Objectif de Tsahal à Bnei Brak: distribuer 1000 tonnes de nourriture pour Pessah
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Objectif de Tsahal à Bnei Brak: distribuer 1000 tonnes de nourriture pour Pessah

Un haut-gradé de l'armée a déclaré que les soldats n'ont pas rencontré d'hostilité pendant leurs opérations dans la ville ultra-orthodoxe

Des soldats israéliens donnent de la nourriture aux habitants de Bnei Brak, dans le centre d'Israël. La ville a été largement coupée du reste du pays à cause de l'épidémie de coronavirus, le 5 avril 2020. (Crédit : Armée israélienne)
Des soldats israéliens donnent de la nourriture aux habitants de Bnei Brak, dans le centre d'Israël. La ville a été largement coupée du reste du pays à cause de l'épidémie de coronavirus, le 5 avril 2020. (Crédit : Armée israélienne)

La mission principale de la 98ème division de parachutistes de Tsahal consiste à distribuer environ 1 000 tonnes de nourriture aux résidents dans le besoin de la ville ultra-orthodoxe de Bnei Brak. Les soldats doivent relever ce défi avant la fête de Pessah mercredi soir, a fait savoir un militaire haut gradé lundi.

De fait, cette mission devrait être extrêmement difficile et nécessitera la mobilisation de centaines de soldats dans la ville durement touchée par le coronavirus. L’armée va s’activer jours et nuits dans cette ville située en banlieue de Tel Aviv afin de distribuer de la nourriture aux personnes en difficulté, a déclaré l’officier, qui souhaite garder son anonymat.

Lundi après-midi, la 98ème division avait fourni plus de 15 000 repas préparés – par des traiteurs privés – aux résidents de Bnei Brak. La ville est devenue l’un des foyers les plus fortement touchés par le COVID-19, a expliqué l’officier.

Dans les deux prochains jours, l’unité prévoit de fournir environ 1 000 tonnes d’aliments bruts, dont des centaines de tonnes de légumes, mais aussi des produits d’hygiène comme du papier toilette, à ceux qui ont besoin d’aide. Pour s’orienter, l’armée s’appuie sur les informations fournies par la municipalité, les services sociaux et des demandes individuelles faites aux soldats, a noté l’officiel.

L’officier haut gradé a fait savoir aux journalistes que si la 98ème division se focalisait maintenant sur cette opération – ce n’était pas sa seule tâche dans sa mission, surnommée « Opération rayon laser ». Les soldats – issus de la brigade de parachutistes et de la brigade de commando des divisions – assistent aussi les autorités médicales dans l’évacuation des malades confirmés du coronavirus. L’armée apporte également son soutien à d’autres acteurs locaux.

Des soldats israéliens donnent de la nourriture aux habitants de la ville de Bnei Brak dans le centre d’Israël. La ville a été largement fermée du reste du pays à cause de l’épidémie de coronavirus, le 5 avril 2020. (Crédit : Armée israélienne)

« [Pessah] est seulement un moment où nous arrêterons nos activités par respect pour la fête et ensuite nous [les] reprendrons », a souligné l’officier.

Il a expliqué que l’on ne savait pas encore précisément quand Tsahal terminerait ses opérations à l’intérieur de Bnei Brak. L’officier a déclaré qu’il ne connaissait pas suffisamment bien les projets de l’armée israélienne visant à envoyer des soldats dans d’autres villes du pays pour commenter le sujet.

Le militaire a précisé que l’on avait accordé à 98ème division moins de trois jours – de jeudi soir jusqu’à dimanche matin 8h – pour préparer cette opération, bien loin des missions ordinaires de combat de l’unité de parachutisme. Il fallait notamment préparer les soldats à opérer dans un milieu civil et à leur apprendre les phrases rudimentaires en yiddish pour les aider à communiquer avec la population ultra-orthodoxe – même si la grande majorité parle hébreu.

Alors que les habitants et les officiels de Bnei Brak, mais aussi certains élus ultra-orthodoxes, ont condamné et critiqué publiquement la présence de l’armée dans la ville, l’officier a déclaré que les soldats n’ont pas été confrontés au moindre « incident irrégulier » de violence ou d’opposition.

« C’est plutôt le contraire », a insisté l’officier, en mentionnant des situations où des résidents ont pleuré de joie en recevant de l’aide des soldats.

Des vidéos filmées dans la ville, qui a été coupée du reste du pays, montraient des résidents en train de donner de la nourriture aux soldats en les remerciant. On voit également des soldats donner des bonbons aux enfants, afin de créer une bonne atmosphère – même si la communauté ultra-orthodoxe d’Israël entretient des relations tendues, ou tout du moins compliquées, avec l’armée.

L’officier haut gradé a expliqué que malgré l’annonce initiale que les soldats porteraient des armes pendant les opérations, il a finalement été décidé qu’ils n’en porteraient pas. « Nous n’avons pas d’armes, pas des pistoles et pas de fusils », a-t-il dit.

L’officier a indiqué que c’était une expérience « émouvante » pour les soldats de la 98ème division d’opérer dans la ville.

Des soldats israéliens donnent de la nourriture aux habitants de la ville de Bnei Brak dans le centre d’Israël. La ville a été largement coupée du reste du pays à cause de l’épidémie de coronavirus, le 5 avril 2020. (Crédit : Armée israélienne)

L’officier a rapporté un cas où un soldat a reconnu, lors d’un debriefing, avoir enfreint l’ordre interdisant d’entrer dans les appartements de habitants pendant la distribution de la nourriture.

« L’officier a expliqué qu’au moment de donner l’une des rations, une vieille femme a ouvert la porte et lui a dit qu’elle n’avait pas assez de force pour porter le paquet. J’ai donc dû entrer dans l’appartement. Je lui a dit de se reculer pour ne pas la contaminer », a-t-il dit.

Dimanche, le chef d’Etat Major de l’Armée Aviv Kohavi a rendu visite à Bnei Brak. Il a rencontré les officiers en charge de l’Opération Rayon Laser.

« L’expression ‘armée du peuple’ prend tout son sens au vu des soldats israéliens qui effectuent cette mission pour sauver des vies. C’est l’expression d’une responsabilité réciproque envers le peuple d’Israël. Nous allons continuer à renforcer notre aide auprès des autorités locales, partout où c’est nécessaire, rapidement et à grande échelle. Je suis fier de votre action », a déclaré Kohavi lors de la visite.

Le chef d’Etat Major de l’armée Aviv Kohavi rend visite à la ville de Bnei Brak dans le centre d’Israël. La ville a été largement coupée du reste du pays à cause de l’épidémie de coronavirus, le 5 avril 2020. (Crédit Armée israélienne)

Le chef de l’armée israélienne, qui est sorti de quarantaine ce weekend, a rencontré le commandant de la 98ème division, le général de brigade Yaron Finkleman et d’autres officiers. Il a également observé certaines opérations de distribution de nourriture et a écouté les projets de l’unité pour ses futures activités, a fait savoir l’armée.

La ville de Bnei Brak, qui compte environ 200 000 résidents, constitue l’un des plus importants foyers de coronavirus en Israel avec 1 323 cas confirmés lundi matin – presque autant que Jérusalem qui a le plus de cas, selon les données du ministère de la Santé lundi. Bnei Brak a cinq fois moins d’habitants que la capitale.

Un agent israélien de la Police des Frontières contrôle les documents d’un automobiliste à un barrage situé à la sortie de la ville ultra-orthodoxe de Bnei Brak, le 3 avril 2020. (Gili Yaari /Flash90)

On estime que des milliers de personnes dans la ville ont probablement contracté la maladie. Ces malades potentiels n’ont pas été testés, soit à cause de l’incapacité des autorités médicales à réaliser un test, soit parce que certains individus craignent d’être placés en quarantaine, à l’approche de Pessah.

Beaucoup dans la communauté ultra-orthodoxe ont commencé par ignorer les régulations de distanciation sociale, ce qui explique le fort taux de contamination, selon des officiels. La maladie a coûté la vie à au moins 56 personnes en Israël lundi après-midi, avec plus de 8 611 cas confirmés du virus.

Depuis dimanche matin, la police et l’armée ont bloqué l’accès à la route 481, l’axe principal de circulation de Tel Aviv qui passe à travers la ville. La route, également appelée rue Jabotinsky et normalement l’une des artères les plus denses du pays, a été fermée entre l’échangeur Geha et le carrefour Ben Gurion à Ramat Gan.

Les policiers israéliens contrôlent les véhicules à un checkpoint dans la ville majoritairement ultra-orthodoxe de Bnei Brak, près de Tel Aviv, le 3 avril 2020 (Crédit : Jack Guez/AFP)

Des officiels ont également annoncé que les transports publics permettant d’entrer ou de sortir de la ville ont été interrompus, même si certains bus allaient continuer à circuler à l’intérieur de l’agglomération. Le ministre des Transports Bezalel Smotrich a déclaré que la décision avait été ordonnée par le Conseiller à la sécurité national Meir Ben Shabbat.

Dans la ville, les résidents sont soumis aux mêmes restrictions que le reste du pays. Ils sont seulement autorisés à sortir pour acheter de la nourriture et des médicaments. Des images de drones filmées par le quotidien Haaretz dans le ville montrent des rues totalement désertes, avec seulement quelques bus, voitures et quelques piétions.

L’armée se préparait aussi à aider les résidents pour la fête de Pessah de ce weekend. Tsahal a mis en place des sites pour bruler les produits que l’on a fait lever, conformément à la loi juive, et a apporté la nourriture spéciale pour observer la fête.

Lundi, l’évolution du confinement de Bnei Brak restait encore incertain. Certains officiels militaient en faveur d’évacuations de grande ampleur des malades et des seniors de la ville, tandis que d’autres préconisaient une politique plus agressive de tests, afin de mieux cartographier et de contenir la propagation de la maladie dans la ville.

La fermeture de Bnei Brak doit déjà durer sept jours, avec une option de prolongation par tranche de cinq jours à disposition des autorités. Des officiels estiment cependant que la fermeture devrait durer plusieurs semaines.

Alors que Bne Brak est la première ville israélienne à être fermée, elle ne devrait pas être la dernière. Les autorités ont évoqué l’hypothèse de prendre des mesures similaires dans d’autres villes ultra-orthodoxes, dont Elad, Migdal Ha’emek et plusieurs quartiers ultra-orthodoxe de Jérusalem.

Lundi, des articles de presse indiquaient que l’ensemble du pays pourrait être placé sous confinement total pour Pessah afin d’empêcher les gens de rendre visite à leur famille.

Le pays est placé en état de confinement partiel depuis le mois dernier. La population est seulement autorisée à sortir de son domicile pour aller au travail, pour effectuer des courses ou pour prendre l’air à moins de 100 mètres de sa maison. La semaine dernière, la police a commencé à mettre des amendes aux contrevenants.

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