Rechercher

Première visite au Maroc d’un ministre de la Défense israélien

Benny Gantz doit signer un accord qui vise à "établir la pierre d'assise des relations sécuritaires futures entre Israël et le Maroc"

Le ministre de la Défense Benny Gantz prend la parole lors d'une cérémonie à la mémoire des soldats israéliens tués lors de la Seconde Guerre du Liban, au Hall national du souvenir au Mont Herzl à Jérusalem, le 24 juin 2021. (Olivier Fitoussi/Flash90)
Le ministre de la Défense Benny Gantz prend la parole lors d'une cérémonie à la mémoire des soldats israéliens tués lors de la Seconde Guerre du Liban, au Hall national du souvenir au Mont Herzl à Jérusalem, le 24 juin 2021. (Olivier Fitoussi/Flash90)

Le ministre israélien de la Défense Benny Gantz s’envole mardi soir pour le Maroc, une première visant à renforcer la coopération sécuritaire entre les deux pays, un an après la reprise de leur relation et en pleine tension entre Alger et Rabat sur le Sahara occidental.

Depuis la reprise, l’an dernier, des relations diplomatiques entre les deux pays, un conseiller à la sécurité et le chef de la diplomatie israélienne se sont rendus au Maroc pour des entretiens, mais il s’agit de la première fois que Benny Gantz, voire qu’un ministre de la Défense d’Israël, mène une visite officielle au royaume.

M. Gantz, qui s’envole mardi soir de Tel-Aviv et quittera le Maroc jeudi, doit signer sur place un accord qui vise à « établir la pierre d’assise des relations sécuritaires futures entre Israël et le Maroc », a indiqué à l’AFP une source au fait de cette visite, précisant qu’un accord cadre à ce sujet allait être signé.

« Jusqu’à présent, il y avait une certaine coopération, mais là nous allons vraiment la formaliser. C’est une déclaration publique de notre partenariat », a ajouté ce responsable.

Les deux pays avaient établi des relations diplomatiques au début des années 90 avant que le Maroc n’y mette fin au début de la Seconde intifada au début des années 2000.

Sahara occidental

Israël et le Maroc ont rétabli des relations en décembre dernier dans le cadre des « Accords d’Abraham », processus de normalisation des relations entre l’Etat hébreu et des pays arabes soutenu par l’administration Trump.

Washington avait reconnu du même souffle la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, territoire disputé avec les indépendantistes sahraouis du Front Polisario soutenus par l’Algérie.

Or la visite de Benny Gantz intervient alors que Alger a rompu, en août, ses relations avec Rabat en raison « d’actions hostiles » du royaume et que le Front Polisario a décidé vendredi d' »intensifier » sa lutte armée contre le Maroc au Sahara occidental.

La visite de Benny Gantz, est l’occasion pour le royaume chérifien de « renforcer son ‘hard-power’ dans un contexte régional tendu », entre l’Algérie et le Maroc, estime l’hebdomadaire marocain Tel Quel.

Pour Bruce Maddy-Weitzman, spécialiste des relations israélo-marocaines à l’université de Tel-Aviv, la première visite d’un ministre israélien de la Défense au Maroc en pleine tension entre les deux poids lourds du Maghreb ne semble pas tenir de la pure coïncidence.

« Il est possible que dans un contexte de tension Algérie/Maroc, les Marocains (….) désirent montrer au monde – à leur propre population, à leurs rivaux algériens et à l’Occident – qu’ils approfondissent leurs relations avec Israël, avec tout ce que cela implique », souligne M. Maddy-Weitzman.

Des soldats rebelles du Front Polisario pro-indépendance prient dans le village de Tifariti, au Sahara occidental, alors qu’ils commémorent le 35e anniversaire de la RASD (République arabe sahraouie démocratique), le 27 février 2011. (AP Photo/Arturo Rodriguez)

La société israélienne Ratio Petroleum avait annoncé récemment un partenariat avec Rabat pour l’exploration d’hydrocarbures au large de Dakhla, au Sahara occidental. Et l’Etat hébreu est aussi l’un des principaux exportateurs au monde de drones armés et de logiciels de sécurité comme le Pegasus de la société israélienne privée NSO.

Or les ventes de drones armés et de certaines technologies de pointe, à l’instar du logiciel-espion Pegasus, doivent être approuvées par le ministère de la Défense dirigé par M. Gantz.

Selon des informations publiées cet été par un consortium de médias, un numéro de portable du président français Emmanuel Macron figurait sur la liste de ceux visés par un service de sécurité de l’Etat marocain, accusé d’avoir eu recours au logiciel espion Pegasus.

Dans la foulée de cette affaire, M. Gantz avait rencontré son homologue française à Paris pour l’assurer qu’Israël prenait au « sérieux » ces allégations. Le Maroc nie catégoriquement de son côté avoir acheté ce logiciel et a annoncé avoir déposé des plaintes pour « diffamation » contre des médias.

Interrogée par l’AFP, une porte-parole de Benny Gantz n’a pas dit si la question de NSO ou de la vente de technologies militaires allait être abordée au cours de cette visite.

Une coalition pro-palestinienne de partis et ONG de gauche ainsi que les islamistes du mouvement Justice et Bienfaisance ont appelé à une manifestation mercredi à Rabat pour fustiger la reprise des liens avec Israël et dénoncer la venue au Maroc du « criminel de guerre Gantz », chef d’état-major lors de la guerre meurtrière de l’été 2014 à Gaza.

Et est apparu sur la toile marocaine le hashtag « le criminel Gantz n’est pas le bienvenu ».

Le Maroc n’a pas abandonné la question palestinienne, « mais a beaucoup d’autres intérêts, beaucoup d’autres bénéfices à tirer d’un recalibrage » de ses relations, affirme Bruce Maddy-Weitzman. « La plupart des pays dans la région ne veulent plus être otages de cette cause, ils veulent prioriser leurs propres intérêts et Israël a beaucoup à leur offrir », dit-il.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...