Netanyahu tente de freiner le projet de loi sur l’annexion des implantations
Rechercher

Netanyahu tente de freiner le projet de loi sur l’annexion des implantations

D'importants ministres du cabinet défient le Premier ministre, et veulent annexer la ville de Maale Adumim et une partie de la Cisjordanie

Vue sur Maaleh Adumim (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Vue sur Maaleh Adumim (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’efforcerait de faire reporter une initiative qui a été prise par les députés pro-implantations, et qui vise à annexer Maale Adumim, une implantation située à l’est de Jérusalem.

Vendredi, Netanyahu a demandé au ministre de l’Education Naftali Bennett, principal soutien de cette initiative, de sortir de l’ordre du jour de la réunion de la puissante commission des Lois un projet légal concernant les annexions.

Netanyahu aurait expliqué à Bennett s’être entretenu avec des conseillers du président américain Donald Trump. Ces derniers auraient demandé qu’Israël évite de « surprendre » les Etats-Unis avec une initiative unilatérale. Du moins, pas avant que les deux chefs d’Etat n’aient eu l’occasion de se rencontrer, a priori au début du mois de février.

Le cabinet israélien a effectivement repoussé dimanche le vote du projet de loi en question.

Maale Adumim, ville de 40 000 habitants, est située sur la crête d’une colline à l’est de Jérusalem. Les Palestiniens affirment que l’implantation divise la Cisjordanie en deux sections non-adjacentes au nord et au sud de la ville, ce qui vient menacer l’existence d’un futur Etat palestinien viable.

Ce projet de loi qui propose de faire appliquer la souveraineté et la loi civile israéliennes au sein de la ville a été proposé par deux députés : Yoav Kisch du Likud, et Betzalel Smotrich de HaBayit HaYehudi.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, et le ministre de l'Education Naftali Bennett pendant la réunion hebdomadaire du cabinet dans les bureaux du Premier ministre, à Jérusalem, le 30 août 2016. (Crédit : Emil Salman/Pool)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, et le ministre de l’Education Naftali Bennett pendant la réunion hebdomadaire du cabinet dans les bureaux du Premier ministre, à Jérusalem, le 30 août 2016. (Crédit : Emil Salman/Pool)

Selon certaines informations, Bennett a refusé d’exclure ce débat de l’agenda du comité du cabinet. Défenseur de longue date de l’annexion de larges parties de la Cisjordanie par Israël, Bennett a déclaré que le mandat de Trump à la Maison Blanche représente une opportunité rare pour le gouvernement israélien d’opter pour un positionnement décisif contre tout futur Etat palestinien.

Bennett s’oppose à un tel Etat qu’il considère comme une menace pour l’existence même d’Israël.

La commission des lois du cabinet, co-dirigé par un ministre du parti HaBayit HaYehudi de Bennett et un ministre du Likud de Netanyahu – soit respectivement la ministre de la Justice Ayelet Shaked et son homologue du Tourisme Yariv Levin – vote pour apporter le soutien du gouvernement aux différentes législations. Un tel appui est habituellement décisif pour l’adoption d’une loi.

« J’ai reçu un message de Trump pour ne pas précipiter les choses », aurait dit vendredi Netanyahu à Bennett, selon les extraits d’une conversation entre les deux hommes rapportés par le quotidien Haaretz.

Mais, en condition préalable à tout report d’examen de la législation concernant Maale Adumim, Bennett aurait demandé que la question plus large de la politique israélienne en Cisjordanie au cours du mandat de Trump puisse être abordée dans d’autres assemblées ministérielles dimanche.

Yisrael Katz, ministre des Renseignements et des Transports, pendant la Conférence d'Herzliya, le16 juin 2016. (Crédit : Adi Cohen Zedek)
Yisrael Katz, ministre des Renseignements et des Transports, pendant la Conférence d’Herzliya, le16 juin 2016. (Crédit : Adi Cohen Zedek)

Le ministre des Transports Yisrael Katz, ministre du Likud, a pour sa part indiqué dimanche qu’il soumettrait un plan visant à annexer la majorité des implantations qui entourent Jérusalem en Cisjordanie. L’initiative semble venir défier Netanyahu et déborder sur sa droite Bennett.

La proposition de Katz, qui a été publiée sur sa page Facebook, a été faite quelques heures après que Netanyahu a tenté de faire reporter une initiative des députés pro-implantations, Bennett à leur tête, pour annexer Maale Adumim.

Mais la proposition de Katz va bien plus loin que celle de Bennett et inclurait de vastes blocs d’implantations situés également au nord et au sud de Jérusalem.

« Jérusalem en premier, écrit ainsi Katz dans son post. Aujourd’hui, je proposerai au cabinet chargé de la sécurité que nous adoptions la ‘loi sur le grand Jérusalem’ qui comprend l’expansion de la souveraineté israélienne aux communes environnantes : Maale Adumim, Givat Zeev, Beitar Illit et le Gush Etzion, tout en les raccordant à la ville de Jérusalem et en la renforçant par l’extension de son territoire et de sa population juive. »

« C’est un premier pas diplomatique qui est nécessaire à l’ère du président Trump », écrit-il.

Israël contrôle la Cisjordanie depuis qu’il a conquis la région lors de la guerre des Six Jours de 1967, mais n’a jamais pris l’initiative d’en annexer une partie quelconque, au-delà de l’affirmation de sa souveraineté à Jérusalem Est. Le pays a ensuite fait appliquer la loi israélienne sur le plateau du Golan, pris à la Syrie.

La majorité des experts considèrent que la politique d’expansion de la souveraineté israélienne revient à annexer les secteurs concernés. Cette politique est largement condamnée par la communauté internationale.

Le ministre de l'Education Naftali Bennett avant une réunion extraordinaire de son parti HaBayit HaYehudi dans l'implantation de Maale Adumim, en Cisjordanie, le 2 janvier 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le ministre de l’Education Naftali Bennett avant une réunion extraordinaire de son parti HaBayit HaYehudi dans l’implantation de Maale Adumim, en Cisjordanie, le 2 janvier 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Bennett, dont le parti repose majoritairement sur une base électorale favorable aux implantations, a prôné lors des deux derniers scrutins une annexion de facto de la Zone C (les secteurs de Cisjordanie placées sous contrôles civil et militaire israéliens) et l’extension d’une certaine forme d’autonomie des Palestiniens sur le reste du territoire.

Après l’abstention des Etats-Unis lors du vote d’une résolution condamnant les implantations au Conseil de sécurité des Nations unies le mois dernier, Trump avait assuré à Israël que les choses seraient différentes à son arrivée à la maison Blanche.

Il avait déploré que l’Etat juif soit traité de manière « très injuste » par la communauté internationale.

S’adressant aux journalistes depuis sa propriété de Mar-a-Lago, le 29 décembre, Trump avait critiqué l’ONU pour avoir condamné Israël, évoquant ces « endroits horribles qui traitent horriblement les gens et ne sont pas réprimandés » par l’instance internationale.

Tout en refusant de répondre directement à des questions spécifiques concernant les implantations en Cisjordanie, Trump avait indiqué être lui-même « très fort sur Israël ».

Le président élu avait également dénoncé l’administration Obama sur Twitter pour avoir traité Israël avec « tant de dédain et d’irrespect » suite au vote de l’ONU, et indiqué que les Etats-Unis n’étaient plus un « grand ami » de l’Etat juif.

Le candidat républicain à l'élection présidentielle américaine Donald Trump et le Premier ministre Benjamin Netanyahu à New York, le 25 septembre 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)
Le candidat républicain à l’élection présidentielle américaine Donald Trump et le Premier ministre Benjamin Netanyahu à New York, le 25 septembre 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Netanyahu a indiqué qu’il attendait de travailler avec Trump, son administration et le Congrès avec impatience pour renverser la résolution du Conseil de sécurité.

Une initiative controversée qui vise à autoriser certains avant-postes illégaux en Cisjordanie, qui avait été dans un premier temps reportée jusqu’à l’arrivée effective de Trump à la Maison Blanche, a été « remise sur la table » suite à l’abstention des Etats-Unis lors du vote de la Résolution. Elle pourrait gagner en vitesse dans les premières semaines de la présidence de Trump.

Craignant des représailles de la part de l’administration Obama, un vote final sur la loi de régulation qui avait pour objectif de légaliser environ 4 000 habitations israéliennes construites en Cisjordanie sur des terrains privés appartenant à des Palestiniens avait été mise en sommeil jusqu’au départ du président Barack Obama.

Mais après l’abstention des Américains lors du vote de l’ONU, « nous arrêtons de jouer les gentils », avait expliqué au Times of Israël une source proche de la coalition. « Nous remettons la législation sur la table. »

Bennett avait qualifié le projet de loi sur l’avant-poste de « premier pas effectué vers l’annexion du reste de la Cisjordanie ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...