Nir Hefetz menace de poursuivre en justice Amir Ohana et Yair Netanyahu
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Nir Hefetz menace de poursuivre en justice Amir Ohana et Yair Netanyahu

L'avocat de l'ex-aide de Netanyahu dit que le ministre de la Justice et le fils du Premier ministre pourraient être poursuivis au civil pour leur diffusion de détails sous embargo

Amir Ohana parle depuis la tribune de la Knesset, le 6 novembre 2019 (Crédit :  Adina Wellman / bureau du porte-parole de la Knesset)
Amir Ohana parle depuis la tribune de la Knesset, le 6 novembre 2019 (Crédit : Adina Wellman / bureau du porte-parole de la Knesset)

Un témoin déterminant dans les enquêtes sur le Premier ministre Benjamin Netanyahu aurait menacé de poursuivre le ministre de la Justice Amir Ohana et le fils de Netanyahu, Yair, pour avoir contrevenu aux termes d’un embargo et révélé sa liaison présumée avec une jeune femme.

L’un des avocats de Nir Hefetz, ancien conseiller médias de Netanyahu devenu témoin de l’accusation, a expliqué qu’il demanderait l’ouverture d’une enquête sur Ohana au procureur-général Avichai Mandeblit, ont fait savoir jeudi les médias en hébreu.

« Nous nous réservons également le droit d’agir au civil contre le ministre et contre un individu qui s’est assuré de faire écho à ses paroles avec une coordination étonnante », a déclaré Ilan Sofer, l’avocat, devant les caméras de la Douzième chaîne, faisant apparemment référence au jeune Netanyahu.

Mercredi, Ohana avait prononcé un discours depuis la tribune de la Knesset au cours duquel il a raillé ce qui, selon lui, avaient été des comportements condamnables de la part des policiers pour amener Hefetz à témoigner contre Netanyahu, en révélant les détails de tactiques de pression présumées qui auraient été utilisées par les enquêteurs – des détails qui avaient été placés sous embargo par la cour.

Yair Netanyahu, fils du Premier ministre Benjamin Netanyahu. (Flash90)

Peu après le discours, Yair Netanyahu, le fils du Premier ministre connu pour ses propos plutôt salés, avait repris sur Twitter ce qu’avait dit Ohana en y ajoutant des allégations qui étaient, elles aussi, placées sous embargo. Il avait ultérieurement supprimé sa publication.

Hefetz est un ancien porte-parole et confident de Netanyahu et un témoin dans l’Affaire 4000 – la plus grave des dossiers contre le Premier ministre – dans laquelle Netanyahu est soupçonné d’avoir favorisé des décisions réglementaires au profit de l’actionnaire majoritaire du groupe de télécommunications Bezeq, Shaul Elovitch, en échange d’une couverture médiatique positive continue.

Mercredi et jeudi, la Treizième chaîne a rapporté des détails d’une conversation sur WatsApp entre le rédacteur de Walla, Ilan Yeshua et Hefetz, et d’autres portant sur des appels téléphoniques entre Yeshua et Elovitch – ainsi qu’avec l’épouse d’Elovitch, Iris – qui montrent que le site avait taillé ses contenus de manière à être le plus correct possible à l’égard de Netanyahu et de son épouse, Sara.

Le reportage a montré Hefetz et le couple Elovitch intervenant directement dans des décisions éditoriales et dans l’embauche de journalistes dans le but de faire preuve de la plus grande indulgence possible pour le Premier ministre et sa famille.

Hefetz est devenu témoin de l’accusation après avoir été arrêté et interrogé pendant deux semaines. Il aurait fourni aux procureurs des informations essentielles sur la période où il avait servi d’interlocuteur informel entre Netanyahu et Elovitch et Walla.

L’ancien porte-parole du Premier ministre Benjamin Netanyahu, Nir Hefetz, au premier plan, et l’actionnaire principal de Bezeq, Shaul Elovitch, lors d’une audience de prolongement de détention devant la cour des magistrats de Tel Aviv, le 26 février 2018 (Crédit : Flash90)

Violant l’embargo, Ohana avait raconté comment les enquêteurs sollicités pour interroger une femme – qui n’était pas directement liée à l’Affaire 4000 – lui avaient posé des questions « invasives et intrusives » sur sa relation avec Hefetz avant d’organiser une rencontre « accidentelle » entre elle et Hefetz dans les couloirs.

Lorsque les deux s’étaient vus, les enquêteurs avaient alors dit à Hefetz – selon Ohana – qu’ils savaient « tout », ajoutant : « Nous allons lâcher une bombe sur votre famille ».

Ohana avait ensuite clamé que Hefetz avait changé son témoignage pour qu’il corresponde à la version des événements telle que présentée par le procureur après une conversation avec un enquêteur.

Les autorités chargées de l’application de la loi ont démenti avoir commis tout acte répréhensible et une déclaration faite mercredi par le procureur-général Avichai Mandelblit et par Shai Nitzan a accusé Ohana de tromper le public.

De vagues accusations concernant la conduite des enquêteurs avaient filtré pour la première fois mardi sur la Douzième chaîne israélienne, mais les détails n’avaient pu être communiqués par les médias en raison de l’embargo judiciaire imposé à l’affaire.

Ces détails ont été autorisés à la publication après qu’Ohana s’est exprimé mercredi à la Knesset, la Loi fondamentale d’Israël stipulant que tous les débats à la Knesset doivent être ouverts au public et que leurs contenus peuvent être publiés.

Les parlementaires israéliens bénéficient d’une immunité face à certaines poursuites et les députés, dans le passé, ont utilisé la tribune de la Knesset pour révéler des informations sur des dossiers sous embargo.

MK Ahmad Tibi (photo credit: Uri Lenz/Flash90)
Ahmad Tibi (Crédit : Uri Lenz/Flash90)

En 2013, les députés Ahmed Tibi, Zehava Gal-on et d’autres avaient bravé la censure militaire pendant un débat télévisé à la Knesset portant sur la raison de la suppression de renseignements au sujet d’un ex-espion israélien qui s’était suicidé en prison.

Après l’incident, le conseiller juridique de la Knesset avait écrit un avis expliquant que l’immunité pouvait ne pas couvrir des cas où un embargo était violé de manière préméditée. Cette avis n’a jamais été examiné devant un tribunal.

Cette immunité ne couvre pas non plus les plaintes au civil et Ohana et Yair Netanyahu pourraient être poursuivis par Hefetz pour calomnie et diffamation.

Au cours de son discours, Ohana avait attribué les informations dont il disposait à des « médias variés » et il s’était ensuite défendu en disant que ce qu’il avait révélé avait déjà été diffusé dans la sphère publique, faisant apparemment référence à des allégations circulant sur les réseaux sociaux.

Les propos d’Ohana ont été immédiatement condamnés par les députés de l’opposition. Répondant à la fureur publique entraînée par le ministre de la Justice, Netanyahu a émis un communiqué laconique prenant la défense des ordonnances de non-publication tout en répétant les accusations d’extorsion.

« Bien que l’affaire portant sur l’extorsion du témoin de l’accusation Nir Hefetz soit extrêmement sérieuse et doive inquiéter chaque citoyen, un embargo imposé par la cour doit être respecté », a déclaré le Premier ministre.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu prononce un discours à Tel Aviv devant les membres de son parti, le Likud, le 18 septembre 2019, après les élections à la 22e Knesset. (Gili Yaari/Flash90)

Pour sa part, Hefetz a fustigé Ohana mercredi, qualifiant ses allégations de « honteuses et scandaleuses » et attentatoires à sa vie privée, selon un communiqué diffusé par son avocat Ilan Sofer.

Mandelblit, qui a été secrétaire du cabinet de Netanyahu avant que ce denier le nomme procureur général en 2016, devrait mettre officiellement en examen le Premier ministre dans les semaines à venir.

Dans un projet d’accusation publié en février, Mandelblit a présenté des accusations de corruption, de fraude et d’abus de confiance à l’encontre du Premier ministre dans l’Affaire 4000, ainsi que de fraude et d’abus de confiance dans deux autres dossiers, les Affaires 1000 et 2000.

Netanyahu, qui nie tout acte répréhensible, a affirmé à plusieurs reprises qu’il était victime d’une chasse aux sorcières de la part des médias, de la gauche, de la police et du ministère public, dans le but de l’évincer du pouvoir.

Les accusations lancées à l’encontre de Hefetz auraient pour objectif de renforcer ces accusations sur les procureurs et de jeter le doute sur la fiabilité sur l’ancien conseiller en tant que témoin.

Raoul Wootliff a contribué à cet article.

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