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Opinion

Netanyahu pourra-t-il gouverner « pour tous les Israéliens » au vu de sa coalition ?

Le gouvernement en cours de formation ne représente pas les électorats divers d'Israël et ses membres prônent des politiques aux antipodes des valeurs de nombreux citoyens

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le président israélien Isaac Herzog, à droite, et le président du parti du Likud  Benjamin Netanyahu à la résidence du président à Jérusalem, le 13 novembre 2022. (Crédit : Menahem KAHANA / AFP)
Le président israélien Isaac Herzog, à droite, et le président du parti du Likud Benjamin Netanyahu à la résidence du président à Jérusalem, le 13 novembre 2022. (Crédit : Menahem KAHANA / AFP)

Après avoir accepté le mandat remis par le président, dimanche, qui lui a confié la responsabilité de former le gouvernement, le prochain Premier ministre Benjamin Netanyahu a voulu user de ses plus grands talents diplomatiques en adoptant un ton le plus conciliant qu’il soit.

En contraste avec le discours prononcé le soir de sa victoire aux élections, il a cette fois fait référence à deux reprises à la démocratie israélienne. Il a souligné l’impératif de garantir « les droits individuels de tous les citoyens » et il s’est engagé à être le Premier ministre de tous les Israéliens – « de ceux qui ont voté pour moi et de ceux qui n’ont pas voté pour moi ».

Prenant ses distances avec la rhétorique incendiaire qu’il avait employée pendant toute la campagne – fustigeant et dénonçant régulièrement ses adversaires, ces « gauchistes » qui venaient « mettre en danger l’existence même d’Israël » – il a juré de faire en sorte d’élargir les sphères de consensus dans le pays et de renforcer l’unité nationale parce que, a-t-il dit, « nous, citoyens d’Israël, sommes tous frères et nous sommes tous destinés à vivre les uns à côté des autres, avec toutes nos différences et tous nos contrastes ».

Et il s’est voulu rassurant auprès des alliés régionaux et des potentiels partenaires d’Israël, soulignant sa détermination à conclure de nouveaux accords, affirmant que la majorité des populations de la région ont soif de paix et disant que si l’élargissement des accords de paix permettront de mettre fin au conflit opposant Israël aux pays arabes, ils présentent également le potentiel d’entraîner, à terme, la fin du conflit israélo-palestinien.

Il a reconnu que la formation attendue de son gouvernement de droite, d’extrême-droite et religieux – les partis qui le constituent ont remporté à peine la moitié du vote populaire – avait entraîné la panique dans certains cercles, avec la perspective d’un pays « entrant dans un tunnel sombre », d’une « fin d’Israël ». Il a toutefois écarté d’un revers de la main ces discours apocalyptiques en disant qu’ils étaient prévisibles et infondés.

Le fait est néanmoins qu’une coalition comprenant son Likud, de plus en plus va-t-en-guerre, la formation d’extrême-droite HaTzionout HaDatit et les deux partis ultra-orthodoxes, Shas et Yahadout HaTorah, ne représente pas véritablement les divers électorats d’Israël et qu’un grand nombre de ses membres adoptent des positionnements ou prônent des politiques d’une portée immense qui sont profondément contradictoires avec les valeurs fondamentales, avec les intérêts et avec les besoins d’un grand nombre d’Israéliens.

Les partis ultra-orthodoxes ont des exigences pour entrer dans la coalition. Parmi ces dernières, la garantie que leur communauté ne sera pas soumise au service militaire, que d’importantes sommes de l’argent sorti des poches des contribuables seront versées pour subventionner l’étude de la Torah à plein temps, et que des matières scolaires du tronc commun, comme les mathématiques et l’anglais, ne seront pas imposées aux élèves qui fréquentent leurs établissements. En répondant à ces demandes, Netanyahu aiderait à approfondir encore l’exclusion des hommes ultra-orthodoxes du marché du travail, il plongerait davantage la communauté dans la pauvreté – ce qui nécessiterait encore d’autres subventions gouvernementales, alourdissant encore le fardeau posé sur les épaules des contribuables et affaiblissant l’économie nationale solide dont il est fier, et à juste titre.

Le parti HaTzionout HaDatit, de son côté, demande des postes ministériels de premier plan, proportionnellement à sa démonstration de force aux élections. Itamar Ben Gvir, député provocateur, extrémiste, qui a connu des démêlés avec la justice, qui prône le droit à la prière juive sur le mont du Temple et l’annexion de toute la Cisjordanie sans octroyer l’égalité des droits aux Palestiniens qui y vivent, cherche à prendre la tête de la police en tant que ministre de la Sécurité intérieure. Et le leader tout aussi anti-arabe, anti-gay, anti-Judaïsme non-orthodoxe de la faction, Bezalel Smotrich, a réclamé le portefeuille du ministère de la Défense – après avoir largement évité le service militaire et après, semble-t-il, avoir échappé de peu à des poursuites judiciaires pour avoir programmé une attaque contre des automobilistes sur l’autoroute d’Ayalon, pour tenter de déjouer le désengagement de Gaza, en 2005.

Les députés des quatre formations de la coalition naissante, pour leur part, ont exercé des pressions en faveur de la dite clause « dérogatoire », qui vise à empêcher la Cour suprême de rejeter des textes de loi et des décisions gouvernementales qui contreviendraient aux Lois fondamentales quasi-constitutionnelles en Israël – ces législations discriminatoires à l’égard des droits individuels des mêmes citoyens israéliens que Netanyahu s’engage à protéger, des lois qui cherchent à saper ces droits.

De manière peu surprenante, le parti Yesh Atid de Yair Lapid a fait savoir qu’il n’avait guère été convaincu par la promesse faite par Netanyahu de gouverner au nom de tous les Israéliens, émettant un communiqué qui a suivi la cérémonie organisée à la résidence présidentielle à l’occasion de la remise du mandat de formation du gouvernement au chef du Likud – un communiqué évoquant « un jour sombre pour la démocratie israélienne. »

Une réaffirmation « du processus démocratique » au sein de « l’État souverain, démocratique d’Israël », comme Netanyahu l’a prétendu ? Ou un jour sombre pour la démocratie, comme l’a affirmé Yesh Atid ? Dans la mesure où Netanyahu est bien déterminé à finaliser des accords avec ses partenaires et à mettre en place sa coalition dans les meilleurs délais, nous ne devrions pas tarder à le savoir.

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