Ohana à la police : cassez les manifs et « défiez » la Haute Cour – Enregistrement
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Ohana à la police : cassez les manifs et « défiez » la Haute Cour – Enregistrement

"Nous ne pouvons pas tolérer cette anarchie", a dit le ministre de la Sécurité publique ; la police a indiqué qu'elle verbalisait plus pour les masques lors des manifestations

Le nouveau ministre de la Sécurité publique Amir Ohana assiste à une cérémonie de passation de pouvoir au ministère de la Sécurité publique à Jérusalem, le 18 mai 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)
Le nouveau ministre de la Sécurité publique Amir Ohana assiste à une cérémonie de passation de pouvoir au ministère de la Sécurité publique à Jérusalem, le 18 mai 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)

Le ministre de la Sécurité publique Amir Ohana cherche à « contester » un arrêt de la Cour suprême de justice qui autorise la poursuite des protestations à Jérusalem contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu, et exerce une immense pression sur la police pour qu’elle renforce la répression des manifestants, selon des fuites d’enregistrements publiées dimanche.

Des manifestations ont eu lieu presque tous les soirs au cours de la semaine dernière près de la résidence du Premier ministre. Ces manifestations ont attiré des milliers d’Israéliens en colère contre la corruption du gouvernement, la gestion de la crise du coronavirus et d’autres maux. Des scènes de violence ont été occasionnellement observées lors des récentes manifestations, souvent de la part d’officiers de police qui tentaient de disperser les manifestants, des vidéos de ces scènes ont été diffusées.

Netanyahu et certains de ses partisans ont qualifié les manifestants d’“anarchistes”.

Ohana aurait déjà fait pression pour que les manifestations de Jérusalem soient interdites ou déplacées hors de leur lieu habituel, loin de la résidence officielle.

Des milliers de manifestants scandent des slogans et brandissent des pancartes lors d’une manifestation contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu devant sa résidence à Jérusalem, le samedi 25 juillet 2020. (AP/Ariel Schalit)

Dimanche, le radiodiffuseur public Kan a diffusé des enregistrements de réunions à huis clos auxquelles ont participé le chef de la police de Jérusalem Doron Yadid, d’autres hauts responsables de la police et Ohana, dont le ministère supervise les forces de police.

« Nous ne pouvons pas tolérer ce désordre », peut-on entendre dire Ohana, en référence aux protestations. « Nous ne pouvons pas tolérer cette anarchie. Il y a une différence entre une protestation et les événements que nous avons vus ces dernières semaines ».

La Cour suprême a autorisé la poursuite des protestations près de la résidence officielle du Premier ministre dans le quartier de Rehavia à Jérusalem, ce qui a provoqué la colère de certains résidents locaux qui ont demandé à la Cour de les interdire, affirmant qu’ils perturbaient leur vie quotidienne.

« Je souhaite contester cette décision de la Cour », a déclaré Ohana aux hauts responsables de la police. « Celui qui veut protester peut le faire, pas de problème. Mais pas de façon à rendre la vie des habitants insupportable ».

« [Les manifestants] envahissent les trottoirs avec des sacs de couchage et des matelas. Je ne sais pas comment expliquer au public pourquoi nous interdisons la prière et les manifestations culturelles et artistiques, mais nous n’interdisons pas cela », a déclaré M. Ohana, en référence aux restrictions imposées pour endiguer l’épidémie de coronavirus.

Le commissaire-adjoint Doron Yadid lors d’une cérémonie célébrant la nouvelle année juive au siège de la police israélienne de Jérusalem, le 5 septembre 2018. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

On peut entendre M. Yadid répondre à Ohana en évoquant le nombre inhabituellement élevé d’amendes infligées aux participants des manifestations pour défaut de port de masque facial, amendes que la police s’est généralement abstenue d’infliger lors des manifestations.

« Hier, nous avons infligé 160 amendes pour non port de masque lors de la manifestation, ce qui n’est pas courant », a déclaré M. Yadid. « Habituellement, lors des manifestations, nous évitons de le faire ».

Cependant, cela ne semblait pas satisfaire Ohana.

« Commandant de district, vous savez que je vous apprécie, mais le vandalisme ne consiste pas seulement à briser des vitres », a déclaré Ohana. « Le vandalisme, c’est aussi rendre la vie des habitants pénible, profaner les symboles de l’État, comme cela s’est passé hier, bloquer les entrées de la Knesset, bloquer les routes, et bien sûr la violence contre les policiers. Ce n’est pas quelque chose que nous pouvons accepter ».

La police israélienne a commenté le rapport en affirmant que malgré les mots de son commandant de district, elle impose le port du masque « également lors des manifestations, sans discrimination et sans aucun lien avec l’identité des manifestants ou l’objet de la manifestation ».

Plus tôt dimanche, Ohana a averti que les violents affrontements lors des manifestations contre le Premier ministre risquaient de se solder par un bain de sang.

Des Israéliens protestent contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu devant sa résidence officielle à Jérusalem, le 25 juillet 2020. (Olivier Fitoussi/Flash90)

Ohana a parlé à la radio publique Kan au lendemain des manifestations auxquelles des milliers de personnes ont participé dans tout le pays contre Netanyahu. Plusieurs personnes ont été arrêtées lors du plus grand rassemblement de Jérusalem, alors que la police se heurtait aux manifestants. Trois autres personnes ont été arrêtées lors d’incidents distincts pour avoir attaqué des manifestants dans la capitale et ailleurs.

« Il y a tout lieu de penser et une forte probabilité que cela se termine par un bain de sang », a déclaré M. Ohana. « Je suis vraiment inquiet devant la haine ambiante ».

Ohana a affirmé à plusieurs reprises ces derniers jours que les manifestations s’inscrivent dans une tendance d’“incitation à la haine” contre Netanyahu qui, selon lui, est pire que la période qui a précédé l’assassinat du Premier ministre Yitzhak Rabin en 1995.

Il a également fait part de ses inquiétudes quant au danger que représentent les manifestations, qui se sont déroulées presque chaque nuit à Jérusalem au cours de la semaine dernière, en raison de la propagation du coronavirus. Ohana a noté que d’autres types de rassemblements publics ont été interdits pour empêcher la propagation du virus.

« Il y a toujours, et il y aura toujours, des manifestations contre le gouvernement », a-t-il déclaré. « Nous interdisons aux gens d’organiser des événements sociaux, de prier avec plus de dix personnes ensemble et de faire ce qu’ils font régulièrement, afin de prévenir la propagation du virus. Le virus est-il si intelligent qu’il peut faire la différence entre un rassemblement à ces fins et une manifestation ? La réponse est ‘non' ».

Le ministre de la Sécurité publique Amir Ohana lors d’une conférence de presse à Jérusalem, le 15 juillet 2020. (FLASH90)

Samedi, Ohana a déclaré qu’il comptait sur la police pour agir de « manière égale » contre les manifestants des différentes communautés, dans le contexte des protestations continues à Jérusalem contre le Premier ministre.

Cette remarque a été faite après qu’Ohana a accusé la semaine dernière la police d’être trop douce à l’égard des manifestants de Jérusalem par rapport à d’autres manifestations – notamment de groupes minoritaires – dans lesquelles la police a parfois été accusée d’avoir fait un usage excessif de la force.

Selon un autre rapport publié la semaine dernière, la police a fait marche arrière face à une demande directe d’Ohana de déplacer les manifestations de masse. Ohana a également suggéré que les manifestations anti-Netanyahu soient totalement interdites, mais le conseiller juridique de la police a déclaré que les forces de l’ordre n’avaient aucune autorité légale pour prendre une telle décision, a rapporté la radio de l’armée.

Manifestation d’Israéliens contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu près de son domicile dans la ville côtière de Césarée, au nord du pays, le 25 juillet 2020. (Meir Vaknin/Flash90)

Samedi soir, des milliers de manifestants se sont à nouveau rassemblés en divers points du pays, notamment au parc Charles Clore à Tel Aviv, près de la résidence privée du Premier ministre à Césarée et, par milliers, en face de la résidence officielle du Premier ministre à Jérusalem.

Les organisateurs des manifestations ont accusé la police de faire usage d’une force disproportionnée en utilisant des canons à eau pour disperser les manifestants à Jérusalem et ont menacé de demander à la Cour suprême de rendre une décision contre cette pratique.

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