Pour Shaffir, Gabbay « a mis fin à sa carrière politique »
Rechercher

Pour Shaffir, Gabbay « a mis fin à sa carrière politique »

La députée travailliste veut que le parti se restructure en vue des prochaines élections ; Avi Gabbay estime qu'il était de son "devoir" de considérer l'offre du Likud

La députée travailliste Stav Shaffir s'exprime à la Knesset à Jérusalem, le 29 mai 2019 (Crédit : Noam Revkin Fenton/Flash90)
La députée travailliste Stav Shaffir s'exprime à la Knesset à Jérusalem, le 29 mai 2019 (Crédit : Noam Revkin Fenton/Flash90)

La députée travailliste Stav Shaffir a déclaré jeudi que le président du parti Avi Gabbay avait « mis fin à sa carrière politique », après avoir suscité la colère de son parti en ayant réfléchi à l’offre faite par Benjamin Netanyahu pour rejoindre son gouvernement.

Après le vote de la dissolution de la Knesset mercredi soir quelques semaines à peine après son intronisation, Stav Shaffir a indiqué que son parti devait se rebâtir et proposer une nouvelle vision et l’espoir aux électeurs dans la perspective des élections prévues le 17 septembre.

« Nous, Parti travailliste, devons élire une [nouvelle] direction », a-t-elle déclaré au micro de la douzième chaîne. « Avi Gabbay a mis un terme à sa carrière politique. Les événements d’hier soir l’ont prouvé. Le Parti travailliste doit se reconstruire et se débarrasser des vieilles ententes secrètes pour faire place à un parti déterminé qui croit en sa capacité à gagner ».

Il est temps, a-t-elle ajouté, « de se rassembler, de serrer les rangs, d’examiner les autres alliances [possibles] et de constituer une direction capable d’occuper le premier rang de la lutte pour la sauvegarde de la démocratie israélienne ».

Mercredi soir, Avi Gabbay avait reconnu avoir considéré, et finalement rejeté, l’offre faite par le Likud de rejoindre le gouvernement à la place du parti Yisrael Beytenu d’Avigdor Liberman, qui a refusé de signer l’accord de coalition.

Il a assuré que la proposition comprenait la disparition de la législation de contournement de la Cour suprême et toute tentative d’immunité du Premier ministre, et accordait au Parti travailliste un droit de veto sur « toute loi anti-démocratique.

Selon certaines informations, Gabbay et le numéro 2 du parti Tal Russo auraient songé à la proposition, alors que les quatre autres députés du parti y étaient fermement opposés. Le député Likud Miki Zohar avait indiqué que son parti espérait que Gabbay et Russo fassent sécession et rejoignent le gouvernement.

Le président Travailliste Avi Gabbay (tribune) flanqué de Tal Russo, à droite, et de l’ancien leader du parti Amir Peretz, à gauche, s’adresse aux partisans et aux médias lors de l’annonce des résultats des élections générales, le 9 avril 2019 (Crédit : FLASH90)

Gabbay s’est défendu jeudi matin auprès du site d’information Ynet, expliquant que l’offre était « très sérieuse puisqu’elle prenait en compte les demandes des 50 000 personnes venues manifester samedi ».

Interrogé sur sa promesse de campagne de ne pas rejoindre un gouvernement dirigé par Netanyahu, le leader travailliste a souligné avec ironie que « cela ne nous avait pas vraiment aidé dans les élections » et insisté qu’il était de son devoir de faire ce qu’il pensait être bien pour le pays.

« Si nous redoutons tous profondément la disparition de la démocratie et qu’il existe une possibilité de la sauvegarder, alors il est de mon devoir de la considérer », a-t-il estimé.

Avant l’annonce de nouvelles élections et à la lumière des pires résultats électoraux de l’histoire du parti, Avi Gabbay avait accepté d’organiser une convention en juin pour planifier des primaires en novembre prochain, pour lesquelles il ne devait pas se porter candidat, selon la rumeur.

Itzik Shmuli réagit après l’annonce des résultats des Primaires du Parti travailliste à Tel Aviv, le 11 février 2019 (Crédit : Gili Yaari/Flash90)

Néanmoins, de nouvelles élections législatives étant prévues le 17 septembre, les députés travaillistes ont appelé à la tenue rapide de primaires.

Plusieurs appellent à la considération d’une alliance avec le parti de gauche du Meretz en vue du scrutin, bien qu’Avi Gabbay ait soulevé, jeudi, la possibilité d’une union avec le parti centriste Kakhol lavan.

Dans le même temps, le n°2 du parti, Tal Russo, a indiqué à la Radio de l’armée le même jour, qu’il prendrait « une décision » au sujet de son avenir politique dans les prochains jours. Songe-t-il à quitter la formation ou à se présenter à sa direction ? Le mystère subsiste.

Tal Russo a également défendu son examen de l’offre de coalition du
Likud : elle « était généreuse, nous devions l’évaluer ».

Et d’ajouter : « J’aurais également examiné une offre faite par le Hamas. Tout était sur la table ».

La quatre autres députés du parti ont réagi de façon cinglante.

Son ancienne présidente Shelly Yachimovich avait ainsi déclaré dans un tweet, « Je préviens ceux, au sein de mon parti, qui envisageraient de profiter de la déliquescence du parti pour rejoindre le gouvernement corrompu de Netanyahu, qu’ils en paieront le prix fort ».

Shelly Yachimovich, députée de l’Union sioniste, assiste à une réunion de faction à la Knesset, le 1er janvier 2018. (Miriam Alster/Flash90)

Le député Itzik Shmuli, qui est arrivé en première position aux primaires du parti, a déclaré : « Je n’ai aucune intention de servir dans un gouvernement dirige par  Benjamin Netanyahu… en garantissant un mur de protection contre la corruption. J’appelle mes collègues à rejeter immédiatement cette
offre ».

Le député historique Amir Peretz, ancien chef du parti, a tweeté : « Nous ne serons pas le gilet de sauvetage de Netanyahu. Toute autre option enfreindrait tout ce que nous avons promis au public. Nous ferons ce que nous avons promis ».

Mercredi, l’élu du Likud Miki Zohar a déclaré à la Treizième chaîne que son parti essayait d’attirer deux des six élus travaillistes, sachant très bien que la majorité du parti refuserait de rejoindre la coalition, afin d’obtenir une majorité à la Knesset.

Le député Miki Zohar lors d’une réunion du comité de contrôle de l’État à la Knesset, le 14 juin 2017. (Miriam Alster/FLASH90)

« La stratégie ici est très simple », avait-il dit. Le Likud pensait que Gabbay « est fini au parti
Travailliste » à la lumière des résultats aux dernières élections. Dans le même temps, Russo, que Gabbay a placé en deuxième position en utilisant son privilège de président, était aussi vu comme quelqu’un que l’on pouvait faire changer d’avis.

« Il était clair que les quatre autres diraient non, et nous aurions pu convaincre Tal Russo et Avi Gabbay, alors nous aurions eu 62 [sièges] ».

Netanyahu a été contraint à ces manœuvres, car il n’a pas réussi à signer un accord avec le parti Yisrael Beytenu. Les discussions ont échoué après l’impasse entre Liberman et les partis ultra-orthodoxes sur la question de la loi sur l’enrôlement des haredim dans l’armée.

Quand il est devenu clair que Netanyahu ne disposait pas de majorité, le Likud et ses partenaires potentiels — ainsi que les partis arabes — ont voté la dissolution du Parlement et la tenue de nouvelles élections.

Raoul Wootliff a contribué à cet article.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...