Netanyahu doit jouer les équilibristes face à la montée des violences
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Netanyahu doit jouer les équilibristes face à la montée des violences

La coalition au pouvoir est l'une des plus à droite de l'histoire d'Israël, mais elle est aussi très étroite

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 20 septembre 2015 (Crédit : Ohad Zwigenberg / Pool)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 20 septembre 2015 (Crédit : Ohad Zwigenberg / Pool)

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu est soumis jusqu’au sein de son gouvernement aux pressions de la droite qui, face à l’escalade des violences, réclame non seulement une répression plus dure, mais de nouvelles constructions dans les implantations.

Le dilemme auquel est confronté M. Netanyahu, réputé pour être un manoeuvrier adroit, est apparu en pleine lumière lundi soir, lorsque des milliers de manifestants de droite, parmi lesquels de nombreux résidents d’implantations, se sont rassemblés devant sa résidence à Jérusalem pour réclamer plus de sécurité et plus d’implantations.

Trois de ses propres ministres ainsi que des membres de son propre parti, comme le remuant député Oren Hazan, s’étaient joints à la protestation.

« Quand un terroriste décide de jeter une pierre, il faut l’expulser, lui et toute sa famille, il faut le déchoir de na nationalité. Il faut leur faire mal », a déclaré Hazan à l’AFP.

L’appel à châtier plus durement les terroristes ou les émeutiers ne constituait qu’une partie du double message de ce rassemblement.

Les manifestants ont aussi exhorté Netanyahu à la reprise vigoureuse des constructions dans les implantations.

« Le gel de la construction est perçu comme un signe de faiblesse », a estimé le ministre des Affaires sociales Haim Katz.

Haim Katz, devant la résidence du Preier ministre s'adresse à une foule de manifestants de droite, le 5 octobre 2015 (Crédit : capture d'écran)
Haim Katz, devant la résidence du Preier ministre s’adresse à une foule de manifestants de droite, le 5 octobre 2015 (Crédit : capture d’écran)

Des membres de la droite ont aussi demandé qu’Israël arrête à nouveau les centaines de Palestiniens relâchés en 2011 en échange de la liberté pour le soldat Gilad Shalit, capturé par l’organisation terroriste Hamas.

Netanyahu est depuis mai à la tête de l’un des gouvernements les plus à droite de l’histoire d’Israël, une équipe qui fait la part belle aux nationalistes et aux partisans déclarés de la construction. L’une de ses principales personnalités, Naftali Bennett, s’oppose ouvertement à un Etat palestinien indépendant et prône une annexion partielle de la Cisjordanie.

Ce gouvernement est également considéré comme extrêmement précaire, avec une majorité d’une seule voix au Parlement qui rend ses choix difficiles.

Les durs réfléchiront

Une grande partie de la droite et des 400 000 résidents israéliens qui vivent une coexistence conflictuelle avec les 2,8 millions de Palestiniens de Cisjordanie, est remontée depuis l’assassinat jeudi d’un couple d’Israéliens, criblés de balles sous les yeux de quatre de leurs six enfants dans un attentat attribué à une cellule du Hamas.

Deux jours plus tard, un Palestinien a mortellement poignardé un soldat (Aharaon Benet) et un rabbin (Nehemia Lavi) dans la Vieille ville de Jérusalem.

Les victimes de l'attaque fatale de Jérusalem le samedi 3 octobre 2015 :Néhémie Lavi, 41 ans (à gauche) de Jérusalem, et Aharon Banita, 22 ans (droite) de Beitar Illit. (Crédit : Autorisation)
Les victimes de l’attaque fatale de Jérusalem le samedi 3 octobre 2015 :Néhémie Lavi, 41 ans (à gauche) de Jérusalem, et Aharon Banita, 22 ans (droite) de Beitar Illit. (Crédit : Autorisation)

M. Netanyahu a surenchéri dans la rhétorique musclée. Il a déclaré « la guerre » aux lanceurs de pierres, puis un combat « jusqu’à la mort » contre les auteurs d’attentats. Il a aussi affranchi l’armée et la police de toute limite dans leur action.

Une série de mesures a été annoncée : renforts en Cisjordanie et à Jérusalem, assouplissement des règles d’ouverture du feu, démolitions punitives accélérées, peines planchers, recours accru aux emprisonnements sans inculpation ni procès.

Cela n’a pas fait taire les critiques. M. Netanyahu doit à la fois accommoder ses alliés et veiller à ne rien faire qui provoque un embrasement, selon les analystes.

« Netanyahu est passé maître dans l’art de naviguer entre une coalition de droite avec les apparences de Monsieur sécurité, et la nécessité de faire en sorte que la situation ne dégénère pas », dit à l’AFP le professeur de sciences politiques Gayil Talshir.

« Seulement, aujourd’hui, c’est plus compliqué parce qu’il n’y a pas de parti centriste dans sa coalition », ajoute-t-il.

Netanyahu doit aussi composer avec la communauté internationale, qui critiquerait l’annonce de nouvelles constructions. La Jordanie et l’Egypte, les deux seuls pays arabes à avoir fait la paix avec Israël, suivent de près l’évolution de la situation.

Netanyahu détient cependant un atout majeur, estime Gayil Talshir, car « les durs savent que ce gouvernement est probablement le plus à droite qu’ils peuvent espérer ».

« Ils n’auront jamais une meilleure coalition que celle-ci et réfléchiront à deux fois avant de provoquer de nouvelles élections ».

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