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Odeh à Guterres : « Erdan ne nous représente pas »

Le chef du parti arabe Hadash-Taal a demandé une intervention mondiale pour protéger la communauté du futur présumé ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Le leader du parti Hadash-Taal, le député Ayman Odeh, à gauche, rencontrant le Secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, au siège de l'ONU, à New York, le 9 décembre 2022. (Autorisation)
Le leader du parti Hadash-Taal, le député Ayman Odeh, à gauche, rencontrant le Secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, au siège de l'ONU, à New York, le 9 décembre 2022. (Autorisation)

Le chef du parti Hadash-Taal, le député Ayman Odeh, a rencontré le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, vendredi, déclarant que la population arabe d’Israël craignait le nouveau gouvernement et demandant une « intervention internationale » pour la protéger du préjudice potentiel du présumé nouveau ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir.

Ben Gvir devrait occuper le poste de ministre de la Sécurité nationale dans la nouvelle coalition dirigée par Benjamin Netanyahu, avec un portefeuille élargi couvrant les forces de police nationales et la division de la police des frontières en Cisjordanie.

Dans une lettre qu’il a présentée à Guterres lors de la réunion, Odeh a écrit que Ben Gvir « a défendu et glorifié les terroristes juifs qui ont assassiné des Palestiniens arabes et a appelé au transfert forcé des Arabes hors de l’Etat ».

« Le député d’extrême-droite ‘aura un contrôle élevé sur les forces armées de l’État, y compris la police et la patrouille frontalière’. Il est difficile d’exagérer la terreur que cela a déjà causé parmi les citoyens arabes palestiniens [d’Israël] », a déclaré Odeh.

Le dirigeant arabe a souligné que « cette situation est extrêmement dangereuse et nécessite une intervention internationale pour protéger la vie des citoyens arabes palestiniens ».

Disciple du défunt rabbin extrémiste Meir Kahane, Ben Gvir a longtemps affiché chez lui une photo de l’auteur du massacre du Tombeau des Patriarches, en 1994, avant d’y renoncer, à mesure qu’il faisait son chemin dans le paysage politique national.

En 2007, il a été reconnu coupable du crime de soutien à une organisation terroriste et d’incitation au racisme, bien qu’il assure s’être considérablement modéré ces dernières années.

Dans sa lettre, Odeh a également souligné la nécessité urgente de s’attaquer à la vague de crimes violents qui frappe les communautés arabes en Israël. Il a affirmé que la violence était due à l’inaction du gouvernement israélien et a rejeté l’idée qu’il s’agissait d’un quelconque problème culturel au sein de la communauté, qualifiant ces suggestions de « racistes ».

Odeh a déclaré à Guterres que les forces de l’ordre israéliennes n’ont pas su faire face à la recrudescence de la violence, avec plus de 100 Arabes israéliens tués dans des homicides rien que cette année. Il a noté que les Arabes israéliens représentaient 4,9 % des victimes de meurtres entre 1948 et 2000, mais qu’en 2021, les membres de la communauté minoritaire représentaient 67 % de tous les meurtres dans le pays.

Il a fait valoir que le gouvernement israélien a réussi à réprimer la criminalité et la possession illégale d’armes à feu dans les villes juives il y a plusieurs décennies, estimant qu’il n’y avait aucune raison pour que la même chose ne puisse pas être faite dans les communautés arabes.

« Il ne s’agit pas d’un problème de manque de capacité mais plutôt d’une absence cruelle de volonté politique de protéger la vie et la sécurité des citoyens arabes palestiniens », a-t-il écrit dans sa missive.

« La cause de ce problème dévastateur est l’exclusion systématique des citoyens arabes palestiniens de toutes les parties de la société par de nombreux gouvernements israéliens successifs », poursuit-il, déplorant l’accès inégal au logement et les investissements limités dans les écoles, les hôpitaux et les services sociaux dans les villes arabes.

Des Arabes israéliens manifestant contre la violence, le crime organisé et les récents meurtres au sein de leurs communautés en bloquant une route, à Tel Aviv, le 28 octobre 2021. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

« Certains politiciens du gouvernement israélien ont tenté de rejeter la faute sur les citoyens arabes palestiniens, déclarant qu’il s’agissait d’un ‘problème culturel’. C’est faux, raciste et absolument inacceptable. »

Les responsables gouvernementaux israéliens ont imputé la vague de violence aux puissantes familles arabes du crime organisé qui ont accumulé du pouvoir et des armes au cours des vingt dernières années, tandis que la police n’a pas réussi à réprimer le phénomène, qui inclut la violence contre les femmes.

Le gouvernement sortant, le premier à inclure un parti arabe indépendant, a approuvé une série de mesures visant à combattre la violence en améliorant les conditions socio-économiques des citoyens arabes qui se plaignent depuis longtemps d’être traités de manière inégale par rapport aux Israéliens juifs.

Ces programmes comprennent un financement de près de 32 milliards de shekels sur cinq ans pour « combler le fossé » entre les citoyens arabes et juifs du pays, en se concentrant sur la promotion de l’emploi, en particulier dans le domaine de la high-tech, et sur l’amélioration des services sociaux. Un plan distinct de 2,5 milliards de shekels pour la lutte contre la criminalité dans les communautés arabes a également été approuvé. Mais ces interventions, qui n’en sont qu’à leurs débuts, n’ont pas empêché 2021 de devenir l’année la plus meurtrière jamais enregistrée pour les meurtres dont les victimes étaient arabes.

L’ambassadeur israélien aux Nations unies, Gilad Erdan, s’adressant au Conseil de sécurité, le 19 octobre 2021. (Autorisation)

La réunion de vendredi était rare, étant donné qu’Israël a un ambassadeur à l’ONU qui aurait théoriquement pu rencontrer Guterres pour discuter de ces questions. Mais le bureau d’Odeh a organisé la réunion de manière indépendante, sans coordination avec le bureau de l’ambassadeur Gilad Erdan ou le ministère des Affaires étrangères, a déclaré un collaborateur de Hadash-Taal.

« Erdan ne nous représente pas. Nous allons nous représenter nous-mêmes », a tweeté Odeh, en incluant une photo de sa rencontre avec Guterres.

Le bureau d’Erdan n’a pas encore répondu à une demande de commentaire. L’ambassadeur était en Israël vendredi pour accueillir une délégation d’envoyés de l’ONU en visite.

Au cours de la réunion de vendredi, Odeh et Guterres ont également discuté de la recrudescence de la violence en Cisjordanie, où plus de 160 Palestiniens ont été tués depuis le début de l’année. Beaucoup sont morts lors d’attaques ou d’affrontements avec les forces israéliennes, dont certains étaient des civils.

Guterres s’est engagé à assurer le suivi des questions abordées, a rapporté un assistant d’Odeh.

La dernière fois qu’un député arabe a rencontré un haut fonctionnaire de l’ONU, les législateurs et les responsables gouvernementaux juifs ont massivement réagi.

Rosemary DiCarlo, à gauche, sous-secrétaire générale des Nations Unies pour les Affaires politiques et la députée Aida Touma-Sliman de la Liste arabe unie, à l’ONU, le 23 août 2018. (Autorisation)

La députée Hadash, Aida Touma-Sliman, avait rencontré la sous-secrétaire générale de l’ONU pour les Affaires politiques, Rosemary DiCarlo en 2018, implorant de la même manière la communauté internationale d’agir contre la loi sur l’État-nation, alors récemment adoptée, qui, selon les critiques, élevait le caractère juif d’Israël au détriment de son caractère démocratique.

Deux fonctionnaires familiers de l’affaire avaient alors déclaré au Times of Israel, que le bureau de l’ambassadeur israélien de l’époque, Danny Danon, avait divulgué à la Douzième chaîne que Touma-Sliman avait exhorté DiCarlo à adopter une résolution condamnant la législation, même si les deux parties avaient insisté sur le fait qu’aucune proposition de ce type n’avait été considérée et qu’aucune résolution n’avait jamais été avancée.

Mais le reportage de la Douzième chaîne avait entraîné une vague de condamnations de la part des législateurs israéliens de tout l’éventail politique, qui avaient accusé Touma-Sliman et ses collègues de trahison.

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