Pourquoi un gentil garçon juif comme Daniel Radcliffe joue un néo-nazi ?
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Pourquoi un gentil garçon juif comme Daniel Radcliffe joue un néo-nazi ?

Dans “Imperium”, la star de Harry Potter joue un agent sous couverture du FBI qui pourrait être “trop personnel” pour sa grand-mère juive

Daniel Radcliffe, à droite, dans une scène d'“Imperium”, dans lequel il joue un agent du FBI infiltré au sein d'un groupe néonazi. (Crédit : Lionsgate Premiere)
Daniel Radcliffe, à droite, dans une scène d'“Imperium”, dans lequel il joue un agent du FBI infiltré au sein d'un groupe néonazi. (Crédit : Lionsgate Premiere)

JTA – Dans son nouveau film, « Imperium », Daniel Radcliffe joue l’agent du FBI Nate Foster, qui prend une fausse identité pour découvrir les projets d’attentat à la bombe sale de skinheads.

Le film, qui sort vendredi, est tendu et excitant. C’est aussi un film que l’ancienne star de « Harry Potter » ne veut pas que sa grand-mère juive de 93 ans voit.

« Imperium » est librement adapté de l’expérience de l’agent du FBI Mike German, qui a passé 16 ans au bureau, dont 12 sous couverture. German a co-écrit le scénario avec le réalisateur Daniel Ragussis.

Les deux Daniel sont au téléphone pour la promotion du film, l’un étant vraiment plus fatigué que l’autre.

La dernière de la pièce de Radcliffe, acclamée par la critique, « Privacy », jouée à Broadway à guichet fermé, a eu lieu hier soir, et a été suivie d’une longue fête.

Mais malgré la promesse farceuse que sa fatigue pourrait l’entraîner à révéler quelque chose de croustillant, « on ne sait jamais ce que je pourrais dire », Radcliffe est resté sur son message, décrivant l’auto-portrait d’un jeune acteur intelligent qui a survécu à la célébrité sans une once de prétention ou d’affectation.

Daniel Radcliffe, à droite, dans une scène d'“Imperium”, dans lequel il joue un agent du FBI infiltré au sein d'un groupe néonazi. (Crédit : Lionsgate Premiere)
Daniel Radcliffe, à droite, dans une scène d’“Imperium”, dans lequel il joue un agent du FBI infiltré au sein d’un groupe néonazi. (Crédit : Lionsgate Premiere)

Au premier abord, Radcliffe ne semble pas un choix évident pour le rôle. D’abord, il est britannique, bien que cela soit masqué par l’accent américain qu’il a adopté dans le film. Et ensuite, il ne correspond pas exactement à l’image de mec dur à la Jason Bourne qui est maintenant attendue des héros de cinéma. Mais c’est exactement ce qui a poussé Ragussis à choisir Radcliffe.

« Quand j’ai rencontré Michael German pour la première fois, il était très différent du prototype de l’agent du FBI, a déclaré Ragussis. C’était un type très intéressant, avec une vois douce, qui avait étudié la philosophie à l’université. » Je lui ai parlé, et lui ai dit qu’il n’était pas ce que j’attendais. »

« Il m’a répondu qu’être un agent sous couverture du FBI ne nécessite pas de la puissance physique, mais des compétences sociales, comprendre les gens, et une fois que j’ai réalisé ça, ça m’a permis de conceptualiser l’histoire, et de me tourner vers un acteur comme Daniel. »

En fait, la taille relativement petite de Radcliffe, qui mesure 1m65, augmente la tension, puisque Nate Foster doit utiliser son intelligence pour s’attirer les faveurs de différents groupes extrémistes et maintenir sa couverture.

La performance toute en nuances de Radcliffe comme agent sans expérience de terrain qui saute dans des eaux troubles sans gilet de sauvetage lui attirera certainement l’enthousiasme de la critique. Son personnage doit se battre non seulement contre les nazis et des membres du KU Klux Klan, mais aussi contre ses propres supérieurs, qui veulent l’écarter à un moment critique, pensant qu’il est sur la mauvaise voie.

Radcliffe a déclaré qu’il « était chanceux d’avoir Dan avec moi ici. »

« Il a fait un travail de recherche incroyable, donc je l’avais comme source », a déclaré l’acteur, qui a ajouté qu’il s’était préparé pour le film « comme pour n’importe quel rôle ». Radcliffe a aussi consulté German, lu des livres, et a été « sur internet pour lire les messages terrifiants. »

Il s’est aussi rasé la tête à l’écran, a porté des insignes nazis, et a bien sûr représenté un salut nazi. Cela nous ramène à sa grand-mère.

Radcliffe a déclaré que sa grand-mère maternelle (il n’a jamais connu son grand-père, « avait été évacuée pendant la guerre », emmenée à la campagne pour y habiter, loin des bombardements nazis de Londres. Il se rappelle des histoires qu’elle lui racontait, « sur notre famille qui était venue en Angleterre, et d’où ils étaient venus. »

« Nous venions de Russie, et sommes partis à cause des pogroms. Je ne sais pas si l’histoire est vraie, mais apparemment mon arrière-arrière-grand-père était sur un bateau parti de Russie pour les Etats-Unis. Il s’est arrêté à Londres, a pensé que cela avait été rapide, et est descendu. Il a trouvé du travail dans une usine textile, et a épousé la fille du propriétaire. »

Radcliffe a été élevé dans un environnement laïc, « je vais vraiment vous décevoir », a-t-il dit à un journaliste du service des informations juives, mais avec une grande attention à son histoire juive, et à « ce que cela signifie pour ma mère et sa mère. »

C’est la raison pour laquelle il pense que « Imperium » n’est pas un film pour sa grand-mère.

« Cela pourrait être un peu trop personnel », a déclaré Radcliffe. En fait, il a pensé à elle pendant le tournage, « à combien cela est étrange. La bizarrerie de cela m’a frappé plusieurs fois. »

Radcliffe trouve qu’il est impossible de définir comment son héritage juif impacte son travail.

« Je ne pense pas que je puisse séparer les différents aspects de ma vie, a-t-il déclaré. Mais l’opinion qui m’a été transmise par ma mère et mon père [irlandais] est que le peuple juif et le peuple irlandais travaillent dur, que les juifs se sont toujours élevés au-dessus de leur classe intellectuellement, en termes du nombre de personnes. Je sais que cela m’a influencé, j’imagine, à un certain niveau, m’a donné un sens des responsabilités pour continuer cela. C’est quelque chose auquel j’ai pensé. Je ne dirais pas que c’est une force conductrice, mais c’est une influence. »

Etant donné le sujet du film, notre conversation a inévitablement dévié vers la culture des armes à feu aux Etats-Unis.

« Ce truc des armes m’est étranger, a déclaré Radcliffe. Mais je pense que j’étais en Virginie [le film a été tourné à Hopewell, une petite ville du sud de Richmond] depuis moins de 24 heures quand trois personnes différentes m’ont dit, ‘hey, tu devrais venir tirer avec nous’. Je suis partant pour n’importe quoi, et j’ai eu une journée agréable, mais ce n’est jamais quelque chose auquel je m’habituerai. »

« Mais ce qui m’a le plus surpris, c’est qu’il y a une énorme vague de personnes qui ne sont pas le moins du monde racistes, qui sont très intelligentes, et qui aiment les armes. L’image qui est parfois décrite dans le monde est que les fans du Deuxième Amendement sont plus ou moins fous, et je n’ai pas trouvé que c’était le cas. »

Un autre sujet américain, la façon dont nous semblons autoriser aux jeunes acteurs un moment de gloire avant de les broyer, a aussi fait ressortir le côté positif de Radcliffe. Il a déclaré avoir eu des personnes autour de lui « qui n’allaient jamais me permettre de devenir arrogant, ou odieux. Mais je dois dire que c’est très humain de se concentrer sur le négatif. »

Radcliffe cite alors Jodie Foster, Elijah Wood et Toby Maguire comme des exemples positifs pour les acteurs américains.

Comme eux, Radcliffe a littéralement grandi à l’écran, et à un degré que personne ne peut atteindre : il a joué dans huit films « Harry Potter » en 11 ans, commençant à 11 ans et terminant à 21. Alors que l’une des règles de cet entretien est qu’il n’y ait pas de question sur le nouveau livre « Harry Potter » ou la nouvelle pièce, Radcliffe n’ayant rien à voir avec cela, les vieux films ne sont pas hors limites, et, non, il n’y a aucun regret.

« Il n’y a jamais eu un moment où j’ai souhaité que cela ne soit pas arrivé, pas une erreur dont je n’ai pas appris, a-t-il déclaré. Personne n’a une vie qui n’est faite que d’arcs-en-ciel et de soleil. Il y a eu des moments, mais principalement lié au fait d’être adolescent. »

Et pourtant, Harry Potter restera toujours avec lui. Même aujourd’hui, cinq ans après la sortie du dernier film, un auteur qui devrait rester anonyme lui parle de sa petite-fille Samantha, qui est une grande fan et fête son anniversaire, et est-ce que Daniel peut lui envoyer une photo ? Bien sûr qu’il peut, une promesse que les stars dont tout le temps, mais ne tiennent que rarement.

A moins que ce ne soit Daniel Radcliffe.

Daniel Radcliffe, star du cinéma, dans une photo prise pour l'anniversaire de la petite-fille du journaliste, Samantha, en août 2016. (Crédit : autorisation de Daniel Radcliffe)
Daniel Radcliffe, star du cinéma, dans une photo prise pour l’anniversaire de la petite-fille du journaliste, Samantha, en août 2016. (Crédit : autorisation de Daniel Radcliffe)
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