Les luttes et les pertes écrites dans les dunes de sable du sud d’Israël
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Les luttes et les pertes écrites dans les dunes de sable du sud d’Israël

Le Centre des visiteurs de Nitzan dépeint le "déracinement" du Gusk Katif en 2005 ; le Kibbutz Nitzanim a été le lieu d'une bataille dévastatrice lors de la guerre d'Indépendance

  • Des dunes de sable étendues dans une réserve naturelle près du littoral dans le sud d'Israël (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Des dunes de sable étendues dans une réserve naturelle près du littoral dans le sud d'Israël (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Les alentours du Kibboutz Nitzanim dans le sud d'Israël, qui a été la scène des combats acharnés pendant la Guerre de l'Indépendance, qui est maintenant une réserve naturelle (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Les alentours du Kibboutz Nitzanim dans le sud d'Israël, qui a été la scène des combats acharnés pendant la Guerre de l'Indépendance, qui est maintenant une réserve naturelle (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Les visiteurs peuvent faire de la randonnée dans les dunes de sable dans la région de Nitzanim dans sud (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Les visiteurs peuvent faire de la randonnée dans les dunes de sable dans la région de Nitzanim dans sud (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Un lieu pour pique-niquer près du Kibbutz Nitzanim. La région accueille maintenant une réserve naturelle. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Un lieu pour pique-niquer près du Kibbutz Nitzanim. La région accueille maintenant une réserve naturelle. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Une exposition au Centre des visiteurs de Nitzan (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Une exposition au Centre des visiteurs de Nitzan (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Une exposition dans le centre des visiteurs de Nitzan (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Une exposition dans le centre des visiteurs de Nitzan (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Une sculpture à l'extérieur du Centre des visiteurs de Nitzan, qui donne un aperçu du sentiment de « déracinement » des communautés de Gush Katif pendant le désengagement de Gaza en 2005 (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Une sculpture à l'extérieur du Centre des visiteurs de Nitzan, qui donne un aperçu du sentiment de « déracinement » des communautés de Gush Katif pendant le désengagement de Gaza en 2005 (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Les chemises portées par des manifestants qui s'opposaient au plan de désengagement de Gaza (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Les chemises portées par des manifestants qui s'opposaient au plan de désengagement de Gaza (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Vous souvenez-vous où vous étiez lorsque le président Kennedy a été assassiné en 1963 ? Quand les sirènes ont sonné pour Yom Kippour en 1973 ? Quand deux hélicoptères sont entrés en collision à leur retour du Liban en 1997 ?

Qu’en est-il du 15 août 2005, une date qui restera gravée dans la mémoire de nombre d’Israéliens ? Ce jour-là, les premiers des près de 9 000 résidents de Gush Katif ont été expulsés de force des maisons qu’ils habitaient pendant des décennies, des maisons qui ont été construites avec l’encouragement actif du gouvernement israélien dans la bande de Gaza, prise à l’Egypte lors de la guerre de 1967.

Qui étaient-ils ? D’où provenaient-ils ? A quoi ressemblaient leur vie ? Est-ce qu’ils ressentaient tous les mêmes choses quant au désengagement ?

Des réponses à ces questions et plus encore peuvent être trouvées au Centre des visiteurs Nitzan pour le patrimoine de Gush Katif. Que vous étiez d’accord ou pas avec la décision du gouvernement d’évacuer Gush Katif, que vous étiez trop jeunes pour vous souvenir de ce qui s’est passé ou que vous n’étiez pas en Israël à l’époque, le musée vous fournit un aperçu important d’un chapitre puissant de l’histoire de ce pays.

Si vous passez dans le quartier, avancez sur plusieurs centaines de mètres de Nitzan pour vous rendre à Nitzanim, pour découvrir de manière différente l’histoire de la nation et pour escalader de délicieuses dunes de sable dans une belle réserve naturelle juste à côté de l’océan méditerranéen.

Un panneau de Gush Qatif, un bloc d'implantations israéliennes à Gaza qui a été « déraciné » lors du désengagement du territoire en 2005 (Crédit : Shmuel Bar-Am)
Un panneau de Gush Qatif, un bloc d’implantations israéliennes à Gaza qui a été « déraciné » lors du désengagement du territoire en 2005 (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Notre guide du Centre des visiteurs était la coordinatrice du projet, Laurence Beziz, qui a vécu dans le Gush Katif pendant 19 ans avant l’évacuation et qui réside aujourd’hui à Beer Ganim près d’Ashkelon.

Elle nous a expliqué que les anciens résidents de Gush Katif étaient désireux de raconter leur histoire, et ils ont recueilli des photos et fait des films qui ont été intégrés à la collection du Centre lorsqu’il a été créé en 2008.

Fondamentalement, leur récit est une histoire d’implantation, une réalité historique créée par des personnes qui ont aimé leur pays et qui étaient liées à la terre.

Beziz a souligné que la sémantique est importante pour raconter l’histoire, mais quel mot, a-t-elle demandé de manière rhétorique, est-ce que vous utilisez ? Évacuation ? Expulsion ? Le terme neutre de désengagement ? Le Centre a opté pour le mot « déracinement » pour décrire ce que les habitants du Gush Katif ont ressenti pendant ces moments difficiles.

Les chemises portées par des manifestants qui s'opposaient au plan de désengagement de Gaza (Crédit : Shmuel Bar-Am)
Les chemises portées par des manifestants qui s’opposaient au plan de désengagement de Gaza (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Le tour commence avec un film présenté à travers les yeux du dernier enfant né au Gush Katif. Il vous rappelle que lorsque la guerre d’indépendance a éclaté en 1949, les habitants de Kfar Darom – l’une des implantations dans la région – ont dû quitter leur maison. Et que 20 ans plus tard, la Première ministre Golda Meir a décidé de faire fleurir le désert en réinstallant des personnes dans la région.

Les nouveaux résidents ont été confrontés au dilemme de la création de nouvelles fermes sur les sables mouvants, tout en formant une société basée sur la responsabilité mutuelle et une absence de position sociale définie. Cela est devenu le mode de vie à Gush Katif, et simplement une devise.

L'extérieur du Centre de visiteurs de Nitzan (Crédit : Shmuel Bar-Am)
L’extérieur du Centre de visiteurs de Nitzan (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Et cela a été très dur. Au début, il n’y avait pas d’eau courante, ni de douches ni même de toilettes. Mais les relations étaient chaleureuses et communales. Les résidents cuisinaient ensemble les jeudis, apportant des aubergines et des pommes de terre qu’ils ont fait pousser dans les sables. Le vendredi, ils mangeaient également ensemble.

Dans les années 1980, les implantations étaient florissantes. Le Gush Katif était une mosaïque humaine de la vie israélienne, abritant des familles religieuses et laïques qui venaient principalement du Gush Dan, des villes en développement et des communautés agricoles.

Le musée présente un certain nombre de pièces, chacune ont un motif différent. On met l’accent sur l’histoire juive de cette région, depuis les temps bibliques jusqu’aux implantations de l’époque hasmonéenne.

Une exposition au Centre des visiteurs de Nitzan (Crédit : Shmuel Bar-Am)
Une exposition au Centre des visiteurs de Nitzan (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Une présentation intéressante décrit les techniques agricoles très progressives utilisées pour faire pousser d’excellents produits sur le sable. Et il y a une présentation qui met en contraste les dunes de sable mouvant lorsque l’implantation a été fondée et à quoi ressemblait le gush à la veille du retrait.

Une autre présentation montre les relations positives entre les Juifs et les Arabes – même après que les attaques ont commencé. La première a eu lieu à la veille du Jour de l’Indépendance en 1985, lorsque Aharon Hazut de Gan Or a été poignardé alors qu’il était dans un marché arabe voisin. Il a survécu et d’autres Arabes ont exprimé leur répugnance pour cette attaque et toute autre activité terroriste.

Mais tout a changé en 1987, avec le déclenchement de la première Intifada. En plein soulèvement palestinien à Gaza, en Judée et Samarie, les résidents du Gush Katif ont été régulièrement victimes de jet de pierres ou de cocktails Molotov sur les routes. Les victimes ont commencé à croître parmi les soldats et les civils.

Des photos représentant les anciennes synagogues dans l'implantation de Gush Katif (Crédit : Shmuel Bar-Am)
Des photos représentant les anciennes synagogues dans l’implantation de Gush Katif (Crédit : Shmuel Bar-Am)

La situation s’est aggravée avec la Seconde Intifada en 2000. Au printemps 2005, plus de 5 000 obus d’artillerie et des roquettes Kassam sont tombés sur le Gush Katif. Pourtant, peu de familles ont quitté les implantations de Gaza. Au lieu de cela, les résidents ont établi des réseaux d’urgence et organisé des équipes de solidarité communautaire. Malgré tout cela, le Gush Katif a prospéré.

En 2003, lorsque le Premier ministre Ariel Sharon a pris sa décision capitale d’évacuer toute la région, les habitants ont été stupéfaits.

Beaucoup de personnes ont estimé qu’il y avait une chance de pouvoir le faire revenir sur sa décision et ont manifesté dans tout le pays.

La réalité les a rattrapés un mois avant leur éviction, lorsque l’armée a distribué des cartons comme ceux sur lesquels vous êtes invités à vous asseoir dans une autre pièce. Les gens qui avaient le sentiment que leur identité était liée au Gush Katif se demandent ce qu’ils pourraient faire à ce sujet.

Les visiteurs peuvent voir des films tournés pendant l’évacuation, montrant des soldats essayant de raisonner des résidents hystériques. En regardant les films, vous vous rendrez compte, comment cela est arrivé, et que même si vous comprenez la douleur des résidents en voyant tout ce qu’ils avaient construit être détruit, vous êtes plein de sympathie pour les soldats.

Une exposition dans le centre des visiteurs de Nitzan (Crédit : Shmuel Bar-Am)
Une exposition dans le centre des visiteurs de Nitzan (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Les anciens résidents du Gush se sont installés dans de nouvelles communautés ou déjà existantes. Naturellement, il a fallu beaucoup de temps pour que certains d’entre eux se remettent sur pied, et beaucoup d’entre eux ont encore du mal à se lever le matin. Mais, a ajouté Beziz, vous ne pouvez pas effacer cet esprit du Gush Katif. « Si vous regardez dans nos yeux, vous pouvez voir l’étincelle qui signifie que nous sommes du Gush Katif. »

Des dunes de sable étendues dans une réserve naturelle près du littoral dans le sud d'Israël (Crédit : Shmuel Bar-Am)
Des dunes de sable étendues dans une réserve naturelle près du littoral dans le sud d’Israël (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Une première position dans le Negev

On retrouve encore un peu plus d’histoire juste à un détour, à Nitzanim, le site d’une bataille déchirante lors de la guerre d’Indépendance. Nitzanim est également l’une des zones naturelles les plus enchanteresses du pays.

Le seul kibboutz pré-étatique entouré de tous les côtés par les villages arabes, Nitzanim est situé de l’autre côté de l’autoroute 4 depuis Nitzan. Établi en 1943 pour s’implanter dans le Néguev, Nitzanim était composé d’un élégant bâtiment de deux étages sur un terrain acheté auprès d’un dignitaire arabe en 1942. Connu sous le nom de « Palais », c’est un bâtiment historique bien préservé.

Le « Palais » de Nitzanim a été construit pour établir une présence juive dans la région en 1943 et a été le théâtre de combats acharnés pendant la Guerre de l'Indépendance (Crédit : Shmuel Bar-Am)
Le « Palais » de Nitzanim a été construit pour établir une présence juive dans la région en 1943 et a été le théâtre de combats acharnés pendant la Guerre de l’Indépendance (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Dans le cadre du Plan de partage de la Palestine des Nations unies de 1947, Nitzanim devait être inclus dans l’état arabe. Pourtant, les résidents ont refusé de partir. Puis, immédiatement après la décision de l’ONU en novembre, Nitzanim a été assiégé de toutes parts par les Arabes. Les fournitures ne passaient que rarement par le biais des convois armés.

Parce que le kibboutz était juste un peu en retrait de la route principale par laquelle les troupes égyptiennes s’avançaient vers Tel Aviv, leur armée n’a pas organisé d’offensives majeures. Ils se sont contentés à la fin du mois de mai de bombarder périodiquement Nitzanim. Mais une fois qu’ils ont décidé de dégager tout le Negev de Juifs, le kibboutz a été soumis à un assaut massif mené par l’armée égyptienne bien équipée. Les avions de combat ont aidé les troupes au sol dans cette lourde offensive.

Les cent quarante-et-un combattants juifs (dont 10 femmes et une division de nouvelles recrues) avaient à peine une centaine d’armes à eux tous et leur unique mitraillette est rapidement devenue inutilisable. Bientôt, ils ont perdu la colline du nord avec sa tour d’eau et son point d’observation au profit des forces égyptiennes.

Un lieu pour pique-niquer près du Kibbutz Nitzanim. La région accueille maintenant une réserve naturelle. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
Un lieu pour pique-niquer près du Kibbutz Nitzanim. La région accueille maintenant une réserve naturelle. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Les troupes israéliennes ont battu en retraite au palais. Les communications ont été réduites, des renforts ne sont jamais arrivés, les défenseurs étaient presque complètement sans munitions et sans eau et il n’y avait pas de fournitures médicales pour traiter les blessés.

La situation était désespérée et le commandant du kibboutz a décidé de se rendre. Pourtant, les Egyptiens ont tiré et blessé le premier soldat qui a grimpé sur le toit avec un Tee-shirt blanc qu’il tenait bien en vue. Et quand le commandant lui-même a descendu les escaliers du palais avec un « drapeau blanc », on lui a tiré dessus et a été blessé à l’épaule.

Pour le reste de cette histoire tragique, les visiteurs entrent dans le bâtiment (maintenant devenu une école de terrain de la société pour la Protection de la nature en Israël) et demandent à voir le film. Par la suite, et avant de commencer votre randonnée dans les dunes de sable, arrêtez-vous dans le magnifique monument dédié aux femmes courageuses qui sont mortes en train de combattre les Égyptiens à Nitzanim.

Le dernier tronçon de dunes de sable d’Israël, sur la côte entre Ashdod et Ashkelon, couvre une superficie de 31 000 Dunams – un quart de leur taille avant le début de la construction massive au sud de Tel Aviv. Elles sont situées à Nitzanim et disposent de quatre chemins à travers un paysage composé de merveilles naturelles.


Pour obtenir des indications précises sur l’un des sites, contactez-nous à l’adresse suivante : israeltravels@gmail.com.

Le centre des visiteurs à Nitzan est ouvert du dimanche au jeudi de 9h à 16h et le vendredi sur demande. Le Centre sera ravi d’organiser des visites de la région pour vous et votre famille. Parcourez le site Web pour plus d’informations sur les activités du Centre : www.mkatif.org.


Aviva Bar-Am est l’auteur de sept guides en anglais pour découvrir Israël.

Shmuel Bar-Am est guide touristique habilité. Il organise des visites privées et personnalisées en Israël qu’elles soient individuelles, familiales ou pour les petits groupes.

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