Prix Goncourt de la biographie à Pauline Dreyfus, de la nouvelle à un Israélien
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Prix Goncourt de la biographie à Pauline Dreyfus, de la nouvelle à un Israélien

Le jury a par ailleurs attribué le prix Goncourt de la nouvelle à l'Israélien francophone Shmuel T. Meyer pour "Et la guerre est finie..."

Pauline Dreyfus (Crédit : Francesca Mantovani/Éditions Gallimard)
Pauline Dreyfus (Crédit : Francesca Mantovani/Éditions Gallimard)

Le prix Goncourt de la biographie Edmonde Charles-Roux est allé à Pauline Dreyfus pour Paul Morand (éditions Gallimard).

La romancière y éclaire, grâce à son exploration de documents inédits, toutes les facettes d’un voyageur qui se complut sous la collaboration dans l’antisémitisme le plus débridé.

Pour la biographe « rien, dans ses écrits publics, ne prête à controverse ». Sur l’échelle de la dangerosité, elle n’accorde même au roman France-la-Doulce qu’un label « inoffensif ». En revanche, le Journal intime (tenu par Morand entre 1940 et 1950 et confié par ses soins à la Bibliothèque nationale) est, à ses yeux, d’une autre étoffe et ne laisse aucun doute sur ses convictions qui évoque avec éloquence ce dont le philosophe Francis Kaplan avait fait le titre de son essai : La passion antisémite (Ed du félin, 2011).

L’antisémitisme de Morand est, martèle l’auteure, « têtu, durable, avéré ». Pour preuve, le retour des premiers déportés ne suscita aucune pitié de la part de l’écrivain qui se désola de voir « ces nuées de Levy et de Bloch qui rentrent ‘chez eux’ ».

Couverture de « Paul Morand », par Pauline Dreyfus, aux éditions Gallimard. (Autorisation)

Le 14 septembre 1944, Morand fut révoqué sans pension ni indemnités. Le décret était signé Charles de Gaulle.

S’il se posa en victime d’une « conspiration du silence (influence juive) », l’écrivain passa à travers les mailles parfois trop larges du filet de l’épuration : il échappa en effet à tout procès, internement et mesure infamante. Et à partir du printemps 1951, le nom de Morand, banni après-guerre, recommençait à faire son chemin dans le milieu des lettres.

A LIRE : Paul Morand, de Vichy à l’Académie française

Réuni par visioconférence, le jury a par ailleurs attribué le prix Goncourt de la nouvelle à l’Israélien francophone Shmuel T. Meyer pour Et la guerre est finie…

L’éditeur genevois, Metropolis, décrit une « mosaïque de portraits de femmes et d’hommes confrontés à l’histoire et à leur impuissance à la contrarier », et qui « nous font entrevoir combien, après les guerres, il y en a d’autres encore, intérieures et secrètes ».

Le prix Goncourt du premier roman a été décerné mardi à la journaliste Emilienne Malfatto pour son récit coup de poing sur une jeune Irakienne, « Que sur toi se lamente le Tigre ».

Emilienne Malfatto, ancienne collaboratrice de l’AFP qui connaît bien l’Irak, raconte en 80 pages le malheur qui s’abat sur une jeune fille des bords du fleuve Tigre lorsqu’elle tombe enceinte hors mariage.

Le roman a été publié en septembre par une maison d’édition de Tunis, Elyzad.

Il avait été remarqué grâce à la mention spéciale des lecteurs du prix Hors Concours 2020, qui s’adresse aux éditeurs indépendants, rarement récompensés par les plus grands prix littéraires.

Enfin, le prix Goncourt de la poésie Robert Sabatier est revenu, pour l’ensemble de son oeuvre, à Jacques Roubaud, 88 ans, « mathématicien, écrivain, essayiste, membre de l’Oulipo ».

Ce mouvement littéraire, qui aime à jouer avec la contrainte pour composer des oeuvres marquées par l’humour et la fantaisie, est aussi celui du prix Goncourt 2020, Hervé Le Tellier avec son roman « L’Anomalie ».

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