan avait été férocement critiqué par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui aurait aussi réprimandé Yaalon pendant un appel téléphonique « tendu ».

Contrairement à Netanyahu, Yaalon a rejeté les détracteurs de Golan, disant qu’il avait une « confiance totale » dans le « valeureux et accompli » chef d’Etat major adjoint.

Golan a précisé qu’il n’avait jamais eu l’intention de comparer Israël à l’Allemagne pré-Seconde Guerre mondiale, et Netanyahu a souligné la semaine dernière que le sujet était « derrière nous ».

Yaalon a redoublé dimanche de soutien envers l’armée, après un débat public sur l’inculpation pour homicide involontaire d’Elor Azaria, qui a tué un attaquant palestinien désarmé à Hébron en mars.

« Ces derniers mois, nous nous sommes retrouvés à combattre une minorité extrémiste, travaillant sur le terrain et sur les réseaux sociaux. Certains ont infiltré la société [israélienne], clandestinement et déguisés, et essaient d’influencer l’image et les valeurs de l’armée israélienne », a déclaré Yaalon pendant son discours devant la direction de l’armée au siège du ministère de la Défense à Tel Aviv.

Le combat contre ce groupe « me tient éveillé la nuit », a déclaré le ministre de la Défense, ajoutant que cela le « détermine à le combattre ».

Le sujet n’est pas de « gauche ou de droite », a continué le ministre de la Défense. L’armée ne permettra pas « [des soldats à] la gâchette facile, la revanche, ou la perte de contrôle de soi », a-t-il déclaré.

Le ministre de la Défense Moshe Yaalon (au centre) et le vice chef d'Etat-major Yair Golan (à droite), le 14 avril 2015. (Crédit : Ariel Hermoni/ministère de la Défense/Flash90)
Le ministre de la Défense Moshe Yaalon (au centre) et le vice chef d’Etat-major Yair Golan (à droite), le 14 avril 2015. (Crédit : Ariel Hermoni/ministère de la Défense/Flash90)

Au même moment, le ministre de la Défense a soutenu que « nous soutiendrons ceux qui font des erreurs de bonne foi, mais nous ne tolérerons pas ceux qui rejettent l’autorité et agissent contre la loi et [nos] valeurs ».

« Continuez à dire ce que vous pensez et faites le même si vos propos ne font pas partie du courant majoritaire ou des positions et des idées de vos commandants ou de la direction politique », a déclaré Yaalon lors d’une réception à Tel-Aviv rassemblant tous les hauts gradés de l’armée.

S’adressant aux plus hauts généraux de l’armée israélienne, il les a chargé de « ne pas craindre, ne pas hésiter, ne pas être dissuadé. Soyez courageux non seulement sur le champ de bataille, mais aussi dans les salles de briefing. Une bonne armée est une armée dont les officiers, hauts gradés ou pas de la même manière, se sentent sûrs de leur capacité à exprimer leurs idées à tout moment, en sachant qu’ils ne seront pas blessés ».

« Ceci est ma consigne pour vous, commandants de l’armée israélienne, et cela devrait être votre consigne à vos subordonnés : continuez à agir en accord avec votre conscience humaine et votre boussole morale, et pas selon la manière dont les vents soufflent », a-t-il ajouté.

Un communiqué du bureau du Premier ministre a précisé dimanche que Netanyahu donnait son « soutien complet » à l’armée israélienne, mais a répété que les remarques de Golan étaient « inappropriées ».

« Les officiers de Tsahal expriment librement leurs opinions, devant le public pertinent et sur les sujets qui relèvent de leurs compétences, était-il écrit dans le communiqué du bureau de Netanyahu. L’armée israélienne est l’armée du peuple et doit rester en dehors des débats politiques. »

Le Premier ministre « pense fermement que la comparaison à l’Allemagne nazie était une déclaration inappropriée, à un moment inapproprié, et a nui à Israël sur la scène internationale », a-t-il ajouté.

Le débat sur les valeurs de l’armée a dominé le débat public suite à l’inculpation d’Azaria et à la critique par Golan de la société israélienne.

Les remarques de Yaalon ont été saluées dimanche par le président du parti Yesh Atid, Yair Lapid.

Le chef du parti Yesh Atid, le député Yaïr Lapid lors de la conférence de presse avec la presse étrangère à Jérusalem, le lundi 25 janvier 2016 (Crédit : Capture d'écran)
Le chef du parti Yesh Atid, le député Yaïr Lapid lors de la conférence de presse avec la presse étrangère à Jérusalem, le lundi 25 janvier 2016 (Crédit : Capture d’écran)

« [Yaalon] a raison. L’armée israélienne est l’armée la plus morale du monde, mais seulement parce qu’elle s’engage dans une discussion continue, ouverte et courageuse sur ses valeurs et les dilemmes qu’elle affronte », a-t-il écrit sur Facebook.

« Les officiers peuvent parfois faire des erreurs mais des officiers qui réfléchissent et font des erreurs sont préférables à des officiers qui ne s’interrogent pas sur les valeurs », a ajouté Lapid.

Le député du parti Koulanou Michael Oren, ancien ambassadeur israélien aux Etats-Unis, a également soutenu Yaalon, affirmant que la « séparation entre la direction civile et l’armée en Israël est l’un des principes basiques de la démocratie, et doit être protégé. »

Mercredi, à Yom HaZikaron, Yaalon avait déclaré que les soldats devaient montrer de la retenue, appliquer leurs valeurs et ne pas perdre la tête », même au cœur du combat.

« Même dans les moments difficiles, quand votre sang bout et que la rage est grande, malheur sur nous si nous perdons notre voie et nos valeurs », avait déclaré Yaalon au cimetière militaire de Kiryat Shaul, à Tel Aviv. Yaalon a prévenu que la force excessive était susceptible de mener Israël vers « les abysses ».

L’équipe du Times of Israël et l’AFP ont contribué à cet article.

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