Netanyahu sera interrogé par les députés sur le rapport sur Bordure protectrice
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Netanyahu sera interrogé par les députés sur le rapport sur Bordure protectrice

Karin Elharar affirme que le Premier ministre devra répondre aux familles des soldats morts au combat sur les échecs de l’opération

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Les députés Karin Elharar, au centre,  Merav Ben Ari, à gauche et Yaakov Margi pendant une conférence de presse portant sur la décision de la publication du rapport du contrôleur de l'Etat sur Bordure protectrice, à la Knesset, le 29 janvier 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Les députés Karin Elharar, au centre, Merav Ben Ari, à gauche et Yaakov Margi pendant une conférence de presse portant sur la décision de la publication du rapport du contrôleur de l'Etat sur Bordure protectrice, à la Knesset, le 29 janvier 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La commission de Contrôle de l’Etat organisera une réunion spéciale avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu en avril, pour discuter des conclusions du rapport du contrôleur de l’Etat sur la guerre de 2014 dans la bande de Gaza, a annoncé mardi matin Karin Elharar, députée de Yesh Atid qui préside la commission.

Le rapport cinglant, préparé par le contrôleur de l’Etat Yossef Shapira, a été publié mardi après-midi.

L’enquête devrait critiquer le Premier ministre, le ministre de la Défense et l’armée pour ne pas s’être préparés correctement aux tunnels d’attaque du Hamas utilisés pendant le conflit, l’opération Bordure protectrice.

« Le Premier ministre viendra devant la commission de Contrôle de l’Etat car il doit donner des réponses aux familles endeuillés, aux combattants préparant la prochaine guerre et à toute la nation d’Israël », a déclaré Elharar dans un communiqué.

Selon la députée, elle a tenté un « nombre incalculable de fois » d’organiser une telle réunion sur la guerre à Gaza, mais Netanyahu « a fait tout ce qu’il a pu pour l’éviter. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem, le 25 décembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem, le 25 décembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Alors que le rapport sur l’opération doit être publié, Elharar a déclaré qu’elle avait finalement reçu une demande de Netanyahu pour organiser cette réunion.

« Je ne permettrais pas au Premier ministre ou à quiconque d’éviter de donner des réponses pour être mieux préparé pour le prochain conflit », a-t-elle ajouté.

La réunion est prévue le 19 avril, a indiqué son bureau. « Mais si cela ne tenait qu’à moi, la réunion aurait pu avoir lieu la semaine prochaine », a-t-elle déclaré.

Ce mois-ci, la commission d’Elharar a donné son approbation finale au rapport. Il ne sera pas publié dans sa totalité. Elharar a indiqué que certaines parties de la section sur les tunnels ne seraient pas publiées car elles contiennent « des informations qui peuvent être utilisées contre nous ».

Dans les jours qui ont précédé cette publication, les politiciens israéliens se sont précipités pour préparer leurs éléments de langage et leurs stratégies afin d’inciter la population à croire leur version de la campagne militaire, certains attaquant même le contrôleur de l’Etat.

Le contrôleur de l’Etat, Yossef Shapira, a demandé mardi aux responsables politiques et militaires de se « concentrer sur l’étude du rapport et sur les leçons à en tirer, pas sur la diffamation. »

Yossef Shapira, contrôleur de l'Etat, pendant la présentation d'un rapport de son bureau à la Knesset, le 1er novembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Yossef Shapira, contrôleur de l’Etat, pendant la présentation d’un rapport de son bureau à la Knesset, le 1er novembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le rapport « révèle de graves échecs dans le travail du cabinet de sécurité, dirigé par le Premier ministre », a déclaré le contrôleur dans un communiqué.

Le communiqué déplore les tentatives de « délégitimer le bureau du contrôleur de l’Etat, et le contrôleur lui-même. »

Des copies divulguées du rapport très attendu de Shapira indiquent qu’il critiquera les échecs de l’armée à se préparer correctement à la menace des tunnels du Hamas pendant la guerre, et fustigera les dirigeants politiques qui n’ont pas dirigé correctement l’effort de guerre.

Selon certaines informations, Shapira montrerait des dissensions internes entre les membres du cabinet de sécurité, particulièrement entre Moshe Yaalon, alors ministre de la Défense, et Naftali Bennett, qui était ministre de l’Economie.

Naftali Bennett, à gauche, et Moshe Yaalon en session plénière de la Knesset, le 12 mars 2014. (Crédit : Flash90)
Naftali Bennett, à gauche, et Moshe Yaalon en session plénière de la Knesset, le 12 mars 2014. (Crédit : Flash90)

Très peu d’éléments du rapport sont susceptibles de choquer, mais sa publication permettra aux politiciens de discuter librement du sujet en public.

Pendant la réunion hebdomadaire du groupe parlementaire du Likud à la Knesset lundi, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a rejeté les accusations d’échec de l’opération militaire, affirmant qu’elle n’était rien d’autre qu’un succès retentissant.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant la réunion hebdomadaire du groupe parlementaire du Likud à la Knesset, le 27 février 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant la réunion hebdomadaire du groupe parlementaire du Likud à la Knesset, le 27 février 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Nous avons porté au Hamas le coup le plus dur qu’il a jamais reçu. Nous avons tué environ 1 000 terroristes du Hamas, leurs commandants. Nous avons abattu les tours terroristes, a déclaré Netanyahu. Nous avons agi avec responsabilité, et en coordination totale avec les échelons politique et militaire. »

L’opération Bordure protectrice qui a duré 50 jours avait commencé le 7 juillet 2014, peu après une opération de répression du terrorisme en Cisjordanie qui avait été déclenchée par l’enlèvement et le meurtre de trois adolescents israéliens par des terroristes du Hamas en juin 2014.

Pendant tout juin et juillet, des groupes terroristes gazaouis avaient tiré des roquettes sur les communes du sud d’Israël. L’armée avait répondu à ces roquettes avec des frappes limitées sur les sites de lancement, les caches d’armes et les ouvertures de tunnels.

Suite à plusieurs attaques contre des soldats israéliens grâce à des tunnels transfrontaliers du Hamas, Bordure protectrice, qui avait commencé comme une réponse aux roquettes, était devenue une mission de démolition des tunnels.

Ouverture d'un tunnel découvert par l'armée israélienne dans la bande de Gaza, le 20 juillet 2014. Illustration. (Crédit : armée israélienne)
Ouverture d’un tunnel découvert par l’armée israélienne dans la bande de Gaza, le 20 juillet 2014. Illustration. (Crédit : armée israélienne)

Le 26 août 2014, à la fin de la guerre, l’armée israélienne avait visé plus de 30 tunnels, dont 14 entraient en Israël. Au total, 73 personnes, 67 soldats et six civils, ont été tués côté israélien. A Gaza, plus de 2 000 personnes sont mortes. Israël estime que 50 % d’entre elles étaient des civils, et les Palestiniens placent cette estimation à 70 %.

Israël a affirmé que l’importante proportion de civils gazaouis tués était due au Hamas, qui a directement intégré son infrastructure militaire, notamment l’entrée de ses tunnels et ses lanceurs de roquettes, dans les quartiers résidentiels.

L’armée serait critiquée dans le rapport pour ne pas s’être préparée de manière adéquate à la menace des tunnels du Hamas et pour ne avoir été franche avec le cabinet de sécurité sur ses « manques de renseignements », selon un ancien ministre qui a demandé à rester anonyme.

Lundi, Liberman a refusé de commenter le contenu du rapport, déclarant aux journalistes qu’il ne le ferait qu’après la levée de l’embargo mardi.

Benny Gantz, alors chef d'Etat-major, s'adresse aux soldats israéliens à la frontière de la bande de Gaza, le 26 juillet 2014. (Crédit : unité des porte-paroles de l'armée israélienne/Flash90)
Benny Gantz, alors chef d’Etat-major, s’adresse aux soldats israéliens à la frontière de la bande de Gaza, le 26 juillet 2014. (Crédit : unité des porte-paroles de l’armée israélienne/Flash90)

Benny Gantz, qui était le chef d’Etat-major de Tsahal pendant la guerre, a soutenu les Renseignements militaires et a défendu sa propre conduite pendant la guerre vendredi pendant une conférence des vétérans de Havatzalot, un programme de renseignement d’élite.

« Pendant Bordure protectrice, les renseignements étaient excellents, géniaux, accessibles, mais pas toujours parfaits. Je suis prêt à partir pour la prochaine campagne avec les mêmes renseignements que nous avions pendant la dernière », a déclaré Gantz selon le quotidien Yedioth Ahronoth.
A l’attaque, le chef de l’opposition, Isaac Herzog, a déclaré lundi que le rapport était une « inculpation » de la gestion de Netanyahu pendant l’opération militaire.

« Cette inculpation ne se penche pas sur des cadeaux illégaux ou un comportement personnel inapproprié », a déclaré Herzog pendant la réunion hebdomadaire du groupe parlementaire de l’Union sioniste en faisant référence aux enquêtes en cours contre Netanyahu, « mais sur l’échec de la direction du pays, le mépris pour la vie humaine, l’abandon des soldats, des officiers, et des citoyens du sud [d’Israël]. »

Il a ajouté que « cette inculpation révèle comment le Premier ministre et son cabinet de sécurité ont échoué à comprendre les menaces, à mettre en place une stratégie pour y répondre et à préparer l’opération. »

Les dirigeants de l'Union sioniste, les députés Isaac Herzog et Tzipi Livni, lors d'une conférence de presse à Tel Aviv, le 18 mars 2015. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)
Les dirigeants de l’Union sioniste, les députés Isaac Herzog et Tzipi Livni, lors d’une conférence de presse à Tel Aviv, le 18 mars 2015. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Selon Herzog, le seul membre du cabinet de sécurité qui a agi correctement pendant la guerre était Tzipi Livni, sa numéro deux au sein de l’Union sioniste, et qui était assise à ses côtés pendant la réunion, et était alors ministre de la Justice.

Lundi matin, Livni avait déclaré que le brouhaha politique sur les dirigeants israéliens de l’époque qui devraient être critiqués dans le rapport n’était qu’une distraction de la spectaculaire absence de stratégie.

« Nous aurions dû résoudre le problème [des tunnels terroristes du Hamas] avant ce moment. Le fait que ce n’ait pas été fait au moment où l’opération [Bordure protectrice] a commencé est un grand échec », avait déclaré Livni.

« Israël n’a pas de stratégie vis-à-vis des Palestiniens en général, ou de Gaza en particulier, avait-elle prévenu. Nous n’avons pas à conclure un accord avec le Hamas, mais à rassembler le monde contre le Hamas pour qu’Israël ait la légitimité d’agir contre les tunnels dans toute opération future. »

Yair Lapid, le président de Yesh Atid, a pour sa part affirmé lundi que Netanyahu tentait de couvrir ses erreurs au lieu de les réparer.

« Ce qui est plus inquiétant que les erreurs, c’est le déni », a déclaré Lapid pendant la réunion hebdomadaire de son groupe parlementaire à la Knesset. « La tentative de traiter la perception publique, politique et médiatique se fait au dépens de la sécurité nationale. Ce n’est pas ainsi que l’on dirige un pays. »

Quand il lui a été demandé si, en tant que membre du cabinet de sécurité de l’époque, il était lui aussi responsable, Lapid a déclaré que « la responsabilité commence » avec le Premier ministre, mais a ajouté qu’il ne pensait pas que Netanyahu devait démissionner après la publication de ce rapport.

Raoul Wootliff et Marissa Newman ont contribué à cet article.

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