Des essais à base de chloroquine interrompus en Suède et au Brésil
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Des essais à base de chloroquine interrompus en Suède et au Brésil

Les patients ont développé une arythmie cardiaque dans un essai et des migraines et une perte de vision dans un autre ; Israël en a stocké sans pour autant clamer son efficacité

Des pilules d'hydroxychloroquine. (Crédit : AP Photo/John Locher)
Des pilules d'hydroxychloroquine. (Crédit : AP Photo/John Locher)

Un essai médical brésilien d’un médicament stocké par Israël comme éventuel traitement du Covid-19 a été arrêté en raison de l’apparition de battements de cœur irréguliers chez les patients, pouvant provoquer une crise cardiaque mortelle. Un autre essai mené en Suède a été interrompu lorsque les patients ont signalé des migraines, une perte de vision périphérique et des crampes.

La chloroquine et un nouveau médicament similaire appelé hydroxychloroquine ont été mis en avant par le président américain Donald Trump après que de très petits tests préliminaires ont suggéré que ces médicaments pourraient empêcher le virus de pénétrer dans les cellules. Mais ces médicaments, tous deux utilisés dans le traitement de la malaria, sont connus depuis longtemps pour leurs effets secondaires potentiellement graves, notamment l’altération du rythme cardiaque d’une manière qui pourrait entraîner la mort subite.

L’étude brésilienne, menée dans la ville amazonienne de Manaus, avait prévu de recruter 440 patients gravement malades pour tester deux doses de chloroquine, mais les chercheurs ont rapporté des résultats après que 81 seulement eurent été traités.

Un quart des personnes qui devaient recevoir 600 milligrammes deux fois par jour pendant 10 jours ont développé des problèmes de rythme cardiaque, et les tendances suggéraient qu’il y avait plus de décès dans ce groupe, les scientifiques ont donc arrêté cette partie de l’étude.

L’autre groupe a reçu 450 milligrammes deux fois par jour le premier jour, puis une fois par jour pendant quatre jours supplémentaires. C’est plus proche de ce qui a été tenté dans d’autres études, notamment aux États-Unis. Il est trop tôt pour savoir si cela s’avérera sûr ou efficace ; l’étude brésilienne n’avait pas formé de groupe de patients qui ne recevaient aucun traitement.

Le professeur Didier Raoult, le 26 février 2020. (Crédit : GERARD JULIEN / AFP)

Un seul participant de l’étude brésilienne n’avait aucun signe du virus dans les prélèvements de gorge après le traitement, ont noté les chercheurs.

Les résultats ont été publiés sur un site web de recherche et n’ont pas encore été examinés par d’autres scientifiques.

Ce qui complique les choses, c’est que tous les patients de l’étude ont également reçu deux antibiotiques, la ceftriaxone et l’azithromycine. Ce dernier peut également avoir des effets sur le cœur. Trump a vanté les mérites de la combinaison hydroxychloroquine-azithromycine.

Il y a quelques semaines, le professeur français qui ne fait pas l’unanimité Didier Raoult a déclaré avoir mené une étude sur 80 patients qui a montré que quatre sur cinq des personnes traitées avec ce médicament présentaient des résultats « favorables ».

Il avait précédemment rapporté qu’après avoir traité 24 patients pendant six jours avec de l’hydroxychloroquine et de l’azithromycine, le virus avait disparu chez tous sauf un quart d’entre eux.

La recherche n’a pas fait l’objet d’un examen par des pairs ni d’une publication officielle dans une revue médicale.

Le président français Emmanuel Macron a récemment rencontré le professeur Raoult et son équipe à Marseille il y a une semaine pour discuter de leurs dernières découvertes, bien que le président n’ait pas commenté publiquement cette rencontre par la suite.

Ronnie Gamzu, alors directeur-général du ministère de la Santé, participe à une réunion de la Commission des Finances à la Knesset à Jérusalem, le 23 avril 2014. (Flash 90)

S’adressant au quotidien financier Globes jeudi, le professeur Ronnie Gamzu, ancien directeur général du ministère de la santé qui dirige maintenant l’hôpital Ichilov à Tel-Aviv, a indiqué que l’hôpital avait utilisé de la chloroquine, mais n’avait vu aucune preuve de son efficacité dans le traitement du Covid-19.

« Nous avons utilisé la chloroquine à l’hôpital et nous n’avons pas eu l’impression qu’elle ait été efficace, et c’est également l’opinion des scientifiques aujourd’hui. Je suis actuellement les développements de près et je ne vois pas de nouvelles particulières concernant un traitement en cours de développement », a déclaré M. Gamzu à Globes.

Israël a stocké de la chloroquine et de l’hydroxychloroquine en partant du principe que si les essais venaient à prouver son efficacité dans le traitement du Covid-19, cela déclencherait une course mondiale à l’achat de ces médicaments.

S’adressant au Times of Israel la semaine dernière au sujet de la chloroquine, Jacob Moran-Gilad, membre de l’équipe de gestion des épidémies du ministère de la Santé, avait expliqué : « Dans quelques semaines, si des données officielles montrent que la chloroquine est bénéfique, il sera très difficile de s’en procurer ».

Il a fait savoir que l’équipe de gestion de l’épidémie a discuté de la possibilité de donner aux hôpitaux des directives concernant l’hydroxychloroquine, et a décidé de ne pas le faire. « Pour le moment, il n’y a pas de directives officielles ou d’approbation par le ministère de la Santé pour l’utiliser pour le Covid-19 », a-t-il déclaré. « Nous en avons discuté au sein de l’équipe de gestion nationale et nous avons décidé de ne pas donner de directives, car il n’y a pas de données pour soutenir l’utilisation de ce médicament ».

Il a précisé que les médecins sont autorisés à prescrire de l’hydroxychloroquine à leurs patients, et certains le font. Mais il a
souligné : « Le fait qu’on stocke ce médicament n’est pas synonyme d’approbation officielle ou d’encouragement à l’utiliser de façon libre ».

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