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Critique

« Oppenheimer » : Le judaïsme donne un noyau stable au conflit moral du génie atomique

Ce biopic de Christopher Nolan sur l'homme à l'origine de la bombe atomique montre une lutte entre le pragmatisme, l'humanisme et l'ambition - et le réconfort d'une amitié juive

  • Cillian Murphy dans "Oppenheimer". (Crédit : Autorisation d'Universal Studios)
    Cillian Murphy dans "Oppenheimer". (Crédit : Autorisation d'Universal Studios)
  • Cillian Murphy dans "Oppenheimer". (Crédit : Autorisation d'Universal Studios)
    Cillian Murphy dans "Oppenheimer". (Crédit : Autorisation d'Universal Studios)
  • Cillian Murphy joue le rôle de J. Robert Oppenheimer et David Krumholtz celui d'Isidor Rabi dans le film "Oppenheimer" de Christopher Nolan. (Crédit : Autorisation d'Universal Studios)
    Cillian Murphy joue le rôle de J. Robert Oppenheimer et David Krumholtz celui d'Isidor Rabi dans le film "Oppenheimer" de Christopher Nolan. (Crédit : Autorisation d'Universal Studios)
  • Cillian Murphy dans le rôle de J. Robert Oppenheimer dans le film "Oppenheimer". (Crédit : Autorisation d'Universal Studios)
    Cillian Murphy dans le rôle de J. Robert Oppenheimer dans le film "Oppenheimer". (Crédit : Autorisation d'Universal Studios)
  • Le président Isaac Herzog à son arrivée à une réunion conjointe du Congrès américain, le 19 juillet 2023, au Capitole à Washington (Crédit : Chris Kleponis)
    Le président Isaac Herzog à son arrivée à une réunion conjointe du Congrès américain, le 19 juillet 2023, au Capitole à Washington (Crédit : Chris Kleponis)

« Oppenheimer », le biopic sur le physicien quantique et l’homme à l’origine de la bombe atomique, J. Robert Oppenheimer (interprété par Cillian Murphy), est le dernier film du célèbre réalisateur Christopher Nolan.

C’est aussi un film où l’on parle beaucoup – trois heures durant, des gens se parlent dans des pièces exiguës – et sur de nombreux sujets. En sortant de ce film, on peut aisément se plonger dans une conversation sur la liberté scientifique, les répercussions personnelles, la force et la faiblesse des liens personnels et subatomiques, et bien d’autres choses encore. À l’instar de son protagoniste, Nolan fait preuve d’une grande habileté à cloisonner et à garder l’ensemble du projet à l’esprit.

Le réalisateur structure son film intelligemment autour de deux lignes temporelles et de deux perspectives, qu’il nomme « Fission » et « Fusion ».

« Fission » nous présente l’histoire du point de vue d’Oppenheimer, qui la présente devant le Conseil de sécurité afin de conserver son accréditation. Il y raconte ses années d’études maladroites dans diverses disciplines scientifiques au sein d’universités européennes, avant d’atterrir à Berkeley pour explorer la théorie qui sous-tend le nouveau domaine de la physique quantique. Ses travaux, conjugués à la Seconde Guerre mondiale, ont abouti à la création de la bombe atomique, qui a nécessité la supervision de personnalités contradictoires autant que le respect des mathématiques et de la science.

Dans « Fusion » (tourné en noir et blanc, contrairement à « Fission » qui est tourné en couleur), nous suivons Lewis Strauss (incarné par Robert Downey Jr.), ancien chef de la commission de l’Énergie atomique, lors de son audition de confirmation au Sénat américain pour le cabinet du président Eisenhower. L’accréditation de Strauss est menacée par son passé avec Oppenheimer. Il cherche donc à désamorcer la situation avant qu’elle n’anéantisse l’ambition de sa vie. Les deux hommes sont jugés pour leur passé et le défi consiste à réconcilier leurs actions avec le monde qu’ils ont créé.

« Oppenheimer » se déroule comme un thriller où le projet de bombe atomique n’est pas le point culminant de l’histoire, mais plutôt son moment le plus sombre, car c’est là qu’Oppenheimer se rend compte des conséquences exactes de sa création sur le monde et se retrouve à l’ère non pas de la dissuasion nucléaire, mais de l’escalade et de la destruction mutuellement assurée. Nolan requiert toute votre attention, mais il la mérite également grâce à ses compositions à couper le souffle, son rythme rapide, les performances incroyables de l’une des équipes les plus impressionnantes jamais réunies et la partition magistrale du compositeur Ludwig Göransson.

Cillian Murphy dans le rôle de J. Robert Oppenheimer et David Krumholtz dans celui d’Isidor Rabi dans le film « Oppenheimer » de Christopher Nolan. (Crédit : Universal Studios)

Pourtant, le véritable moteur du film vient d’un élément inattendu : Isidor Rabi, ami de longue date d’Oppenheimer et physicien lauréat du prix Nobel, interprété par l’acteur juif David Krumholtz. Oppenheimer et Rabi se rencontrent à Leipzig et forgent rapidement un lien fondé non seulement sur leur profession, mais aussi sur le fait qu’ils sont tous deux des Juifs de New York. Alors que le film progresse et qu’Hitler arrive au pouvoir, ils sont tous deux pleinement conscients de la menace que l’Allemagne nazie fait peser non seulement sur le monde, mais aussi sur les Juifs en particulier.

La décision d’Oppenheimer de superviser la construction de la bombe atomique est motivée en partie par son judaïsme. Il sait que l’Allemagne a 18 mois d’avance sur la bombe, et comme son peuple est exterminé de façon systémique en Europe, l’appel d’Oppenheimer lui semble personnel. Cependant, lorsque Oppenheimer tente de faire venir Rabi, ce dernier refuse poliment.

« Les bombes tombent sur les Justes comme sur les injustes », dit Rabi à Oppenheimer. Rabi ne rejoindra pas le laboratoire de Los Alamos, mais il conservera néanmoins son amitié avec Oppenheimer.

Nous voyons à travers Rabi que son amitié n’est pas soumise à la politique ou à l’ambition personnelle comme tant d’autres dans la vie d’Oppenheimer. Au contraire, lors de la réunion d’Oppenheimer avec le Conseil de sécurité et alors que sa réputation est mise en pièces dans un « tribunal fantoche » – ou tribunal de kangourou – Rabi est là pour soutenir son ami tout en représentant l’idéal de moralité juive du film à côté d’Oppenheimer, son référent du pragmatisme juif. Nolan, avec sagesse, n’essaie pas de réconcilier ces deux concepts ou de présenter l’un comme supérieur à l’autre. Au contraire, il les met côte à côte de manière à ce que tous les publics, Juifs et goyim – non-Juifs en hébreu – puissent apprécier que la foi soit mise à l’épreuve par le mal que nous voyons dans le monde.

Comme souvent chez Oppenheimer, il n’y a pas de réponses faciles, et le film avance dans ces zones grises où l’incertitude, le doute et le regret règnent en maîtres. Alors que les films de Nolan aiment toujours que les personnages expliquent comment les choses fonctionnent (et Oppenheimer ne manque pas de scènes où les personnages discutent de la technologie scientifique derrière la bombe), il y a ici une triste futilité en jeu. Comme si le fait de connaître toute la science et de voir toutes les réponses n’était pas à la hauteur d’hommes mesquins qui veulent jouer à Dieu.

Cette sorte d’insouciance apparaît le plus clairement dans le personnage de Strauss, où Downey Jr. donne l’une des meilleures interprétations de sa carrière. Strauss, juif comme Oppenheimer et Rabi, ne se bat jamais contre les conséquences morales de l’énergie nucléaire. Au lieu de cela, Strauss ne voit pas plus loin que sa propre ambition (c’est pourquoi la perspective d’Oppenheimer est rendue en couleur alors que celle de Strauss est en monochrome lugubre). Downey Jr., un acteur capable de s’appuyer fortement sur son charme naturel et son charisme, va à l’encontre dans son interpellation du rôle de Strauss et joue de manière expérimentée les insécurités et les ressentiments du personnage avec une auto-satisfaction captivante. Oppenheimer et Rabi montrent leur humanité à travers leurs doutes et leurs questions ; Strauss ne peut que ricaner face à ceux qui n’ont pas ses certitudes.

Lorsque la saison des récompenses approchera, « Oppenheimer » sera probablement en lice dans de nombreuses catégories, et Downey Jr. dans celle du meilleur acteur dans la catégorie « Second rôle ». Mais il faut espérer que l’Académie ne négligera pas Krumholtz malgré son petit rôle.

En tant que spectateurs, nous aimons voir un méchant comme Strauss avec sa duplicité et son narcissisme. Mais il y a aussi quelque chose à dire pour un acteur qui peut transmettre un peu de chaleur – pas par de grands discours ou des actes héroïques spectaculaires, mais par la façon dont il se présente à l’écran. Dans l’imposante distribution de ce biopic, il est facile pour un acteur autre que Murphy ou Downey Jr. de s’y perdre, mais Krumholtz et sa performance sont restés gravés dans ma mémoire.

Bien que la production insiste pour que vous voyiez « Oppenheimer » sur le plus grand écran possible afin de profiter pleinement de la force de l’explosion atomique, ce qui résonne le plus, ce sont les petits moments entre les personnages – tel qu’un vieil ami qui offre à son ami déprimé un quartier d’orange pour le réconforter.

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