Netanyahu : je n’avais pas l’intention « d’absoudre Hitler » pour la Shoah
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Netanyahu : je n’avais pas l’intention « d’absoudre Hitler » pour la Shoah

Le Premier ministre a indiqué que le dirigeant nazi n'avait decidé d'exterminer les Juifs qu'à la suite de sa rencontre avec le mufti de Jérusalem en 1941

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors de la conférence du 37e Congrès sioniste mondial au Convention Center de Jérusalem, le 20 octobre 2015. (Crédit phoro : Yonatan Sindel / Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors de la conférence du 37e Congrès sioniste mondial au Convention Center de Jérusalem, le 20 octobre 2015. (Crédit phoro : Yonatan Sindel / Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a subi mercredi une avalanche de condamnations après qu’il a affirmé que le dirigeant nazi Adolf Hitler n’avait décidé de l’extermination massive des Juifs d’Europe qu’après que le grand mufti de Jérusalem de l’époque, Hadj Amin al-Husseini, un nationaliste palestinien largement connu pour sa haine des Juifs, lui en a suggeré l’idée.
 
Pendant un discours prononcé mardi devant les délégués du Congrès juif mondial à Jérusalem, Netanyahu a affirmé que le führer n’avait pas initialement l’intention d’anéantir les Juifs, mais qu’il avait cherché à les expulser d’Europe.

Selon la version du Premier ministre des événements, Hitler a changé d’avis après une rencontre avec al-Husseini – qui était grand mufti de Jérusalem de 1921 à 1948, et président du Conseil suprême musulman 1922 au 1937 – à Berlin fin 1941.

« Hitler ne voulait pas exterminer les Juifs à l’époque [de la rencontre entre le mufti et le leader nazi], il voulait expulser les Juifs », a déclaré Netanyahu. « Et Hadj Amin al-Husseini est allé voir Hitler et lui a dit : « Si vous les expulsez, ils vont tous venir ici [en Palestine mandataire], » a ajouté le Premier ministre.

« Alors, que dois-je faire avec eux ? a-t-il demandé [Hitler] », selon Netanyahu. « Il [Husseini] a dit, « les brûler. »

Netanyahu parlait dans le contexte des accusations palestiniennes de longue date – le mufti était l’un des premiers à colporter de telles allégations contre les Juifs dans la Palestine mandataire – selon lesquelles Israël cherche à prendre le contrôle du mont du Temple à Jérusalem.

Les accusations ont alimenté la récente vague d’attaques contre les Israéliens dans et autour de Jérusalem. Israël a démenti à plusieurs reprises les allégations selon lesquelles il souhaite changer le status quo sur le mont, qui abrite la mosquée Al-Aqsa et qui est saint tant pour les Juifs que pour les Musulmans. Selon le status quo, les Juifs peuvent se rendre sur le mont du Temple, mais pas y prier.

PM Netanyahu at the 37th Zionist World Congress

Prime Minister Benjamin Netanyahu's remarks at the 37th Zionist World CongressVideo: GPO

Posted by The Prime Minister of Israel on Tuesday, 20 October 2015

Une écrasante majorité des historiens de la Shoah rejettent l’idée qu’al-Husseini avait suggéré à Hitler l’idée d’une « solution finale » pour les Juifs d’Europe.

Tom Segev, un historien israélien de premier plan qui a mené des recherches approfondies sur la Shoah, a déclaré mercredi au Times of Israel que l’idée qu’Hitler avait besoin d’être convaincu d’exterminer les Juifs était « entièrement absurde. »

Il a souligné qu’on « peut sûrement dire que [al-Husseini] était un criminel de guerre, mais on ne peut pas dire qu’Hitler avait besoin de ses conseils ».

Segev, né à Jérusalem de parents qui avaient échappé à l’Allemagne nazie en 1933, a en outre souligné qu’au moment où Husseini et Hitler se sont rencontrés en 1941, l’anéantissement des Juifs avait déjà commencé. En fait, des centaines de milliers de Juifs avaient été tués par les nazis et leurs collaborateurs au moment de la rencontre.

« Donc, le mufti aurait dit Hitler,’Brûlez-les’, et Hitler aurait répondu ‘Oh, quelle bonne idée’, » a ajouté Segev ironiquement.

D’autres commentateurs ont souligné qu’Hitler avait discuté de l’extermination possible des Juifs d’Europe dès 1939, avant même que la Seconde Guerre mondiale n’ait commencé, et certainement avant sa rencontre avec al-Husseini.

L’ordre de procéder à une solution finale contre les Juifs a été donné en juillet 1941 – plusieurs mois avant la rencontre du mufti avec Hitler – après quoi l’infâme Conférence de Wannsee a été convoquée afin de finaliser la logistique et les détails de l’assassinat en masse.

Une photo de la  rencontre de 1941  entre Adolf Hitler et le leader palestinien Hadj Amin al-Husseini (Crédit : Heinrich Hoffmann Collection/Wikipedia)
Une photo de la rencontre de 1941 entre Adolf Hitler et le leader palestinien Hadj Amin al-Husseini (Crédit : Heinrich Hoffmann Collection/Wikipedia)

Il convient de noter, néanmoins, que la Conférence de Wannsee, tenue à le 20 janvier 1942, a eu lieu après la rencontre entre Hitler et al-Husseini.

La théorie selon laquelle al-Husseini a joué un rôle dans l’origine du plan de commettre le génocide contre les Juifs a été soulevée par un certain nombre d’historiens, y compris David Dalin et John Rothmann, mais a été refutée par une grande majorité des spécialistes de la Shoah.

Le discours de mardi de Netanyahu ne correspondait pas à la première fois où le dirigeant israélien a offert sa version alternative concernant le rôle du mufti dans la Shoah.

« Hadj Amin al-Husseini était l’un des principaux architectes de la solution finale, » avait-il dit en 2012 lors d’un discours à la Knesset. « Lui, plus que quiconque, a convaincu [Hitler] de mettre en œuvre la Solution finale, et de ne pas laisser les Juifs quitter [l’Europe]. Parce que, à Dieu ne plaise, ils viendraient ici. Il vaut mieux qu’ils soient anéantis, brûlés, là-bas. »

Le Premier ministre a été vivement critiqué dans l’arène politique pour ses propos, qui ont été décrits comme inexacts, au mieux, et au pire, comme ayant un relent de négation de la Shoah.

Affirmer que le mufti avait suggéré à Hitler l’idée de la solution finale revient pour certains, à absoudre Hitler et les nazis, au moins partiellement, pour avoir orchestré le génocide systématique et sans précédent des Juifs.

« Ceci est une distorsion dangereuse de l’histoire et je demande que Netanyahu la corrige immédiatement, car il banalise la Shoah, la part des nazis, et du terrible dictateur Adolf Hitler dans la terrible tragédie de notre peuple, » a déclaré dans un communiqué le chef de l’opposition israélienne, Isaac Herzog.

« Cela tombe comme un fruit mûr directement entre les mains des négationnistes de la Shoah, et les implique dans le conflit israélo-palestinien.

« Netanyahu a oublié qu’il est non seulement le Premier ministre israélien, il est aussi le Premier ministre du peuple juif. Personne ne m’apprendra à quel point le mufti était un ennemi d’Israël. Il a donné l’ordre d’assassiner mon grand-père, le rabbin [Yitzhak Halevi] Herzog, et a activement soutenu Hitler, » a ajouté Herzog.

גם בן של היסטוריון צריך לדייק בהיסטוריה.אתמול אמר נתניהו לפני הקונגרס הציוני שהנאצים לא רצו לחסל את היהודים אלא רק לגר…

Posted by ‎יצחק (בוז'י) הרצוג – Isaac Herzog‎ on Tuesday, 20 October 2015

Zahava Galon during a Knesset meeting (photo credit: Miriam Alster/Flash90)
Zahava Galon during a Knesset meeting (photo credit: Miriam Alster/Flash90)

Zahava Gal-on, la chef de file du parti de gauche Meretz, était encore plus virulente, affirmant qu’elle ressentait de la « honte » pour Netanyahu.

« Ceci n’est pas le discours de [politicien autrichien d’extrême droite] Jörg Haider. Cela ne fait pas partie du doctorat du [président de l’Autorité palestinienne Mahmoud] Abbas [qui avait accusé le mouvement sioniste d’avoir collaboré avec le nazisme et avait minimisé l’ampleur de la Shoah]. C’est une citation absolument exacte du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu … C’est incroyable, » a déclaré Galon dans un communiqué.

« Peut-être devrions-nous exhumer les 33 771 Juifs assassinés à Babi Yar en Septembre 1941, deux mois avant la rencontre entre le mufti et Hitler, et leur faire savoir que les nazis n’avaient pas l’intention de les exterminer. Peut-être que Netanyahu le dira à mes parents assassinés par les nazis en Lituanie avec près de 200 000 membres de la communauté juive là-bas, bien avant que le mufti et Hitler ne se soient rencontrés », a-t-elle poursuivi.

« J’ai honte pour vous, Monsieur le Premier ministre, » a ajouté Gal-on.

"היטלר לא רצה להשמיד את היהודים בזמנו. הוא רצה לגרש אותם. וחאג' אמין אל חוסייני הלך אליו ואמר 'אם תגרש אותם כולם יבואו לכאן'. 'אז מה אעשה איתם?' שאל היטלר, וחוסייני ענה 'שרוף אותם'." זה לא נאום של יורג היידר. זה לא קטע מהדוקטורט של אבו-מאזן. זה ציטוט אמיתי לחלוטין של ראש ממשלת ישראל בנימין נתניהו אתמול מעל בימת הקונגרס הציוני. לראות ולא להאמין.אולי כדאי להוציא מהקבר את 33,771 היהודים שנרצחו בבאבי יאר בספטמבר 1941, חודשיים לפני שהמופתי והיטלר בכלל נפגשו, ולעדכן אותם שהנאצים בכלל לא התכוונו להשמיד אותם.אולי שנתניהו יספר את זה לקרובי משפחתי מליטא שנרצחו על ידי הנאצים יחד עם עוד כמעט מאתיים אלף בני הקהילה היהודית שם, גם כן לפני שהמופתי והיטלר נפגשו. "היטלר לא רצה להשמיד את היהודים."לאיזה תהומות של שפלות יורד האיש הזה. כמה הוא מבזה אותנו כעם ואיך הוא גורר בבוץ את זכר הזוועות שעשו הנאצים ועוזריהם לעם היהודי. אני מתביישת בשבילך אדוני ראש הממשלה. את הניתוחים הפסיכולוגיים אשאיר לאחרים. דבר אחד אני כן יודעת: מי שלא מסוגל לפעול כדי לשנות את העתיד, כל מה שנשאר לו זה לשכתב את העבר.

Posted by ‎זהבה גלאון Zehava Galon‎ on Tuesday, 20 October 2015

Le leader de la Liste arabe unie Ayman Odeh a accusé Netanyahu de déformer l’histoire afin d’inciter à la haine contre le peuple palestinien.

« Les victimes de la monstruosité nazie, parmi elles des millions de Juifs, sont converties en propagande politique bon marché pour contribuer au refus de la paix », a dit Odeh. « Netanyahu prouve chaque jour combien il est dangereux pour les deux nations, et jusqu’où il est prêt à aller pour consolider son pouvoir et justifier sa politique catastrophique. »

Faisant écho aux paroles de Odeh, l’ancien négociateur en chef de l’Autorité palestinienne, Saeb Erekat, a affirmé que « Netanyahou déteste tellement les Palestiniens qu’il est prêt à absoudre Hitler pour l’assassinat de 6 millions de Juifs. » Il a ajouté que « au nom des milliers de Palestiniens qui ont combattu aux côtés des troupes alliées dans la défense de la justice internationale, l’Etat de Palestine dénonce les propos moralement indéfendables et inflammatoires [de Netanyahu].

Dans un communiqué publié mercredi après-midi, Netanyahu a affirmé que ses propos avaient été mal interprétés. Hitler, a-t-il dit, « était responsable de l’extermination de six millions de Juifs européens – personne ne le met en doute. » Mais, a-t-il ajouté, « nous ne devons pas ignorer qui était parmi ceux qui l’ont encouragé à adopter la solution finale. Il y a beaucoup de témoignages à cet effet, dont le témoignage de l’adjoint d’Eichmann au procès de Nuremberg ».

Parlant aux journalistes sur le tarmac de l’aéroport Ben-Gurion, Netanyahu a dit qu’il n’avait pas l’intention « d’absoudre Hitler de sa responsabilité », mais voulait plutôt montrer que « l’ancêtre du nationalisme palestinien, qui était sans Etat et sans ce qu’on appelle une « occupation », sans les territoires et sans les implantations, avait déjà le projet, à travers l’incitation systématique à la haine, d’anéantir les Juifs.

« A mon grand regret, Hadj Amin al-Husseini est jusqu’à ce jour une figure vénérée dans la société palestinienne – il apparaît dans les manuels scolaires et est célébré comme le père de la nation – et l’incitation qui a commencé avec lui, l’incitation à tuer des Juifs, persiste encore, » a-t-il dit. « L’incitation à la violence doit cesser si nous voulons mettre fin à ces meurtres. Il est primordial de reconnaître les faits historiques et ne pas les ignorer ».

היטלר הוא האחראי להשמדתם של שישה מיליון יהודי אירופה, איש לא מטיל בכך ספק. אך אסור להתעלם מזה שחאג' אמין אל-חוסייני היה …

Posted by ‎Benjamin Netanyahu – בנימין נתניהו‎ on Wednesday, 21 October 2015

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