Israël en guerre - Jour 201

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Pour la philosophe Judith Butler, le 7 octobre était un « acte de résistance » 

Le 3 mars, à Pantin, la féministe et figure emblématique des études de genre a décrit les attentats du 7 octobre comme un "acte de résistance" qui ne pourrait être assimilé à un "acte terroriste" ou à une "attaque antisémite"

Judith Butler, en 2011. (Crédit : Andrew Rusk / CC-BY-2.0)
Judith Butler, en 2011. (Crédit : Andrew Rusk / CC-BY-2.0)

Judith Butler, philosophe américaine, membre de l’organisation Jewish Voice for Peace, association juive antisioniste, a ravivé la polémique au sein de la gauche ce mois-ci, qualifiant les attaques du Hamas le 7 octobre en Israël d’ « acte de résistance » lors d’une table ronde organisée à Pantin (Seine-Saint-Denis) le 3 mars par différents groupes d’extrême gauche, dont l’Union juive française pour la paix, le Nouveau Parti anticapitaliste et le collectif Tsedek.

Décrivant les attentants comme un « soulèvement », qui ne pourrait être assimilé à un « acte terroriste » ou à une « attaque antisémite », cet « acte de résistance » a, selon la philosophe, pris pour cible l’État d’Israël en premier lieu, et non ses civils massacrés.

Si elle dit ne pas avoir « aimé » ces attaques, et qu’elle les a même trouvées « angoissantes », « il serait idiot pour moi d’affirmer ensuite que la seule violence survenue sur cette scène » visait les Israéliens, car les Palestiniens en sont victimes « depuis des décennies ». Face au public, elle a déclaré qu’elle serait vite attaquée pour ces propos, « mais vous me défendrez », a-t-elle argué, sous les applaudissements de la foule.

Sur les viols perpétrés le 7 octobre, elle a affirmé que « si ces allégations sont documentées, nous déplorons » ces actes, mais « nous insistons pour voir cette documentation ».

Sans preuve, elle a dans le même temps affirmé que 70 % des victimes de l’opération militaire d’Israël à Gaza étaient des femmes et des enfants, et que leur mort et leurs souffrances représentaient ainsi « un enjeu féministe, un enjeu queer ».

Elle a réaffirmé ses positions dans une tribune publiée le 11 mars par Mediapart. « Résistance » est toujours le mot qui convient, selon elle, pour définir le 7 octobre. « Cela ne signifie en aucun cas que je soutiens les actions du Hamas ou que je considère que leurs actions sont justifiées », a-t-elle noté. « Toutes les formes de ‘résistance’ ne sont pas justifiées, et certaines, comme celles-ci, appellent véritablement une condamnation. » Elle a reconnu cette fois dans son texte que les viols, des crimes « graves et inexcusables », avaient été perpétrés, convaincue par le rapport d’enquête de l’ONU publié le 4 mars – bien que de nombreux éléments étaient auparavant disponibles.

Aussi, elle a cette fois concédé que l’on peut « clairement entendre de l’antisémitisme dans les enregistrements qui nous sont parvenus », mais a estimé que le Hamas avait avant tout cherché à « défier une puissance militaire coloniale ».

En décembre, la mairie de Paris avait, en raison d’un risque de troubles à l’ordre public, annulé une conférence anti-Israël où elle était invitée.

L’évènement a ainsi été décalé à ce 3 mars, à Pantin, en compagnie d’Houria Bouteldja, cofondatrice du Parti des indigènes de la République, aux thèses identitaires, décrite par Butler comme une « féministe musulmane bien connue et admirée », victime de « persécution ». Les députés LFI Danièle Obono et Thomas Portes et l’eurodéputé LFI Younous Omarjee étaient également présents.

Après la conférence, tandis que certains ont dénoncé la « faillite morale » de Judith Butler, figure emblématique des études de genre, d’autres lui ont apporté leur soutien.

Aurélie Filippetti, directrice des affaires culturelles de Paris, s’est dite « confortée » dans la décision de la ville d’avoir annulé l’évènement parisien de décembre.

David Khalfa, codirecteur de l’Observatoire de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient à la Fondation Jean Jaurès, Emmanuel Debono, historien à la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra), ou encore la sociologue Eva Illouz ont vivement dénoncé les propos de Butler.

« L’indécence avec laquelle [elle] a traité la mémoire de femmes torturées et violées (…) la disqualifie d’être comptée parmi les féministes », a écrit Eva Illouz. « Appeler des fondamentalistes sanguinaires des résistants, c’est effacer toute distinction entre ceux qui sont prêts au combat jusqu’à la mort et ceux qui espèrent encore voir ces deux peuples vivre côte à côte. » « La plus grande supercherie est celle qui nous ferait croire que Butler représente la gauche », a-t-elle ajouté.

La romancière et Prix Nobel de littérature Annie Ernaux a elle déclaré « partager l’analyse [de Butler], même s’il me semble que ce n’est pas le moment de parler de résistance ». « Le 7 octobre dépasse ce que l’on pouvait imaginer. C’est l’attaque la plus horrible depuis la Shoah. Mais ce n’est pas arrivé de nulle part », a-t-elle exprimé. Ernaux, connue pour êtreune fervente militante anti-Israël, a récemment signé un appel à boycotter les institutions culturelles allemandes, accusées de réprimer les voix palestiniennes dans le contexte de la guerre entre Israël et les terroristes palestiniens du Hamas à Gaza.

Suite à ses propos, d’autres conférences parisiennes de Butler ont été reportées, notamment celles qui devaient se tenir à l’Ecole normale supérieure les 6 et 13 mars, son directeur condamnant les propos exprimés le 3 mars.

Par le passé, Judith Butler avait considéré comme « extrêmement importante » l’idée de considérer les organisations terroristes du Hamas et du Hezbollah comme des « mouvements sociaux progressistes de gauche, faisant partie d’une gauche mondiale ».

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