Netanyahu surestime le nombre des relations diplomatiques d’Israël
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Analyse

Netanyahu surestime le nombre des relations diplomatiques d’Israël

Le Premier ministre, qui est aussi en charge des Affaires étrangères, se vante souvent de relations avec 161 pays. Le véritable nombre a légèrement diminué depuis 2009

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avec une délégation de jeunes dirigeants d'Allemagne au ministère des Affaires étrangères, le 3 décembre 2015. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avec une délégation de jeunes dirigeants d'Allemagne au ministère des Affaires étrangères, le 3 décembre 2015. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Ces dernières semaines, le Premier ministre Benjamin Netanyahu, désireux de réfuter les affirmations disant qu’Israël souffre d’un isolement international en raison de ses politiques, s’est enthousiasmé du nombre record de pays avec lesquels Israël a des relations diplomatiques. Seul problème : ce n’est pas tout à fait vrai.

« Aujourd’hui, nous avons des relations diplomatiques avec 161 pays, plus qu’à tout autre moment de notre histoire. Et, en passant, il ne reste plus beaucoup de pays. Il y a environ 200 pays dans le monde », a-t-il dit le 22 mars pendant son discours à la conférence politique annuelle de l’AIPAC.

Deux semaines plus tôt, il avait cité le même nombre dans un discours à la Knesset, ajoutant qu’Israël coopérait même avec des États qui n’avaient pas de relations diplomatiques complètes avec l’Etat juif.

« Je peux compter sur mes dix doigts le nombre de pays qui n’ont aucune relation avec Israël : nous n’avons pas de relations avec la Corée du Nord, avec l’Iran, avec l’Etat islamique ou avec l’état des Houtis [au Yémen], c’est vrai. Mais nous avons des relations diplomatiques complètes avec la vaste majorité des pays du monde. Ce n’est pas Israël qui est isolé dans la communauté internationale, mais plutôt ces pays qui n’ont pas de relations avec Israël, et ce nombre continue de diminuer avec le temps. »

Dimanche soir, pendant une réception de Pessah organisée par son parti, le Likud, le Premier ministre, qui est aussi ministre des Affaires étrangères, a une fois encore tiré fierté du fait qu’Israël a « des relations diplomatiques officielles avec 161 pays ». Dans les années 1980, quand il était ambassadeur d’Israël aux Nations unies, a ajouté Netanyahu, Israël n’avait de relations qu’avec 80 pays. « Ce nombre a doublé. »

Cette dernière partie est vraie, notamment grâce à la chute de l’Union soviétique, qui a créé beaucoup de pays indépendants en Europe de l’Est et centrale, et aux accords d’Oslo, qui ont ouvert la voie à beaucoup de pays pour établir des relations diplomatiques avec Israël.

Mais il n’est pas vrai qu’Israël a actuellement des relations diplomatiques avec 161 pays. Le nombre s’établit plutôt à 158, a déclaré au Times of Israel le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Emmanuel Nahshon.

« Le ministère des Affaires étrangères est responsable de la liste de tous les pays avec lesquels Israël a des relations diplomatiques, a déclaré Nahshon. Après une demande supplémentaire, le nombre correct est de 158 pays. Nous nous assurerons que cette information soit transmise au bureau du Premier ministre, puisqu’il s’agit de notre responsabilité. »

Pour ajouter à la confusion, le site du ministère des Affaires étrangères, qui a été mis à jour le mois dernier, affirme qu’Israël maintient des relations diplomatiques avec 159 États.

Capture d'écran du site du ministère des Affaires étrangères
Capture d’écran du site du ministère des Affaires étrangères

Netanyahu répète probablement un nombre faux parce qu’il utilise des documents obsolètes du ministère des Affaires étrangères. En effet, il y a quelques années, Israël avait effectivement des relations avec 161 pays. C’est début 2009 que, en réponse à la guerre à Gaza, l’opération Plomb durci, le Venezuela, la Bolivie et la Mauritanie ont rompu leurs relations avec Israël.

Depuis, Israël n’a établi de nouvelles relations diplomatiques qu’avec un seul pays : le Soudan du Sud, qui a déclaré son indépendance en 2011.

Confronté à l’inexactitude du Premier ministre, les officiels israéliens ont affirmé que son objectif n’est pas de citer un nombre exact, mais de souligner qu’Israël a aujourd’hui des relations diplomatiques avec la grande majorité des pays du monde.

Il semble qu’il y ait un autre domaine dans lequel le Premier ministre joue double jeu avec les faits pour étayer sa politique extérieure. Il salue les fortes relations bilatérales d’Israël avec des nations individuelles mais fustige les institutions multilatérales qui n’accordent pas à l’Etat juif un procès équitable.

« Alors qu’Israël est accepté par un nombre croissant de nations individuelles, il y a ceux qui cherchent à diffamer Israël parmi les nations, et particulièrement aux Nations unies », a-t-il déclaré pendant la conférence politique de l’AIPAC du mois dernier.

« A l’ONU, la seule véritable démocratie du Moyen Orient est calomniée comme aucun autre pays sur Terre. A l’ONU, Israël est soumis à une discrimination constante et systématique, a-t-il dit. Seul Israël est traqué par des institutions de l’ONU expressément établies pour délégitimer sa propre existence. Seul Israël est condamné chaque année par 20 résolutions hostiles de l’Assemblée générale de l’ONU. »

Samedi soir, Netanyahu a critiqué l’UNESCO (l’organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture) pour avoir voté une résolution niant tout lien juif avec le mont du Temple à Jérusalem. « C’est encore une autre décision absurde de l’ONU, a-t-il tonné. L’ONU réécrit une partie fondamentale de l’histoire humaine et a encore prouvé qu’elle ne pouvait descendre plus bas. »

Netanyahu a raison quand il dit que l’Assemblée générale de l’ONU est une institution qui a constamment et injustement isolé Israël par ses critiques, et à propos de la résolution grotesque de l’UNESCO. Mais ce qu’il n’admet pas est le fait que ce n’est pas l’UNESCO ou « les Nations unies » qui votent de telles résolutions. Ce sont les états membres qui font que ces organisations votent ces résolutions.

Bien sûr, la majorité arabe automatique dans beaucoup d’institutions internationales rend virtuellement impossible pour Israël d’obtenir un traitement équitable. Mais la résolution de l’UNESCO de la semaine dernière sur le mont du Temple a été soutenue, par exemple, par la France, la Russie, l’Espagne, la Suède et 29 autres états. Il semble donc étrange d’affirmer qu’alors que les organisations multilatérales sont hostiles à Israël, les relations bilatérales de Jérusalem avec les nations individuelles n’ont jamais été meilleures.

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