Pour un ministre du Bahreïn, les produits des implantations sont Made in Israel
Rechercher

Pour un ministre du Bahreïn, les produits des implantations sont Made in Israel

S'alignant sur les USA et contrant l'UE, Zayed Alzayani dit que son pays ne distinguera pas en fonction de "quelle ville ou quelle région" sont issus les produits israéliens

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le ministre de l'Industrie, du Commerce et du Tourisme du Bahreïn, Zayed R. Alzayani, discute avec des journalistes israéliens à Jérusalem, le 3 décembre 2020. (Autorisation Bahrain NCC)
Le ministre de l'Industrie, du Commerce et du Tourisme du Bahreïn, Zayed R. Alzayani, discute avec des journalistes israéliens à Jérusalem, le 3 décembre 2020. (Autorisation Bahrain NCC)

Le Bahreïn ne fera pas de distinction entre les produits israéliens fabriqués en Israël proprement dit et ceux provenant de territoires contestés, a déclaré jeudi le ministre du Commerce du pays lors de sa visite à Jérusalem.

S’adressant aux journalistes israéliens, le ministre de l’Industrie, du Commerce et du Tourisme, Zayed R. Alzayani, a déclaré que tous les biens et services offerts par les Israéliens seront traités comme des produits d’Israël, indiquant que même les marchandises en provenance de Cisjordanie et du Golan ne nécessiteront pas d’étiquettes spéciales.

« Nous traitons avec Israël et les entreprises israéliennes comme nous le ferions avec une entreprise italienne, indienne, chinoise, allemande ou saoudienne d’ailleurs. Il n’y a ni restrictions, ni traitement spécial, ni règles particulières. Nous avons ouvert un nouveau chapitre avec Israël », a-t-il déclaré.

Interrogé par le Times of Israel pour savoir si les produits des implantations en Cisjordanie et sur le plateau du Golan sont les bienvenus à Bahreïn et peuvent être commercialisés en tant que « produits d’Israël », Alzayani a répondu par l’affirmative.

Le ministre de l’Industrie, du Commerce et du Tourisme du Bahreïn, Zayed R. Alzayani, devant des journalistes israéliens à Jérusalem, le 3 décembre 2020. (Autorisation Bahrain NCC)

« Sans vraiment entrer dans les détails et les limites, nous considérons les produits israéliens – ou les services, car Israël a un secteur informatique et d’innovation florissant et ils ne vous donneront pas nécessairement un produit physique mais des solutions ou des conseils informatiques – comme étant israéliens », a-t-il déclaré.

« Nous n’entrerons donc pas dans les détails [mais] nous les reconnaîtrons comme des produits israéliens. Et tous les produits de Bahrein, espérons-le, seront reconnus en Israël comme des produits de Bahrein. Je ne vois pas, franchement, de distinction sur quelle partie, quelle ville ou quelle région ils ont été fabriqués ou dont ils proviennent ».

Un haut responsable de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) a dénoncé jeudi sa position, affirmant qu’elle était contraire au consensus international. Wasel Abu Youssef a également appelé les Etats arabes à ne pas importer de biens en provenance d’Israël afin de l’empêcher de « s’étendre sur les marchés arabes pour renforcer son économie », selon Reuters.

La position du ministre du Bahreïn semble s’aligner sur les nouvelles directives américaines qui exigent que tous les biens produits dans les zones où Israël exerce un contrôle civil, y compris les implantations en Cisjordanie, soient marqués « Produit d’Israël » ou « Made in Israel ».

Cette politique a été annoncée par le secrétaire d’État américain Mike Pompeo, qui a visité le plateau du Golan et une implantation en Cisjordanie le mois dernier.

Le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo écoute le ministre Gabi Ashkenazi (hors cadre) lors d’un briefing sécuritaire sur le mont Bental, sur le plateau du Golan, le 19 novembre 2020. (Crédit : AP Photo/Patrick Semansky, Pool)

Mais la déclaration d’Alzayani contraste fortement avec la politique de l’Union européenne qui, depuis 2015, exige que les produits fabriqués par les Israéliens en Cisjordanie, à Jérusalem-Est et dans le Golan soient étiquetés comme tels, et ne permet pas qu’ils soient commercialisés comme des produits d’Israël. D’autres pays, tels que l’Afrique du Sud, ont mis en place des exigences d’étiquetage similaires.

La résolution 2334 du Conseil de sécurité des Nations unies, qui a été adoptée en 2016, appelle tous les pays à « distinguer, dans leurs relations, entre le territoire de l’État d’Israël et les territoires occupés depuis 1967 ».

La cave du vignoble Gush Etzion en Cisjordanie, le 18 juillet 2019. (Gershon Elinson/Flash90)

Alzayani est arrivé en Israël mardi à la tête d’une délégation qui comprenait une quarantaine d’hommes d’affaires et de responsables. C’était la deuxième visite ministérielle du Bahreïn en Israël en autant de semaines. Il a rencontré le Premier ministre Benjamin Netanyahu et plusieurs ministres, et a discuté des moyens d’accroître le commerce bilatéral.

S’adressant aux journalistes israéliens dans une salle de conférence de l’hôtel Waldorf Astoria de Jérusalem, le ministre a déclaré que Gulf Air, la compagnie aérienne nationale du Bahreïn, prévoit de commencer des vols sans escale vers Tel Aviv d’ici le 7 janvier.

« Nous sommes pleinement déterminés. Le rythme que nous suivons est assez rapide car nous voulons rattraper le temps perdu. Nous pensons qu’il y a un potentiel énorme, immense », a-t-il déclaré mercredi lors d’une réunion avec Netanyahu.

Plus tard dans la journée de jeudi, le ministre du Bahrein a prévu de visiter la bourse aux diamants de Ramat Gan et de participer à un rassemblement d’hommes d’affaires israéliens et bahreïnis avant de rentrer à Manama.

La visite d’Alzayani intervient deux semaines seulement après que le ministre des Affaires étrangères du Bahreïn, Abdullatif bin Rashid Al-Zayani, est devenu le tout premier ministre du petit royaume du Golfe à visiter l’État juif.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...