Opposé à la chloroquine, le chef d’une agence gouvernementale US renvoyé
Rechercher

Opposé à la chloroquine, le chef d’une agence gouvernementale US renvoyé

"Je m'exprime car pour lutter contre ce virus mortel, la science, et non la politique et le copinage, doivent nous guider", a déclaré Rick Bright

Comprimés de chloroquine. (Autorisation)
Comprimés de chloroquine. (Autorisation)

Le directeur d’une agence gouvernementale américaine chargée de développer des traitements et vaccins contre le nouveau coronavirus, Rick Bright, a affirmé mercredi avoir été limogé de son poste pour des raisons politiques, en raison de son opposition à une utilisation large de la chloroquine, médicament vanté par Donald Trump.

Rick Bright dirigeait jusqu’à peu la Biomedical Advanced Research and Development Authority, partenaire de deux sociétés développant des vaccins contre le Covid-19, la maladie causée par le coronavirus. Il a été muté aux Instituts nationaux de santé, selon le site Stat.

« J’estime que ma mutation est due au fait que j’ai insisté pour que le gouvernement investisse les milliards de dollars alloués par le Congrès pour la pandémie de Covid-19 dans des solutions sûres et validées scientifiquement, pas dans des médicaments, des vaccins et d’autres technologies sans mérite scientifique », a déclaré Rick Bright dans un communiqué au New York Times mercredi.

« Je m’exprime car pour lutter contre ce virus mortel, la science, et non la politique et le copinage, doivent nous guider », poursuit-il.

A LIRE : Des essais à base de chloroquine interrompus en Suède et au Brésil

Il raconte s’être opposé aux dirigeants du département de la Santé, nommés par le président, sur la chloroquine et l’hydroxychloroquine, des médicaments anti-paludisme anciens qui sont utilisés par des médecins contre le Covid-19 mais sans qu’on ait encore d’études cliniques démontrant leur efficacité, et ce, malgré des risques de complications cardiaques.

Le président Donald Trump quitte la Maison Blanche à la fin d’un briefing sur le coronavirus dans la salle de presse James Brady, le 22 avril 2020, à Washington. (Crédit : AP Photo/Alex Brandon)

« Spécifiquement, et contrairement à des directives malvenues, j’ai limité l’utilisation large de la chloroquine et de l’hydroxychloroquine, promues par l’administration comme une panacée, mais qui manquent à l’évidence de mérite scientifique », affirme Rick Bright.

Il dit s’être battu pour restreindre aux seuls patients hospitalisés le recours à ces médicaments, au lieu d’une autorisation « à la demande » par le grand public.

Le gouvernement américain avait finalement accordé une autorisation d’urgence pour les hôpitaux.

Se plaignant de son renvoi en pleine pandémie, il a prévenu qu’il demanderait à l’inspecteur général de la Santé d’enquêter sur « la façon dont cette administration a politisé le travail » de son ex-agence, et « a fait pression sur moi et d’autres scientifiques consciencieux pour financer des entreprises ayant des connexions politiques ».

Mardi, un panel d’experts américains sous l’égide des Instituts nationaux de santé a déconseillé aux médecins de soigner leurs patients Covid-19 avec le double traitement hydroxychloroquine et azithromycine, une bithérapie promue en France par le docteur Didier Raoult.

Donald Trump avait lui-même qualifié la chloroquine de « don du ciel », en mars, mais récemment, il s’est abstenu de citer le médicament, les scientifiques qui le conseillent restant à ce stade réservés, notamment le docteur Anthony Fauci, directeur de l’Institut des maladies infectieuses.

Israël a stocké de la chloroquine et de l’hydroxychloroquine en partant du principe que si les essais venaient à prouver son efficacité dans le traitement du Covid-19, cela déclencherait une course mondiale à l’achat de ces médicaments.

S’adressant au quotidien financier Globes, le professeur Ronnie Gamzu, ancien directeur général du ministère de la santé qui dirige maintenant l’hôpital Ichilov à Tel-Aviv, a indiqué que l’hôpital avait utilisé de la chloroquine, mais n’avait vu aucune preuve de son efficacité dans le traitement du Covid-19.

« Nous avons utilisé la chloroquine à l’hôpital et nous n’avons pas eu l’impression qu’elle ait été efficace, et c’est également l’opinion des scientifiques aujourd’hui. Je suis actuellement les développements de près et je ne vois pas de nouvelles particulières concernant un traitement en cours de développement », a déclaré M. Gamzu à Globes.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...