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Pourquoi la fenêtre d’une vieille église d’Alaska est ornée d’une étoile de David ?

Les locaux ont des théories sur la question de la présence de cet emblème qui pourrait sembler déplacé à Sitka, une ville reculée, mais une chose est certaine : elle fait jaser

  • Le mont Verstovia surplombe le port de Sitka, en Alaska. (Crédit : Dan Fellner/ JTA)
    Le mont Verstovia surplombe le port de Sitka, en Alaska. (Crédit : Dan Fellner/ JTA)
  • La fenêtre en vitrail sur le devant de l'église épiscopale  St. Peter dans le centre-ville de Sitka, en Alaska, avec une étoile de David en son centre. (Crédit : Dan Fellner/ JTA)
    La fenêtre en vitrail sur le devant de l'église épiscopale St. Peter dans le centre-ville de Sitka, en Alaska, avec une étoile de David en son centre. (Crédit : Dan Fellner/ JTA)
  • Le juge David Avraham Voluck, leader officieux de la petite communauté juive de Stika, est avocat et juge à la cour tribale de Sitka, en Alaska. (Crédit :Dan Fellner/ JTA)
    Le juge David Avraham Voluck, leader officieux de la petite communauté juive de Stika, est avocat et juge à la cour tribale de Sitka, en Alaska. (Crédit :Dan Fellner/ JTA)
  • La lumière brille à travers la fenêtre en verre teinté à l'intérieur de l'église épiscopale St. Peter. (Crédit : Dan Fellner/ JTA)
    La lumière brille à travers la fenêtre en verre teinté à l'intérieur de l'église épiscopale St. Peter. (Crédit : Dan Fellner/ JTA)

SITKA, Alaska (JTA) — Dans le sud-est de l’Alaska, à l’ombre du mont Verstovia, sur Baranof Island, un mystère entraîne une curiosité et une attention particulières depuis plus de 120 ans.

Au 611 de la Lincoln St., en plein centre-ville de Sitka, au-dessus de l’entrée de l’église épiscopale St. Peter’s by the Sea, un bâtiment en briques rouges dans le pur style néo-gothique, il y a une fenêtre en vitrail avec huit pétales de fleur, conçues dans des nuances variées de bleu et d’or.

Et au centre de la fenêtre se trouve quelque chose qui pourrait paraître plutôt inattendu sur la façade d’un temple protestant : une étoile de David.

Mais comment un tel symbole est-il arrivé là ? La question est au cœur du folklore local et des récits répétés par les guides touristiques qui font découvrir la ville aux passagers des croisières et aux autres visiteurs de Sitka, une localité d’environ 8 500 résidents à l’année qui se trouve à 160 kilomètres approximativement au sud de Junau.

Comme le note le panneau accroché à l’entrée de l’église qui accueille les touristes : « Les légendes se sont multipliées sur l’origine de cette belle fenêtre en vitrail installée sur la façade, à l’avant du temple, très largement en raison de la présence, dessus, d’une étoile de David. Toutefois, l’explication définitive de la présence de ce symbole reste encore aujourd’hui inconnue ».

En quête de « cette explication définitive », j’ai rencontré Gail Johansen Peterson, spécialiste de l’histoire de ce temple, et David Avraham Voluck, magistrat et responsable officieux de la petite communauté juive de Stika. Voluck, avocat de formation et juge tribal – il s’occupe des affaires des populations indigènes Tlingit et Haida locales – s’est installé à Sitka il y a un quart de siècle.

« Je vais vous raconter la légende urbaine », répond Voluck alors que je l’interroge sur cette fenêtre dans un lieu de rendez-vous local, le Backdoor Cafe. « Mais », ajoute-t-il en riant de bon cœur, « sachez quand même que je risque vous dire n’importe quoi ».

Voluck, âgé de 52 ans, un homme à la forte personnalité qui pourrait bien ressembler à Chaim Topol dans « Un violon sur le toit », me répète alors la même histoire que celle que j’ai entendue, la veille, de la part d’un guide touristique pendant une visite en bus des sites les plus importants de Sitka. A savoir que quand l’église St.Peter a été construite à la fin du 19e siècle (elle a été inscrite dans le registre national des lieux historiques en 1978), les responsables du temple avaient commandé une fenêtre en vitrail à un fabricant de l’Est des États-Unis. L’intention première avait été d’en décorer le centre par un narcisse de Saron.

« Je suppose qu’il a fallu environ un an d’attente », ajoute Voluck. « D’abord, il a fallu la fabriquer et ensuite, il a fallu l’emballer. Enfin, il a fallu la livrer. Mais un shlemiel au service de livraison a dû se tromper entre deux fenêtres. »

La lumière brille à travers la fenêtre en verre teinté à l’intérieur de l’église épiscopale St. Peter. (Crédit : Dan Fellner/ JTA)

Lors d’une froide journée de novembre de l’année 1899 – et à la grande déception des fidèles de cette église épiscopale – la fenêtre était arrivée. Alors que l’hiver arriverait bientôt et qu’un vent glacial pénétrait le bâtiment, les responsables du temple avaient dû prendre une décision rapide.

« Ce n’était pas exactement ce qui avait été commandé mais ceux qui prenaient les décisions, à l’époque, avaient dû juger qu’il était acceptable de garder cette fenêtre dans la mesure où elle rappelait l’ancien testament », commente pour sa part Johansen Peterson qui ajoute qu’au fil des décennies, cette décision s’était avérée avoir été la bonne.

« Tout le monde, dans la congrégation, raffole de cette fenêtre parce qu’elle s’accorde à nos traditions judéo-chrétiennes », dit Johansen Peterson qui fréquente St. Peter depuis plus de 40 ans.

Kathryn Snelling, actuelle diaconnesse au sein de l’église, partage le même point de vue, disant que la fenêtre « est restée un élément chéri par les fidèles de St. Peter au cours des années ».

« Jamais je n’ai entendu un commentaire négatif à son sujet. Les touristes posent la question et nous leur racontons l’histoire et le mystère qui l’entoure », ajoute-t-elle.

Le mont Verstovia surplombe le port de Sitka, en Alaska. (Crédit : Dan Fellner/ JTA)

Y a-t-il eu une mauvaise communication lors de la conception de la fenêtre ? Une synagogue, quelque part, a-t-elle reçu la fenêtre qui était destinée à orner l’église de Sitka ? Pour Johansen Peterson, il n’y aura jamais de réponse définitive à ces questions.

Voluck, qui est né et qui a grandi à Philadelphie, a été diplômé de la faculté de droit Lewis & Clark dans l’Oregon avec une spécialisation en droit de l’environnement. Après avoir quitté la faculté, il a rejoint un cabinet dans l’Alaska, expert en droit indien. Il s’est rendu dans des villages ruraux de tout l’état, représentant le peuple Tlingit, le peuple Haida et d’autres populations indigènes devant les tribunaux. En 2008, il a été nommé président du tribunal de la cour tribale de Sitka. Il est considéré comme l’un des plus grands experts de l’état en droit indien et en cour tribale.

Juif, Voluck dit avoir développé une forte amitié avec les populations indigènes avec lesquelles il travaille.

« J’en parle comme de ‘mes cousins’ et c’est sympathique », dit-il. « Nous avons des origines tribales. Nous avons survécu à un génocide. Et nous nous accrochons à notre Histoire avec ténacité ».

Il y a vingt ans, cherchant à renforcer son lien avec le Judaïsme, Voluck a fait une pause de deux ans dans sa carrière en Alaska pour rejoindre les bancs du Rabbinical College of America, qui se trouve dans le New Jersey, où il a fait des études talmudiques et où il s’est intéressé à la loi juive.

Il suppose qu’il doit y avoir une cinquantaine d’habitants juifs à Sitka – pas suffisamment, en tout cas, pour faire vivre une synagogue ou pour organiser des événements réguliers. « Peut-être que je me décourage. Chaque année, j’ai moins d’énergie. »

Le juge David Avraham Voluck, leader officieux de la petite communauté juive de Stika, est avocat et juge à la cour tribale de Sitka, en Alaska. (Crédit :Dan Fellner/ JTA)

Voluck se qualifie lui-même de « responsable laïc » de la communauté – ce qui correspond bien au caractère informel de la communauté juive de la ville. C’est un endroit où « l’orthodoxe » sera, plus probablement, celui qui fréquente les bancs de l’église orthodoxe russe locale -q ui reflète l’Histoire de la localité en tant que colonie russe, selon mon interlocuteur – que le Juif pratiquant.

« Il n’y a pas de hiérarchie à Sitka ; nous appartenons tous au  judaïsme et nous donnons tout ce que nous avons », indique Voluck, qui se fait livrer une fois par mois de la viande casher depuis Brooklyn. « Mais si quelqu’un a une question ou rencontre un problème, alors on vient habituellement me voir d’une manière ou d’une autre. »

Pour le moment, Voluck est heureux d’être au service des populations indigènes. Il élève ses trois enfants dans un foyer casher, il accueille des touristes israéliens pour le dîner du shabbat et il réunit occasionnellement un quorum de prière pour l’office de yahrzeit.

En ce qui concerne la fenêtre de l’église St. Peters, Voluck estime qu’elle est un excellent sujet pour démarrer une conversation.

« Je pense que c’est formidable qu’une étoile de David se trouve ainsi exposée au centre de notre ville », s’exclame-t-il. « Je ne sais absolument pas comment elle a pu arriver ici mais personnellement, je l’adore. »

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