Oren : Obama voyait Israël comme ‘une partie du problème’. Avec Trump, c’est ‘l’amour, l’amour, l’amour’
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Michael Oren : 'Si nous leur donnons un état demain, il échouera dans les jours ou même les heures qui suivent'

Oren : Obama voyait Israël comme ‘une partie du problème’. Avec Trump, c’est ‘l’amour, l’amour, l’amour’

Lors d'une rencontre organisée par le Times of Israël, le vice-ministre né aux Etats-Unis a insisté sur le 'sérieux' de Netanyahu face au processus de paix, mais a établi une longue liste de conditions que le Premier ministre devra rejeter 'sans équivoque'

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Michael Oren s'entretient avec  David Horovitz lors d'une rencontre-débat organisée par le  Times of à Jérusalem, le 28 mai 2017 (Crédit :  Luke Tress/Times of Israel)
Michael Oren s'entretient avec David Horovitz lors d'une rencontre-débat organisée par le Times of à Jérusalem, le 28 mai 2017 (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

En tant qu’historien réputé, ancien ambassadeur israélien aux Etats-Unis et actuel membre de la Knesset, Michael Oren s’est penché sur la façon dont Israël devait être présenté au monde.

L’année dernière, peu de temps après avoir été nommé vice-ministre de la diplomatie publique, Oren a été invité à une réunion avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu pour évoquer précisément ce sujet.

« La délégitimation, le mouvement (Boycott, Divest and Sanctions)… Que ratons-nous de notre côté ? Que pourrait-on faire pour mieux présenter Israël ? », a déclaré Oren, s’exprimant devant une salle bondée d’Israéliens anglophones lors d’un événement organisé par le Times of Israël dans la soirée de dimanche, se rappelant de cette question que lui avait posé Netanyahu.

Oren a indiqué qu’il avait répondu au Premier ministre qu’il pensait qu’Israël prenait part à cette guerre des mots en utilisant de mauvaises armes. Tandis que « l’autre partie » présentait un narratif simple, teinté de mots à la mode comme « occupation », « colonialisme », « oppression » et « apartheid », Israël, selon Oren, doit encore trouver un moyen d’avancer un argumentaire succinct et saillant pour contrer ses critiques. Israël était resté à la traîne dans cette bataille pour les esprits et pour les coeurs parce que l’état juif n’était pas parvenu à créer un contre-récit positif, a affirmé Oren.

Chargé par Netanyahu de créer ce narratif, Oren s’est en premier lieu rapproché de spécialistes des relations publiques, a-t-il raconté, mais a rapidement réalisé que les méthodes traditionnelles en vogue dans ce domaine n’étaient pas la bonne manière d’aborder la hasbara, ou plaidoyer pro-israélien.

« J’ai réalisé que nous combattions les sentiments par des faits. Et tout le monde sait que dans un mariage, lorsqu’un fait se heurte à un sentiment, c’est le sentiment qui l’emportera », a déclaré Oren. « Nous pouvons dire tout ce que nous voulons sur les faits de l’histoire d’Israël mais pour un adolescent de 18 ans aux Etats-Unis, c’est le simple message portant sur une ‘oppression’ qui aura le dessus ».

Israël — l’un des récits les plus émouvants de l’histoire – devrait évoquer les sentiments, a conclu Oren. Il a donc décidé de se tourner vers des poètes. Et ensemble, ils ont décidé de créer le texte suivant pour résumer les « sentiments et non les faits » d’Israël.

Israël, c’est chez nous.

C’est ouvert et accueillant, créatif et compatissant.

C’est la défense de la liberté et la promesse donnée aux citoyens de droits égaux.

C’est une passerelle entre l’Orient et l’Occident, entre les traditions anciennes et les technologies qui dessinent l’avenir.

C’est une presse libre, un système judiciaire respecté dans le monde entier et des soins de santé de pointe pour tous.

C’est un pionnier dans les droits des Femmes et des communautés LGBT, dans la conservation et l’assèchement des eaux, et dans les sources d’énergie et d’alimentation durables pour les nations en développement.

Israël a offert un abri aux réfugiés de soixante-dix pays et une aide humanitaire aux victimes des catastrophes naturelles à l’étranger.

C’est une histoire improbable de vision et de persévérance face aux horreurs indicibles.

Et c’est la terre natale du peuple juif depuis 4 000 ans, l’accomplissement de son désir et de ses rêves. Israël est la communauté. Israël est la famille. Israël, c’est notre foyer.

‘L’amour, l’amour, l’amour’

Dans une discussion avec David Horovitz, fondateur du Times of Israël, ce même sens du « sentiment » a semblé s’infiltrer dans la vision du monde d’Oren concernant certains des problèmes les plus pressants rencontrés actuellement par Israël.

Sur la visite effectuée la semaine dernière par le président américain Donald Trump, Oren a indiqué que par-dessus tout, l’émotion exprimée par l’homme d’affaires milliardaire durant son voyage était ce qui avait le plus touché les Israéliens et ce qui pouvait potentiellement influencer le plus la politique israélienne.

« S’il y a un concept qu’il a martelé tout au long de la durée de la visite, c’est l’amour, l’amour, l’amour. Et je pense que cela aidera beaucoup à amorcer un processus », a déclaré Oren, se référant aux efforts livrés par Trump en faveur d’une reprise des négociations entre Israël et les Palestiniens. « Si vous voulez qu’on soit flexibles, montrez-nous de l’amour. Si vous nous mettez la pression, nous tiendrons bon ».

Le président américain Donald Trump au musée d'Israël, le 23 mai 2017. (Crédit : capture d’écran YouTube)
Le président américain Donald Trump au musée d’Israël, le 23 mai 2017. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Lors du principal discours de Trump en Israël, prononcé au musée de Jérusalem le 23 mai, ces « sentiments » d’amour pour Israël étaient clairs et l’assistance présente y a fait écho.

« Les leaders iraniens appellent régulièrement à la destruction d’Israël », a ainsi déclaré le président américain avant d’ajouter avec emphase : « Mais pas avec Donald J. Trump, vous pouvez me croire ». Ces propos ont été accueillis par des acclamations et une standing ovation. « Merci, merci, merci », a alors dit Trump en attendant que les applaudissements s’arrêtent avant d’ajouter : « Je vous aime aussi. »

Oren a expliqué que cet amour, couplé à la nouvelle approche de l’administration américaine, offrait une marge de manoeuvre à Israël.

« La diplomatie est une question d’espace – et on nous a restreint notre espace depuis presque 15 ans », a commenté Oren. « Trump nous offre de l’espace et c’est pour cette raison que j’ai de l’espoir ».

Oren, qui en tant qu’ambassadeur en Israël aux Etats-Unis a joué un rôle significatif dans la visite en 2013 du président de l’époque Barack Obama, a expliqué que le prédécesseur de Trump avait opté pour une approche différente. « L’ancienne administration nous soutenait, mais il y a un véritable amour dans celle-ci », a-t-il estimé.

Obama a traité Israël comme « faisant partie du problème et non comme faisant partie de la solution », selon Oren, qui a noté le cynisme intentionnel du titre de son livre « Alliés : Mon parcours au coeur de la division américano-israélienne », qui analyse les relations entretenues par Israël et les Etats-Unis sous Obama. Cette approche, a-t-il constaté, a poussé Israël dans l’impasse et a empêché de réelles négociations.

Gérer les attentes

Mais tandis qu’Oren, membre du parti centriste Koulanou, espère et croit que les efforts livrés par Trump pourront amener Israël et les Palestiniens à la table des négociations, il a toutefois mis en garde contre l’espoir d’une issue positive immédiate.

La réussite d’Israël dans la construction de son état il y a presque 70 ans est née de son investissement dans les institutions publiques. Mais les Palestiniens, a dit Oren – à l’exception des efforts brefs menés par le Premier ministre déchu Salam Fayyad – ne sont pas parvenus à poser les fondations solides d’un état.

« Si nous leur donnons un état demain, il échouera dans les jours ou même les heures qui suivent », a-t-il averti.

En fait, tout en prônant les négociations, Oren s’est interrogé : Les Palestiniens pourront-ils un jour être prêts à assumer un état ? « Je sais que cela peut être sujet à controverse », a-t-il continué, « mais toutes les sociétés ne s’organisent pas selon le principe de l’état-nation. Nous assistons aujourd’hui à l’échec des Européens à imposer un état-nation à des gens qui ne s’organisent pas eux-mêmes de cette façon ».

Oren pense néanmoins qu’une chance doit être donnée aux Palestiniens. Aujourd’hui, au lieu d’une solution à deux états, Oren a présenté ce qu’il appelle une « situation à deux états » dans laquelle Israël et les Palestiniens renforceraient la coopération déjà existante entre les deux parties pour créer les principes de base d’un état, même sans une indépendance complète.

« Nous devons créer un horizon diplomatique de façon à ce qu’un jour, les Palestiniens puissent être prêts à vivre l’état qui sera le leur », a dit Oren, ajoutant qu’il espérait que Washington comprenne dorénavant cette manière de penser.

Michael Oren signe des livres à la suite d'une rencontre - débat organisé par le Times of Israel le 28 mai 2017 (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)
Michael Oren signe des livres à la suite d’une rencontre – débat organisé par le Times of Israël le 28 mai 2017 (Crédit : Luke Tress/Times of Israël)

Autre changement qu’Oren souhaite que Trump mène à bien, sa promesse de campagne de relocaliser l’ambassade américaine à Jérusalem.

Tandis que le gouvernement israélien espérait que cette initiative se réalise dans les premiers temps de la présidence de Trump, des responsables américains ont signalé qu’il désirait remettre la réalisation de cette promesse à une date ultérieure. S’il a l’intention d’attendre, Trump devra signer une dispense jeudi pour empêcher le déménagement de l’ambassade.

Selon Oren, cette relocalisation de l’ambassade indiquerait une rupture claire d’avec ses prédécesseurs et montrerait aux autres pays de la région que Trump désire respecter ses engagements. Cela pourrait même renforcer l’influence du président en faveur de la reprise des négociations de paix, a-t-il affirmé.

Oren a indiqué que si Trump devait ne pas immédiatement déménager l’ambassade, il devrait au moins montrer certains signes pour reconnaître formellement Jérusalem en tant que capitale d’Israël. Une telle initiative, a-t-il dit, pourrait permettre l’apparition de la mention « Jérusalem, Israël » sur les passeports des ressortissants américains nés dans la ville, contrairement à l’actuelle directive qui avait été délivrée par la Maison Blanche et qui spécifie uniquement « Jérusalem ».

‘Raisonnablement optimiste’

Mais que dire de Netanyahu ?

Même avec l’espace offert à Israël par la nouvelle administration Trump et les petits gestes potentiels sous la forme de la reconnaissance de Jérusalem, est-ce qu’Oren pense véritablement que le Premier ministre est désireux de faire un pas vers « l’accord ultime » de Trump ?

La majorité des Israéliens n’ont pas le sentiment que Netanyahu réclame un accord, a dit Horovitz. Est-ce le cas de son vice-ministre ?

Michael Oren s'entretient avec David Horovitz à une rencontre-débat organisée par le Times of Israel à Jérusalem, le 28 mai 2017 (Crédit : (Luke Tress/Times of Israel)
Michael Oren s’entretient avec David Horovitz à une rencontre-débat organisée par le Times of Israël à Jérusalem, le 28 mai 2017 (Crédit : (Luke Tress/Times of Israël)

En réponse, Oren s’est moins appuyé sur ses sentiments et plus sur son expérience passée avec le Premier ministre durant « de nombreuses, nombreuses heures à parler de cela, avec John Kerry, Obama et d’autres ». Selon Oren, non seulement Netanyahu est intéressé, mais il est profondément impliqué dans les menus détails de chaque proposition soumise.

« Je vous le dis sans aucun équivoque », a continué Oren, « il est sérieux. Il est très sérieux ».

Malgré ce sérieux, ou peut-être à cause de lui, Netanyahu a des réserves profondes sur les éventuels débouchés du processus, a-t-il dit.

« Je vais aussi dire sans équivoque », a ajouté Oren, « qu’il ne donnerait pas son accord à un état palestinien qui s’effondrerait, nous menacerait au niveau militaire, serait militarisé, serait capable de signer des traités avec des puissances étrangères, impliquerait le retrait des forces israéliennes ou le déracinement des citoyens israéliens ».

Ces conditions font écho – tout en allant plus loin – aux limites avancées par Netanyahu sur un état palestinien lorsqu’il avait pour la première fois fait part de son soutien à cette idée lors de son discours phare prononcé à l’université de Bar-Ilan en 2009.

Oren, malgré tout, a encore le sentiment que le positionnement adopté par Netanyahu peut progresser. « Pour moi, les conditions ne ferment pas la porte à un grand nombre d’options. Il y a encore beaucoup de marge de manoeuvre », a-t-il insisté.

Au niveau personnel, Oren a expliqué que, comme le Premier ministre, s’il entretient un lien profond avec toute la terre d’Israël, il pense encore qu’un accord avec les Palestiniens est nécessaire. Il a admis que, le moment venu, il devrait certainement choisir des « concessions douloureuses » au détriment de ses sentiments.

« Je pense que le peuple Juif possède un droit sur chaque millimètre de la Judée et de la Samarie », a déclaré Oren, reprenant le nom biblique de la Cisjordanie. « Mais pour faire la paix, nous pourrions bien devoir consentir à faire des concessions difficiles et douloureuses. Ce n’est pas nier nos droits. C’est reconnaître que d’autres ont aussi des droits ici. Je suis ému de me trouver sur ma terre natale, mais au bout du compte, je veux un meilleur avenir pour nos enfants et nos petits-enfants ».

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Les prochaines rencontres-débats organisées dans le cadre de ‘Times of Israël Présente’ incluent une rencontre avec l’avocat antiterroriste Nitsana Darshan-Leitner sur scène à Jérusalem (le 4 juin), et les auteurs Jessica Steinberg et Shirley Graetz (le 19 juin) ainsi que l’ancien ambassadeur américain Dan Shapiro (le 2 juillet).

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