Outrée par l’arrêt de l’annexion, la droite réclame la démission de Netanyahu
Rechercher
“IL A DUPÉ LES ÉLECTEURS DE DROITE PENDANT DES ANNÉES”

Outrée par l’arrêt de l’annexion, la droite réclame la démission de Netanyahu

Smotrich veut que la droite présente un « leader alternatif » au Premier ministre; Elhayani affirme qu’il « doit être remplacé » s’il renonce à l’annexion

Le député Bezalel Smotrich à Jérusalem, le 11 novembre 2019. (Crédit : Noam Rivkin Fenton / Flash90)
Le député Bezalel Smotrich à Jérusalem, le 11 novembre 2019. (Crédit : Noam Rivkin Fenton / Flash90)

Les critiques contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu continuent de faire rage à droite ce vendredi, du fait qu’il ait accepté de suspendre le projet d’annexion de terres en Cisjordanie, dans le cadre de l’accord de paix avec les Émirats arabes unis ; deux politiciens de droite influents ont même suggéré que le moment était venu pour Netanyahu de quitter la scène.

David Elhayani, président du Conseil de Yesha des maires des implantations de Cisjordanie, a déclaré à la radio Kan Bet : « Le Premier ministre a perdu la tête. Il nous a induits en erreur depuis trop longtemps. »

Il a affirmé que s’il a vraiment renoncé au plan d’annexion des implantations, « Netanyahu doit être remplacé ».

En parallèle, le député Bezalel Smotrich du parti nationaliste religieux Yamina a déclaré qu’il était temps pour la droite de « présenter un leadership alternatif à celui de Netanyahu ».

Netanyahu a insisté jeudi sur le fait que son projet d’imposer la souveraineté israélienne à quelque 30 % de la Cisjordanie, dont les implantations et la vallée du Jourdain, n’a été que « temporairement suspendu » à la demande du Président américain Donald Trump, mais qu’il restait « engagé » à sa mise en œuvre ultérieure en pleine coordination avec les États-Unis.

Pressentant la colère croissante de leur base dans les implantations, de nombreux ministres du Likud ont déclaré jeudi et vendredi qu’il était impératif de ne pas renoncer à l’annexion.

David Elhayani, chef du Conseil régional de la vallée du Jourdain et du Conseil de Yesha des maires des implantations de Cisjordanie, sous une tente de protestation Yesha près du bureau du Premier ministre à Jérusalem, 4 février 2020. (Yonatan Sindel / Flash90)

Vendredi, le ministre des Affaires des implantations Tzachi Hanegbi a déclaré à la radio de l’Armée israélienne qu’elle n’avait pas renoncé à son projet d’annexion. « Bien sûr que cela aura lieu », ajoute-t-il, en réitérant l’affirmation de Netanyahu selon laquelle la suspension du projet n’est que temporaire.

Le ministre de la Santé Yuli Edelstein a déclaré que l’annexion « n’est pas moins importante pour le peuple d’Israël » que l’accord avec les Émirats arabes unis. Le ministre de l’Énergie Yuval Steinitz a admis auprès de Kan Bet qu’il comprenait la déception ressentie par certains, mais a soutenu que l’annexion « n’est pas hors de propos » et que l’accord avec Abu Dhabi « servira Israël pendant des générations ».

Smotrich, qui était encore récemment ministre des Transports de Netanyahu, a reconnu dans un message sur Facebook que le Premier ministre est « un magicien » – un surnom que de nombreux partisans du Premier ministre et des analystes politiques, lui ont affublé au fil du temps. Mais, a-t-il ajouté, le principal talent des magiciens est la « tromperie », et Netanyahu a dupé l’aile droite du pays de façon répétée.

« Netanyahu a dupé les électeurs de droite pendant des années avec un grand succès. Il est la bannière de la droite, bien qu’il soit en fait à des années-lumière d’adopter une idéologie de droite, dans presque tous les domaines », a soutenu Smotrich.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu parle de l’accord entre Israël et les Émirats arabes unis d’établir des relations diplomatiques, au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 13 août 2020. (Crédit : Yonatan Sindel / FLASH90)

Revenant sur ses promesses antérieures d’annexer la Cisjordanie, le Premier ministre a choisi de normaliser des relations qui, selon Smotrich, l’étaient déjà depuis des années, tout en remettant à l’ordre du jour la souveraineté palestinienne et la solution à deux États.

« C’est le prix qu’Israël doit payer, les porte-parole de la Maison Blanche et des Émirats arabes unis ont été parfaitement clairs à ce sujet hier », a-t-il déclaré. Smotrich a affirmé que Netanyahu avait causé encore plus de tort en acceptant, lors des pourparlers d’annexion, de tracer les frontières d’un futur État palestinien dans le cadre du plan de paix américain – ce que même les Premiers ministres de gauche avaient refusé de faire pendant des années.

Pour combattre les dangers d’un État palestinien, a soutenu Smotrich, la droite doit « présenter immédiatement un leadership alternatif à celui de Netanyahu ».

« Tant que l’alternative à Netanyahu est un gouvernement de gauche, la droite continue d’être l’otage de Netanyahu… Présenter une alternative de droite à Netanyahu est la seule façon de remédier à la dépendance de la droite vis-à-vis de Netanyahu, ce qui lui permettra de porter un regard objectif et de s’arrêter avant d’atteindre le point de non-retour », a-t-il déclaré.

Vendredi, des manifestations sporadiques de la droite contre Netanyahu se sont organisées à plusieurs intersections, bien que le militant Reuven Gafni ait soutenu au site d’information Ynet qu’elles avaient été planifiées avant l’annonce de l’accord avec Abou Dhabi ce jeudi.

Gafni a déclaré que les manifestants dénoncent le dysfonctionnement du gouvernement actuel et la perspective d’une nouvelle élection due aux crises en cours entre les partis de la coalition.

L’ancien député Aryeh Eldad, l’un des fondateurs du parti d’extrême droite qui est aujourd’hui devenu Otzma Yehudit, a déclaré que Netanyahu « avait vendu la Terre d’Israël… pour la ‘paix’ avec les Émirats arabes unis, comme s’il n’y avait jamais eu de guerre entre nos deux pays ».

La majorité des dirigeants politiques israéliens ont salué l’annonce historique de jeudi, qui a été rendue publique en avant-première par la Maison Blanche. Washington a déclaré que les dirigeants des États-Unis, d’Israël et des Émirats arabes unis « se sont exprimés aujourd’hui et ont accepté la normalisation complète des relations entre Israël et les Émirats arabes unis ».

Le prince héritier d’Abou Dhabi et dirigeant de facto des Émirats arabes unis, le cheikh Mohammed bin Zayed Al Nahyan, lors d’une réunion avec le Président américain Donald Trump à la Maison Blanche à Washington, le 15 mai 2017. (AP / Andrew Harnik, dossier)

Les délégations israélienne et émiratie se rencontreront dans les semaines à venir pour signer des accords bilatéraux sur les investissements, le tourisme, les vols directs, la sécurité et la création d’ambassades réciproques, indique le communiqué.

Selon la déclaration conjointe d’Israël, des Émirats arabes unis et des États-Unis, Israël a accepté de suspendre son plan d’annexion de la Cisjordanie en échange de la normalisation des relations.

Les dirigeants de la droite dure et des implantations ont fustigé cette exigence.

Le député Naftali Bennett, président de Yamina, a ouvert sa déclaration en saluant l’annonce, mais a poursuivi en affirmant que Netanyahu avait « raté l’occasion du siècle » d’annexer une grande partie de la Cisjordanie, comme il l’avait promis encore et encore lors des trois dernières campagnes électorales.

Naftali Bennett, alors ministre de la Défense, lors du lancement de la campagne Yamina avant les élections générales, le 12 février 2020. (Tomer Neuberg / Flash90)

« Il est tragique que Netanyahu n’ait pas su saisir cette occasion, ni trouvé le courage d’imposer la souveraineté ne serait-ce que sur un pouce de la Terre d’Israël », a ajouté Bennett.

Smotrich a fustigé Netanyahu pour « la résurrection de la solution à deux États » et a minimisé l’accord, qu’il considère comme marginal, étant donné qu’Israël n’a jamais été en guerre avec les Émirats arabes unis.

Le principal rival de Netanyahu au Likud, le député Gideon Saar, a déclaré qu’il s’était réjoui de l’accord, mais il a ajouté : « Je serai ému lorsque nous serons en mesure d’imposer la souveraineté israélienne [sur les implantations]. »

Deux ministres du Likud ont également exprimé leur mécontentement. Miri Regev, qui s’est rendue à Abou Dhabi en 2018, a déclaré que l’accord ne devait pas se faire au détriment de l’extension de la souveraineté. Et Edelstein a ajouté : « Nous avons promis la souveraineté aux électeurs du Likud, et nous devons honorer notre engagement. »

Les dirigeants des implantations ont été beaucoup plus féroces dans leurs critiques, Elhayani disant que Netanyahu avait « trahi » tous les Israéliens qui vivent au-delà de la Ligne verte.

« Netanyahu a promis à plusieurs reprises l’imposition de la souveraineté israélienne en Judée, en Samarie et dans la vallée du Jourdain. Nous l’avons rencontré personnellement. Il nous a assuré qu’il y travaillait, que c’était la proposition politique majeure de sa candidature aux élections », a déclaré Elhayani.

« Il a abusé de notre confiance. Il a induit en erreur [près d’]un demi-million d’habitants de la région et des centaines de milliers d’électeurs », a-t-il ajouté.

La ministre des Transports, Miri Regev, lors d’une conférence de presse au ministère des Transports à Jérusalem, le 8 juillet 2020. (Olivier Fitoussi / Flash90)

Le maire de l’implantation de Beit El, Shai Alon, a accusé Netanyahu d’avoir sacrifié son parti.

« C’est une entourloupe faite aux résidents des implantations. Notre avenir est en Judée et en Samarie et dans les décisions courageuses que nos dirigeants prendront. Pas dans des accords que nous signons aujourd’hui et qui demain, ne vaudront même pas le prix du papier sur lequel ils sont écrits. »

Le maire d’Efrat, Oded Revivi, est la seule personnalité influente au-delà de la Ligne verte qui s’est prononcée en faveur de l’accord, la suspension de l’annexion étant le « prix adéquat » pour la normalisation des relations. Il a également anticipé un changement dans la façon dont les implantations sont perçues.

Reconnaissant les dégâts que l’annonce pourrait lui causer quant à sa base, Netanyahu a déclaré aux journalistes qu’il n’avait en aucun cas abandonné son plan d’annexion. Bien au contraire, il les a juste suspendus temporairement à la demande de l’administration Trump, afin de faire aboutir l’accord avec les Émirats arabes unis.

La question de l’imposition de la souveraineté sur la Judée-Samarie « reste sur la table [des négociations] », a-t-il affirmé. « C’est moi qui l’y ai mise… »

« De même que j’ai instauré la paix, j’instaurerai la souveraineté [sur la Cisjordanie] », a-t-il promis. « Je n’ai pas retiré [la question de] souveraineté de la table [des négociations] », a-t-il ajouté. « Je me suis engagé pour la souveraineté… Personne ne croit jamais à mes promesses » mais « je leur prouve toujours qu’ils ont tort ».

La déclaration conjointe publiée par la Maison Blanche déclare qu’« Israël suspendra sa marche vers la nationalisation des zones énoncées dans la “Vision pour la Paix” du président américain, et concentrera désormais ses efforts sur l’établissement de relations diplomatiques avec d’autres pays du monde arabo-musulman. Les États-Unis, Israël et les Émirats arabes unis sont convaincus que des avancées diplomatiques supplémentaires avec d’autres pays sont possibles, et travailleront ensemble pour atteindre cet objectif. »

Trump a contredit Netanyahu jeudi soir, affirmant que l’annexion n’était « plus sur la table [des négociations] » et qu’Israël avait accepté d’y renoncer. Mais Trump a ensuite ajouté de manière confuse que si c’était le cas « pour le moment », il ne pouvait pas prédire la situation « à venir ».

Les dirigeants des implantations ne semblent pas se laisser convaincre par l’affirmation selon laquelle la mise à l’écart serait seulement temporaire. « ‘Un report de quelques mois’. Tout le monde comprend qu’il s’agit d’une annulation », a déclaré le président du Conseil régional de Samarie, Yossi Dagan.

« Il y a une limite au cynisme [de Netanyahu] et il y a une limite à la trahison du public », a ajouté Dagan.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...