Notre-Dame : la tristesse à la messe ou sur les marches du Sacré-Coeur
Depuis les hauteurs de Montmartre, les Parisiens et touristes ont assisté impuissants et désespérés à l’incendie de Notre-Dame de Paris
Sur les hauteurs de Montmartre, devant le Sacré-Cœur à Paris, des centaines de personnes ont les yeux rivés sur Notre-Dame en feu. Qu’ils soient parisiens ou touristes, catholiques, athées ou musulmans, ils partagent la même tristesse face à ce point rougeoyant dans la nuit.
A l’intérieur de la Basilique du Sacré-Coeur qui domine Paris, dans le nord de la capitale, une messe commence à 22H00. Elle démarre par une prière pour Notre-Dame. « Seigneur, nous vous remettons notre tristesse », dit le prêtre, face à environ 200 fidèles.
« J’ai ressenti le besoin de venir prier pour être en communion avec les autres », raconte Véronique qui assiste à l’office.
« Notre-Dame, c’est plus qu’un symbole. Tout s’écroule. On a envie de pleurer. Mais la foi, elle, reste », tente de rassurer le prêtre.
Comme Sara, de nombreuses personnes ont grimpé les marches de Montmartre pour avoir une vue imprenable sur Notre-Dame ravagée par les flammes. « Nous avons pensé à aller sur place mais nous n’avons pas voulu gêner les pompiers », explique la jeune femme de 28 ans, dans les bras de son petit-ami Amine.
« C’est tellement triste », dit ce jeune homme de 36 ans, de confession musulmane. « C’est un magnifique endroit de recueil et de culte, que ce soit une synagogue ou une mosquée ou une église ne change rien ».
Non loin du couple, Nurabel et Isabel, des touristes de Colombie, sont parmi les derniers à avoir visité la cathédrale. « Nous sommes sortis à 18H00. Nous avons de la chance d’avoir vu toute cette beauté », confie Isabel, en montrant les photos sur son téléphone du majestueux édifice sous le soleil. « Mais savoir que ça brûle, c’est dur. Avec la Tour Eiffel, c’est le lieu le plus emblématique de Paris », ajoute Nurabel.
Semaine Sainte
La plupart de ces badauds ont leur téléphone en main, tentent de prendre des photos dans la nuit, suivent l’actualité. « Nous avons reçu des SMS, des messages sur les réseaux sociaux de nos proches aux Etats-Unis. Ils s’inquiétaient », raconte un couple de touristes américains.
Eux étaient à Notre-Dame dimanche, mais ont renoncé à la visiter à cause de la longue queue. « Nous allons longtemps le regretter », reconnait Steven.
Sur les marches, les touristes sont mélangés aux locaux, des Parisiens qui vivent dans le quartier de Montmartre. Beaucoup sont silencieux, comme en recueillement.
D’autres parlent Histoire. « Quand a-t-elle été construite? », interroge l’un. « Tu te souviens du Bossu de Notre-Dame? », demande un jeune à son copain. Le film de Disney et Victor Hugo sont évoqués. Une jeune femme est venue avec ses jumelles. Des étudiants ont acheté des bières en venant.
« Le coeur de Paris brûle », pour Trine, une Parisienne d’adoption de 44 ans. « En venant ici, on participe de manière collective à quelque chose de dramatique », ajoute Christophe, qui n’est pas catholique. « C’est dur de voir la vulnérabilité de quelque chose d’aussi précieux. Quel gâchis ».
Dans l’église Saint-Gervais, en plein centre de Paris et face à l’Ile de la Cité, ils sont également nombreux à être venus se recueillir. Cécile, ingénieure de 32 ans s’est sentie « attaquée » et a donc ressenti le besoin de venir prier.
« On pense que la prière est aussi utile que l’action des pompiers », glisse-t-elle.
« La prière, c’est l’arme la plus efficace et la seule qu’on ait pour ce genre d’événement », renchérit, Diane, consultante.
Au centre de l’église, des fidèles se recueillent, au rythme des chants entonnés par les religieux qui résonnent dans l’édifice. D’autres personnes passent, parfois plus furtivement pour assister brièvement à l’office ou allumer un cierge.
Pour Erwan, directeur en cabinet de conseil, âgé de 39 ans: « C’est important de prier pour qu’il y ait une dynamique nouvelle qui naisse et que Notre Dame puisse renaître de ses cendres ».